Jean Horgues-Débat démonte le mythe de la virilité – Une conférence gesticulée en deux actes
Par Citoyliens
À quoi tient le fait “d’être un homme” ? Est-ce un destin biologique, un rôle social ou un piège culturel ? C’est à ces questions brûlantes que répond Jean Horgues-Débat dans sa conférence gesticulée en deux parties intitulée “Délivrons-nous du Mâââle“
🎤 Une parole incarnée et militante À la croisée du théâtre, de l’analyse politique et de l’éducation populaire, cette conférence n’a rien d’un cours magistral. Elle prend racine dans l’expérience personnelle de Jean, dans ses doutes, ses colères, ses contradictions. Militant de longue date, il se met à nu avec une grande sincérité pour nous parler des pressions qui façonnent (et déforment) les hommes.
👦 Des petits garçons formatés pour “avoir des couilles” Dans la première partie, il revient sur l’enfance, les injonctions viriles, l’apprentissage du genre, les stéréotypes qui enferment et les malentendus autour du sexe, du genre, de l’identité et de la sexualité. C’est un panorama éclairant, nourri par des apports théoriques solides (Simone de Beauvoir, Butler, Connell…) et des séquences théâtrales percutantes.
⚔️ Des modèles virils qui tuent La seconde partie explore quatre idéaux masculins qui façonnent encore notre monde : l’amant performant, le guerrier courageux, le winner impitoyable et l’homme-roc inébranlable. Jean démonte ces mythes avec humour et gravité, et en montre les conséquences concrètes : violences, frustrations, burn-out, inégalités persistantes…
🌱 Des alternatives politiques et intimes Mais surtout, il ouvre des voies : vers des masculinités plurielles, vers la désobéissance viriliste, vers une société du soin, de la coopération, de la tendresse. Il appelle à dépasser la binarité, à repenser les rôles dès l’enfance, à modifier nos institutions, notre langage, nos représentations.
🔥 Une claque salutaire et une invitation à agir Cette conférence “Délivrons-nous du Male” est un outil puissant de sensibilisation, de remise en question et de transformation. Elle fait rire, réfléchir, secoue et apaise. Elle donne envie de lutter, d’aimer, de pleurer… bref, d’être humain.
📺 Vidéos à voir absolument, à partager sans modération
En Corrèze, le collectif départemental Agrivolt 19 a été créé pour fédérer les collectifs locaux d’opposition aux nombreux projets de parcs agrivoltaïques (182 déjà déposés dans le département). Il permet à ceux-ci de mettre en commun leurs informations, leur expérience et l’expertise acquise dans le cadre de leur mobilisation.
Le collectif départemental a mis en ligne une pétition pour contester l’avis favorable rendu par la CDPENAF (commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers) au sujet du document cadre qui prévoit des dispositions pour encadrer les possibilités d’implantation de panneaux photovoltaïques au sol en zone agricole, naturelle et forestière.
Dans le prolongement de la loi du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables (voir notre article détaillé sur les enjeux et conséquences de la loi APER ICI), le décret du 8 avril 2024 est venu préciser les conditions de développement de projet photovoltaïque au sol dans les espaces naturels en confiant aux chambres d’agriculture de chaque département la réalisation d’une proposition de document cadre (voir l’article du 11 mai sur le projet de document cadre dans le Lot ICI).
Celui-ci doit notamment définir les surfaces agricoles et forestières qui pourront être ouvertes à un projet d’installation, hors installations agrivoltaïques, en identifiant des surfaces de sols réputés « incultes » ou non exploités depuis au moins 10 ans.
Après un certain nombre de consultations menées par les services de l’Etat auprès de structures associées puis une enquête publique de 3 semaines, la CDPENAF devait voter la proposition de la chambre d’agriculture. Or en Corrèze, cette dernière a majoritairement voté la proposition de la chambre sur l’intégralité des projets sans débattre sur aucune des parcelles concernées, soit 8 parcelles sur une surface totale de 90 ha. Pourtant selon le collectif qui a visité l’ensemble des parcelles, celles-ci sont soit exploitées, soit arborées végétalisées ou encore classées zones humides.
Au terme des consultations, les services de l’État, après avoir vérifier différents points règlementaires, n’ont finalement retenu que 3 zones d’une surface totale de 31,4 ha. Cependant Agrivolt 19 maintient sa position en refusant l’intégralité du document cadre.
Les membres du collectif départemental Agrivolt 19 sont: Association pour la préservation de la nature et de l’environnement d’Alleyrat, collectif non agrivoltaïque Noailles, collectif de Varetz, collectif de Défense de la Buffatière, Terre de liens, Corrèze environnement, les Soulèvements de la terre, la Confédération paysanne, les Amis de la confédération paysanne, le MODEF, la mairie de Beaumont et des citoyens… référent : revel.philippe@wanadoo.fr
📣 RAPPEL : 📽🗣 CINÉ-DÉBAT organisé par 🕊le Mouvement de la Paix Corrèze 📆 Jeudi 5 juin à 20h30 avec la projection du film documentaire 🧑⚕🩺 UN MEDECIN POUR LA PAIX de Tal Barda.
Izzeldin Abuelaish, premier médecin palestinien à travailler dans un hôpital israélien, voit sa maison bombardée en 2009, tuant trois de ses filles et une nièce. Malgré cette tragédie, il trouve la force de parler d’espoir et de réconciliation. Exilé depuis au Canada, il milite sans relâche pour la paix entre Israël et la Palestine, ce qui lui vaudra d’être nominé cinq fois pour le Prix Nobel de la Paix.
Nous relayons ce communiqué qui concerne des pharmaciens installés en Corrèze.
Vous trouverez une pétition à signer en bas de cet article, et vous serez amené à visiter un espace documentaire en ligne dédié, conçu, selon notre équipe, de façon exemplaire.
Par la commission Santé du PRCF
Eliza Castagné et Antoine Prioux, pharmaciens à Bugeat et Sornac (Corrèze), ont été condamnés par l’Ordre des pharmaciens de Nouvelle-Aquitaine à six mois d’interdiction d’exercer (dont quatre avec sursis). Au delà d’une simple sanction disciplinaire, il s’agit bien d’une attaque politique contre celles et ceux qui refusent de se soumettre aux logiques marchandes qui gangrènent notre système de santé.
Leur crime ? Avoir osé dispenser des médicaments à l’unité pour lutter contre les pénuries, le gaspillage et l’antibiorésistance, dans l’intérêt des patients et des territoires ruraux abandonnés.
Cette décision, aussi absurde qu’injuste, intervient dans un contexte où le gouvernement prétend lutter contre les pénuries de médicaments. Le plan présenté le 27 février 2025 met en avant le « bon usage du médicament », mais il ne récompense en rien le travail essentiel des pharmaciens, experts pourtant en première ligne pour sensibiliser patients et prescripteurs. Puisque ce sont eux qui font le lien médicamenteux entre les malades et les médecins, Ils sont donc les mieux placés pour optimiser les prescriptions et éviter les ruptures de stock. Pourtant, au lieu d’être soutenus, ils sont sanctionnés lorsqu’ils innovent en dehors des cadres libéraux imposés par les laboratoires et leurs relais bureaucratiques.
Un modèle alternatif
Face à ce système défaillant, Eliza et Antoine ont construit une alternative concrète au sein du réseau Millesoins, une société interprofessionnelle de soins ambulatoires qui intègre pleinement les pharmaciens dans la chaîne de soins. Grâce à un logiciel protégé de partage d’informations médicales, ils collaborent étroitement avec les médecins, anticipent les besoins des patients chroniques et optimisent les commandes pour éviter les pénuries. Le suivi des besoins de chaque patient évite le surstockage tout en garantissant l’accès aux traitements. Ce suivi est même poussé jusqu’à l’appel aux patients isolés qui ne viennent pas chercher leurs médicaments.
Cette organisation, à des années-lumière des pratiques mercantiles encouragées par l’industrie pharmaceutique, le capitalisme mondialisé et l’Ordre des pharmaciens complice du grand capital, prouve qu’un autre modèle est possible : une pharmacie ancrée dans la prévention, la coopération interprofessionnelle et la justice sociale. Pourtant, au lieu d’être encouragée, cette initiative est frappée d’une sanction disproportionnée, tandis que les industries qui accumulent les pénuries à cause de la recherche perpétuelle de profits toujours plus grands, ne sont jamais inquiétées.
Un système de santé au service du profit, pas des malades
Cette affaire illustre parfaitement les contradictions d’un système de santé dévoyé par les intérêts privés de la grande bourgeoisie mondialisée. Les laboratoires pharmaceutiques, non seulement ont adopté une chaîne de production et d’approvisionnement qui provoque des pénuries, mais en plus, comme ils ont intérêt à commercialiser toujours plus de boîtes, ils ne prévoient pas les conditionnements en fonction des durées de traitement recommandées. Résultat : des patients contraints d’acheter des boîtes entières pour quelques comprimés, des millions de médicaments gaspillés, et des pharmaciens transformés en vendeurs plutôt qu’en soignants.
Eliza et Antoine, en refusant cette logique, ont mis en lumière la corruption légale d’un système où la santé est une marchandise. Leur condamnation n’est pas une erreur judiciaire : c’est un avertissement adressé à tous ceux qui voudraient remettre en cause l’hégémonie des laboratoires et de leurs complices dans les instances ordinales.
Exigeons l’annulation de la sanction ! Construisons une pharmacie publique !
La lutte d’Eliza et Antoine est emblématique d’un combat plus large : celui pour un système de santé socialisé, où les médicaments seraient produits et distribués selon les besoins de la population, et non selon la soif de profit des multinationales. Leur pratique de la dispensation à l’unité devrait être généralisée, encadrée par un pôle public du médicament qui mettrait fin aux pénuries organisées et à la mainmise des laboratoires sur nos vies.
Nous appelons à :
l’annulation immédiate de leur sanction et la reconnaissance de leur action en faveur de la santé publique,
la légalisation de la dispensation à l’unité pour tous les médicaments essentiels, afin de lutter contre le gaspillage et les pénuries,
la nationalisation de la production et de la distribution des médicaments, sous contrôle des soignants et des usagers, pour en finir avec la dictature des labos,
le développement de réseaux coopératifs comme Millesoins, qui replacent la prévention et l’accès aux soins au cœur du métier de soignant.
L’espace “documentation de soutien” (formidable ! )
Signez la pétition de soutien : https://crmx.fr/soutien-eliza-antoine
Rendez-vous jeudi 23 mai 18h à la Dépaysante à Tulle pour parler des luttes en forêts du Limousin !
Présentation par les collectifs pour la défense du massif
Un collectif organise une réunion d’information sur l’histoire sociale de la forêt en Limousin, l’état du massif et la transformation des scieries, et sur les deux projets qui nous concerne : BioSyl à Guéret et Farges à Egletons.
Entrée libre Durée environ 1h30 puis discussions
Auberge espagnole donc ramenez quelque chose à grignoter si vous voulez rester discuter !
Retour sur la conférence avec Clément Osé, auteur du livre Les Marchands de soleil et l’intervention ducollectif “Noailles – Non à l’agrivoltaïque”
Lors d’une soirée organisée par Terre de Liens, Corrèze environnement et la Confédération Paysanne, en présence de plusieurs collectifs corréziens opposés aux projets photovoltaïques industriels en Corrèze, Clément Osé a présenté son livre Les Marchands de soleil (co-écrit avec Sylvie Bitterlin), un journal à deux voix sur la lutte d’une poignée de retraités qui tentent de sauver la montagne bleue de Jean Giono, la montagne de Lure accaparée par les frénétiques industriels du photovoltaïsme. Un récit qui interroge : la transition peut-elle être écologique lorsqu’elle rase des forêts, détruit les milieux naturels et menace la biodiversité ?
Voici l’entrée en matière de Clément Osé dont vous trouverez la conférence dans sa totalité au fil des audio ci-après.
Merci beaucoup à Terre de Liens et à toutes les organisations […] qui m’ont invité. Je suis en train de faire une tournée de présentation du livre que j’ai écrit avec Sylvie Bitterlin […] qui s’appelle *Les Marchands de soleil- face à la machine photovoltaïque*. À titre personnel, ça nous fait très plaisir (enfin, je dis “nous” mais aujourd’hui je suis tout seul) de voir qu’il y a des gens qui s’intéressent à ce thème, des gens qui se réveillent, qui se soulèvent aussi contre des projets industriels qui apparaissent à côté de chez eux.
Souvent, ces gens-là, les industriels aiment bien les faire passer pour des râleurs, des râleuses qui consomment de l’électricité mais ne seraient pas prêts à assumer les conséquences de leur choix, qui ne veulent pas “avoir la centrale dans leur jardin”, etc. Un procès culpabilisateur. Moi, je trouve au contraire que c’est une réaction profondément légitime, une réaction écologique : des gens liés à leur habitat, à leur environnement de manière vitale et affective qui se retrouvent menacés de destruction. C’est normal de se mobiliser.
Merci à vous pour votre engagement – ou votre début d’engagement, si c’est un début. Je m’appelle Clément, j’écris sur l’écologie et le monde paysan depuis une dizaine d’années. Ce livre est né d’une rencontre avec Sylvie Bitterlin, qui a une double casquette : co-autrice, mais aussi protagoniste principale de l’histoire. On s’est basé sur ses carnets intimes et son récit de la lutte dans la montagne de Lure (Alpes-de-Haute-Provence), un lieu magnifique classé Réserve de biosphère par l’UNESCO, aujourd’hui menacé par 30 projets photovoltaïques (déjà 1 000 hectares concernés).
Le projet de ce livre
Vulgariser : Pour que les enjeux liés à ces projets puissent être appréhendés par tous.
Donner des outils : Aider les collectifs en lutte à penser ces projets de manière systémique (extraction minière, recyclage, biodiversité).
Raconter une résistance : Celle de Sylvie, une sexagénaire qui est passée sans transition de la méditation au blocage de bulldozers.
La duperie des “énergies renouvelables”
Pas si renouvelables : Les panneaux sont constitués de métaux, principalement de silicium, plomb, argent, cadmium et de cuivre dont les réserves s’épuisent (40 ans au rythme actuel, selon l’ingénieure Célia Izoard).
Pas si vertes : L’extraction minière ravage des régions entières (pollution, déforestation, violations des droits humains). Bilan carbone élevé pour l’obtention du silicium métal (1 tonne de silicium = 6 tonnes de charbon) et les opérations de raffinage utilisent de nombreux produits toxiques très polluants pour l’atmosphère et les cours d’eau.
Pas si utiles : Ces centrales ne remplacent ni le nucléaire ni les fossiles – elles s’y ajoutent.
L’agrivoltaïsme, un mirage ?
Concept inventé par Christian Dupraz (INRAe) pour justifier l’installation de panneaux sur des terres cultivables, avec des subventions publiques. Ce terme marketing surfe sur la précarité des paysans :
Les agriculteurs perdent leur statut et leur autonomie.
Des loyers 20 à 30 fois supérieurs à un fermage… mais qui sont des “miettes” comparés aux profits des industriels (1 million d’euros/hectare en 30 ans).
Une couverture légale pour artificialiser les sols : à Cruis, la mairie touche 170 000 €/an pour 17 hectares de panneaux.
Stratégies de lutte
Dans la montagne de Lure, le collectif Elzéard-Lure-en-Résistance a :
Documenté les illégalités : Contre-expertises naturalistes pour identifier les espèces protégées “oubliées” par les industriels.
Bloqué les chantiers : Un mois et demi d’actions directes pour retarder les travaux.
Gagné en justice : Le tribunal a annulé les dérogations pour destruction d’espèces – même si la centrale illégale fonctionne encore en appel.
La rencontre avec l’auteur en sons
Ouverture de la rencontre par Clément Osé avant projection d’une vidéo
Conférence de Clément Osé autour du livresuivie de l’annonce de l’abandon du projet de centrale à Noailles par Delphine Brians
Interventions de Philippe Revel, porte-parole de la Confédération paysanne de Corrèze
et quelques éléments de débat
En Corrèze, on recense 6 sites actifs d’installation photovoltaïques au sol en 2023
contre 182 projets photovoltaïques en 2025
Résistances locales
À Noailles, le projet de centrale sur sol agricole de 30 ha vient d’être abandonné grâce à une mobilisation exemplaire du collectif Noailles – Non à l’agrivoltaïsme.
À Viam, sous la pression de la municipalité et de la communauté de communes Vézère-Monédières-Millesources opposées à ce projet et du collectif de défense de la Buffatière, la SAFER a renoncé à attribuer l’achat de 47ha à la Foncière Rurale de la Corrèze pour une installation photovoltaïque.
À Pompadour, la propriétaire des terres a refusé la dérogation qui permettait de supprimer des haies classées par la commune et la vente à la Foncière Rurale ne s’est pas faite.
À Beaumont, la mairie soutenue par le conseil communautaire de l’agglomération de Tulle est en attente de jugement au tribunal administratif contre la Foncière Rurale
À Varetz, une déclaration préalable a été validée pour une centrale agrivoltaïque au sol de 2,5ha au milieu d’une zone pavillonaire (inférieure à 6ha le projet échappe à l’étude d’impact). Un télérecours a été réalisé par le collectif de riverains ainsi qu’un recours administratif représenté par un avocat.
À Vigeois, suite à un rapport d’enquête publique défavorable, le préfet a refusé le projet d’une centrale de 19 ha au motif qu’il impacte des cultures sur des terres arables, qu’il contribue à la destruction d’habitats naturels et perturbe le fonctionnement global des zones humides.
À Alleyrat, sur le territoire du Parc naturel régional de Millevaches, la lutte continue pour l’Association pour la préservation de la nature et de l’environnement d’Alleyrat. Le projet porté par la société RP Global s’étendrait sur 70 ha avec 42 000 panneaux trackers à 3,16 m de haut.
Un collectif départemental a été créé pour fédérer les nombreux collectifs locaux d’opposition. Ceux-ci mettent en commun leurs informations, leur expérience et l’expertise acquise dans le cadre de leur mobilisation.
“Ce n’est pas inutile. Chaque lutte crée du lien, ralentit la machine… et fait bouger les lignes.”
Comment lutter efficacement ?
Clément Osé et les collectifs insistent sur :
L’unité : Trouver un dénominateur commun (“Ni ici, ni ailleurs”) malgré les divergences tactiques.
L’action juridique : Contester les études d’impact biaisées et les dérogations préfectorales.
La désobéissance civile : Comme à Cruis où des blocages ont retardé les travaux illégaux.
Pour aller plus loin :
Lire ce récit sensible et captivant, extrêmement documenté, qui adopte les codes du roman pour dire le réel: LES MARCHANDS DE SOLEIL. FACE À LA MACHINE PHOTOVOLTAÏQUE de Clément Osé & Sylvie Bitterlin, Tana Éditions, collection Nouveaux récits.
“Ce n’est pas une fatalité. En résistant, on peut sauver des milliers d’hectares.” — Clément Osé
Canopée publie un “petit manuel de résistance intellectuelle à l’usage de ceux qui s’intéressent à la forêt”.
Qui est Canopée ?
Avec plus de 300 000 sympathisants et 5 500 adhérents, Canopée est la plus grande association française dédiée à la protection des forêts. Depuis sa création en 2018, elle milite pour une gestion forestière durable et juste, souvent en opposition aux pratiques intensives de la filière bois.
La forêt est au cœur des enjeux écologiques actuels, mais elle fait aussi l’objet de nombreux clichés et simplifications. L’association Canopée – Forêts Vivantes propose un éclairage précieux à travers sa brochure “36 idées reçues sur la forêt”, un petit manuel de résistance intellectuelle pour mieux comprendre les défis forestiers.
Les idées reçues passées au crible
Cette brochure est un clin d’œil et notre réponse à la brochure publiée par Fransylva. Elle s’adresse aux citoyennes et aux citoyens, mais aussi aux nombreux acteurs de la filière – propriétaires forestiers, gestionnaires forestiers, entrepreneurs de travaux forestiers, scieurs… qui ne se reconnaissent pas dans certaines dérives et méthodes actuelles de la filière.
La brochure aborde 36 questions clés, classées en “Vrai”, “Plutôt vrai”, “Compliqué…”, “Plutôt faux” et “Faux”. En voici quelques exemples :
“Couper des arbres, c’est tuer la forêt ?” → Faux Tout dépend des pratiques : les coupes rases dégradent les écosystèmes, tandis que les coupes sélectives ou le maintien de vieux arbres morts préservent la biodiversité.
“La forêt française est diversifiée ?” → Plutôt vrai Bien que la France compte 190 espèces d’arbres, 46 % des peuplements sont monospécifiques, souvent en raison de plantations de résineux.
“Brûler du bois est neutre pour le climat ?” → Faux La combustion du bois émet du CO₂ et crée une “dette carbone”, surtout lors des coupes rases.
“Les vieux arbres sont plus sensibles au dérèglement climatique ?” → Compliqué… Les études montrent que les arbres dominants (souvent plus gros) résistent mieux que les jeunes arbres dominés.
“Les certifications forestières garantissent une gestion durable ?” → Faux Même si FSC est plus exigeant que PEFC, aucun label n’est parfait, et certains bois issus de coupes rases sont encore certifiés.
Des solutions pour l’avenir
Canopée plaide pour :
La sylviculture mélangée à couvert continu, moins intrusive et plus résiliente.
La limitation des coupes rases, dont les impacts écologiques sont majeurs.
La transparence des documents de gestion forestière, aujourd’hui trop opaques.
Une fiscalité incitative pour les propriétaires engagés dans des pratiques durables.
Pour aller plus loin
Retrouvez l’intégralité de la brochure ci-dessous et soutenez leur action en vous abonnant à leur newsletter ou en commandant la version imprimée.
Cet article s’inspire de la brochure éditée par Canopée en février 2025. Crédits photos : Sylvain Angerand, Marc Chesneau, et al. Graphisme : Deidamia Pelé.
L’agrivoltaïsme (installation photovoltaïque sur sol agricole) fait couler de l’encre et délie les langues dans nos campagnes.
Il faut dire que depuis le coup d’envoi de la loi APER (loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables) et son décret de 2024, les industriels de l’énergie se sont lancés à l’assaut des terres agricoles. Armées d’outils marketing fallacieux cachant un opportunisme foncier et financier, ces multinationales profitent de la difficulté du monde paysan. Leur promesse de revenus complémentaires attractifs pour l’agriculteur occulte les contraintes et la complexité du cahier des charges imposé par le cadre règlementaire. Faisant fi des conditions de travail du paysan, de la pérennité de son exploitation, de la stabilité du foncier agricole, du respect de nos paysages et de la biodiversité, l’énergéticien a perdu tout sens commun face à cette manne financière.
Un coup d’envoi pour le photovoltaïque en milieu agricole
La transition énergétique des États de l’UE est engagée en 2009 par la Commission européenne qui prévoie que 23 % de la consommation électrique soient issus d’énergies renouvelables à l’horizon 2020. En 2022, la France qui n’a atteint que 20% se fait recadrer par la Commission. Pour combler le retard national, la loi APER (loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables) est votée le 10 mars 2023 et dans son plan France Nation Verte, le gouvernement fixe l’objectif de production d’énergie photovoltaïque à 100 GW (voire 140 GW) à l’horizon 2050 dont 90 GW au sol.
Pour répondre à l’urgence écologique et climatique, cette loi inscrit dans ses objectifs “D’encourager la production d’électricité issue d’installations agrivoltaïques, en conciliant cette production avec l’activité agricole, en gardant la priorité donnée à la production alimentaire et en s’assurant de l’absence d’effets négatifs sur le foncier et les prix agricoles”.
En pratique, cela donne lieu au décret du 8 avril 2024 qui définit les conditions de mise en place des installations photovoltaïques sur des terrains agricoles, naturels et forestiers classées en deux catégories: les “installations agrivoltaïques” et les “installations agricompatibles”. En dehors des définitions de ce document cadre, le terme d’agrivoltaïsme est souvent utilisé de manière générale pour parler de toutes les installations photovoltaïques sur sol agricole.
Dans le même temps, les scientifiques du GIEC et de l’IPBES alertent sur le fait que “la lutte contre le changement climatique, et la transition énergétique en particulier, ne doit pas conduire à accélérer le déclin de la biodiversité”. Plusieurs études suggèrent que l’objectif de 100 GW peut être atteint en mobilisant uniquement des espaces artificiels (toitures, hangars agricoles existants, parkings, routes, etc.). Rien que le respect de la loi APER en matière d’équipement des parcs de stationnement devrait permettre d’installer au moins 20 GW supplémentaires.
De son côté l’ADEME (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) a recensé un potentiel d’installations photovoltaïques de 364 GW sur toitures, 49 GW sur les friches industrielles et 4 GW pour les parkings, soit quatre fois plus que l’objectif de production fixé par le gouvernement. L’Agence appelle donc à privilégier ces modèles « pour éviter d’occuper des sols agricoles et de nuire à l’image de cette énergie renouvelable ». Alors pourquoi les industriels de l’électricité convoitent-ils autant les espaces naturels et saisissent un bien commun : la terre ?
Qui sont ces porteurs de projets agrivoltaïques ?
Ne nous méprenons pas, les entreprises porteuses de ces projets sont également les géants des énergies fossiles comme par exemple Total, devenu Total énergies en 2021, tandis que l’entreprise Sun’Agri, qui se présente comme la pionnière en agrivoltaïsme, appartient à 80% au groupe EIFFAGE, géant de la construction qui réalise notamment des projets pour Bolloré en Afrique. Gros pollueurs, ces industriels revêtent aujourd’hui leurs habits verts pour se présenter comme ambassadeurs de la cause environnementale. En marge des géants de l’électricité, producteurs/constructeurs des énergies renouvelables (ENGIE GREEN, BORALEX, NEONEN, etc.), une multitude de sociétés se sont lancées sur le marché depuis une dizaine d’années et se livrent une féroce concurrence.
De nombreuses start-up participent aussi à cette course vers l’énergie solaire sur sol vivant et terres cultivées et les projets se multiplient à une échelle encore jamais vue entre 10 et 30 hectares (dix fois plus que les projets expérimentaux). Il s’agit en fait de la surface minimale pour que l’installation soit suffisamment rentable pour l’énergéticien au regard des distances et des coûts de raccordement.
L’intérêt des industriels de l’électricité pour le foncier agricole s’explique par l’immensité des surfaces planes et sans obstacle sur des dizaines d’hectares qui sont plus rentables que l’installation sur les carrières ou friches industrielles et plus les surfaces sont grandes, plus les coûts de production sont bas. De plus, les installations au sol resteraient deux fois moins coûteuses que les installations sur de grandes toitures malgré l’important investissement initial et un cadre règlementaire plus contraignant.
Ces économies répondent à la politique actuelle en matière de production visant à maintenir le prix de l’électricité le plus bas possible. C’est le critère principal pour sélectionner les projets dans le cadre des appels d’offres proposés par la commission de régulation de l’énergie. Le choix se portera donc automatiquement sur un développeur privé qui proposera un coût de production le plus bas possible.
Une frénétique ruée vers la terre agricole
“Il n’y a rien de plus tentant que l’espace agricole, il est quasi illimité”, selon les propos d’Antoine Nogie pour le média Reporterre,co-président de l’association France Agrivoltaïsme et fondateur de l’énergéticien Sun’Agri.
Avec plus d’un million d’hectares de terres déjà contractualisées, chiffre des syndicats agricoles, c’est la concurrence débridée pour l’accès aux terres et la course au maximum de projets qui menacent l’équilibre du monde rural.
Certaines régions sont littéralement prisent d’assaut par les énergéticiens. C’est le cas de la région PACA avec le combat emblématique de la montagne de Lure dans les Alpes de Hautes Provence, pourtant espace naturel exceptionnel classé “réserve de biosphère du Lubéron” par l’Unesco. Aux abords de la montagne de Lure, où les centrales photovoltaïques en construction ou en exploitation occupent déjà 189 ha et celles en projet devraient couvrir 349 ha, la population s’organise pour préserver son territoire. Fin 2024, les opposants ont engrangé deux premières victoires juridiques : la condamnation de la société canadienne Boralex pour ne pas avoir recherché de site alternatif (affectant moins la biodiversité) aux 17 ha de zone naturelle qu’occupe déjà la centrale en début d’exploitation ainsi que l’annulation d’un permis de défricher pour un autre projet de centrale sur 13 ha.
Dans le Lot-et-Garonne, un projet sur 1300 hectares de grandes cultures sur 6 communes, évalué à plus de 1 milliard d’euros, est porté par 5 entreprises dont un fond d’investissement australien. Ce projet démesuré implique des grands travaux, notamment la construction de nouveaux transformateurs et de lignes très haute tension suscitant des contestations locales. Dans la Nièvre ce sont entre 2500 et 3500 hectares qui sont menacés. Dans la Vienne, 200 projets ont été répertoriés représentant une surface de 5000 ha. La situation est identique dans les départements de la Charente, des Landes, de la Meurthe-et-Moselle…
Nos territoires d’outre-mer ne sont pas en reste. En Guyane, en pleine forêt amazonienne, le projet d’un parc de 140 hectares prétextant rendre autonome la région en électricité fait l’impasse sur le rôle majeur de la forêt pour le vivant mais aussi pour les habitants autochtones qui réclament depuis trente ans de faire de la forêt une zone de droit d’usage collectif. Plutôt que de leur répondre à leur demande, l’État, dans un processus néo-colonial, fournit aux industriels une terre qu’il estime lui appartenir. D’ailleurs, la lutte du peuple kali’na depuis 2016 est lourdement réprimée par l’armée et des milices privées.
Agrivoltaïsme: stratégie gagnant-gagnant ?
A première vue, le photovoltaïque sur sol vivant est séduisant puisqu’il permet de développer les énergies renouvelables tout en apportant un complément de revenu aux agriculteurs. Mais derrière cette image marketing se cache un opportunisme foncier et financier profitant d’un contexte difficile pour le monde paysan.
Au départ de l’agrivoltaïsme, on trouve une collaboration entre une équipe de chercheur de l’INRAe de Montpellier dirigée par Christian Dupraz et la société Sun’R, devenue Sun’Agri depuis. C’est dans ce cadre que le premier prototype expérimental agrivoltaïque mondial a vu le jour en 2010. Christian Dupraz lors d’un entretien début 2024, estimait que le potentiel était énorme : “À mon sens, un objectif de 100 000 ha de systèmes agrivoltaïques est réaliste, et produirait environ 50 GW. Il faut réfléchir à la taille des projets, mais il s’agit d’une décision politique. Soit on favorise de grands projets (100 à 1 000 ha) et peu d’agriculteurs en bénéficieront, soit on favorise de petits projets (1 à 5 ha), et beaucoup d’agriculteurs en profiteront. Pour l’instant, les électriciens tentent de sécuriser des surfaces agricoles pour leurs projets, et les agriculteurs sont sollicités de toutes parts. C’est un peu le far-west… Il est temps que la loi et ses décrets d’application viennent préciser les règles du jeu et calmer les esprits”. En effet, les chiffres avancés par le chercheur sont bien en dessous de ceux des syndicats de la filière car les industriels voient bien plus grands. Seuls les pouvoirs politiques pourront les freiner mais en auront-ils la volonté ?
Christian Dupraz insiste sur le fait qu’il y a une forte disparité entre les bénéfices de la production électrique et ceux de la production agricole. Le prix de l’installation serait entre 500 000 et 1 million d’euros par ha, pour une marge électrique de 50 000 à 200 000 euros par ha et par an, alors que la marge de la production agricole est de l’ordre de 500 à 10 000 euros par ha et par an. Et il déplore le manque d’encadrement des loyers versés aux propriétaires de terrains. Ceux-ci évoluent entre 2 000 et 4 000 euros par hectare et par an, selon la zone géographique, mais certains porteurs de projet n’hésitent pas à faire monter les enchères plus haut pour convaincre l’agriculteur.
Des installations contre nature
Dans le monde idéal des énergéticiens, l’agrivoltaïsme n’a que des vertus. Il combine production alimentaire et énergétique en offrant un complément de salaire aux agriculteurs. Autres arguments marketing, l’installation de panneaux sur les cultures permet de résister au changement climatique (en période de gel, gain de 1 à 2 °C sous les panneaux, ombrage l’été et réduction de l’irrigation, protection contre la grêle, amélioration des rendements), contribue au bien être animal et protègent les animaux d’élevage via les clôtures hautes des parcs. De plus, l’ombre réduirait la pénibilité au travail des exploitants.
Pour ses contradicteurs, l’installation sur les terres cultivées induit une baisse de la qualité de la production et du rendement. Une publication scientifique de l’INRAe le confirme selon les taux de couverture du sol: une couverture de 20% entraîne une diminution de rendement de 25% tandis qu’une couverture de 40% entraîne une diminution de 38%. Un rapport de l’énergéticien Sun’agri sur l’arboriculture, rendu public par les revues Silence et L’empaillé en avril 2024, confirme des baisses de rendement sous les panneaux : -30 % sur pommiers et -20 % sur nectariniers. En Saône-et-Loire, des essais réalisés par la Chambre d’agriculture confirment l’étiolement des plantes sous les panneaux et le retard de croissance des légumineuses. Une autre étude de l’INRAe signale que la qualité de la prairie est largement impactée: développement de mousse en hiver, accroissement de la part de sols nus, et domination des graminées sur les légumineuses.
Selon les détracteurs, les panneaux augmentent de manière significative la température et le risque d’inondation. “La grosse différence entre l’arbre et le panneau, concerne l’ombre. Avec un arbre vous avez une ombre froide et humide et avec un panneau vous avez une ombre sèche et chaude, il suffit de se mettre sous un arbre et ensuite de se mettre sous un panneau métallique et voir la différence” explique Fabien Balaguer,directeur de l’Association française d’agroforesterie. Il a également été constaté des phénomènes d’électrosensibilité des animaux d’élevage (entraînant par exemple des avortements en série au sein de troupeaux de brebis) et les clôtures hautes sont une entrave à la libre circulation des espèces sauvages. En outre, les installations compliquent les conditions de travail: bruit permanent des onduleurs, les outils ne sont plus adaptés pour travailler sous les panneaux et certains projets entraînent des investissements personnels qui peuvent dépasser 250 000 euros (faucheuses déportées, adaptation du tracteur, etc.). Aussi, c’est sans compter, l’atteinte à la biodiversité et au cadre de vie de la population.
Quant au CNPN (Conservatoire National de la Protection de la Nature), il recommande de “cesser le déploiement de centrales photovoltaïques sur les espaces semi-naturels, naturels et forestiers (incluant toutes les zones humides), protégés et non protégés, en raison de leur incidence importante sur la biodiversité, de leur incohérence avec les objectifs d’adaptation et d’atténuation du changement climatique et du risque accru d’incendies” (séance du 19 juin 2024). Pour le Conservatoire, “il est capital de privilégier réellement les espaces artificiels dans l’installation de l’énergie photovoltaïque. Ce d’autant plus que les bénéfices sociétaux sont nettement amoindris par les installations sur milieu naturel : une fois les émissions liées à la construction de la centrale et des panneaux décomptées, c’est entre un quart et un tiers des émissions évitées qu’il faut décompter du fait du défrichement”.
En 2022, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a mené une étude sur l’impact du photovoltaïque sur la faune et la flore. En voici les conclusions: ces grandes installations perturbent les écosystèmes. D’abord, elles modifient l’ombre et la température sous les panneaux, gênant le développement de certaines plantes et celui des animaux. Elles ont également un effet indirect : des oiseaux s’écrasent parfois sur la surface des panneaux qui réfléchissent le sol, des insectes pondent sur ce qui ressemble à un plan d’eau…
Pour deux syndicats d’agriculteurs, le MODEF (Mouvement de défense des exploitants familiaux) et la Confédération paysanne, le photovoltaïque en général n’a pas sa place sur sol vivant car il détourne la terre agricole de son usage et entraîne son artificialisation. La Confédération paysanne rappelle dans une de ses publications : “L’agriculture paysanne doit participer avec les citoyen.nes à rendre le milieu rural vivant dans un cadre de vie apprécié par tous. Que cela soit par la qualité et la diversité du milieu naturel, les ruraux dans leur vie quotidienne désirent la protection de cet espace générateur d’emplois. Alors que l’agriculture est l’une des professions qui rémunère le moins en France, qu’un malaise de la profession est reconnu et qu’il faudra recruter massivement pour faire face aux nombreux départs en retraite, une motivation essentielle est la qualité de vie au travail, en plein air, dans un cadre beau, regarder le ciel et écouter le chant des oiseaux : nous défendons un rapport sensible au monde qui nous est primordial. Travailler sous des panneaux, c’est dégrader notre qualité de vie au travail, mais aussi l’environnement et les paysages de tous pour le bénéfice de quelques propriétaires et promoteurs”.
Quel avenir pour les exploitations liées aux industriels de l’électricité ?
Le cadre réglementaire impose aux installations photovoltaïques d’être réversibles et démantelées après leur utilisation (avec une durée maximum d’exploitation de: 40 ans mais prorogée par le préfet “indéfiniment”). Or, la réglementation évalue la réversibilité des installations sur des critères largement insuffisants. La loi prévoit aussi des garanties financières à donner en début de projet en prévision de son démantèlement mais ne les rend pas obligatoires.
En outre, l’obtention du permis de construire des installations agrivoltaïques est subordonné au maintien de l’activité agricole et la réglementation prévoit que le revenu issu de l’agriculture équivaille à la situation avant l’installation des panneaux (tout en prévoyant des aménagements et dérogations du préfet). Un éleveur qui percevrait une rente agrivoltaïque 5 fois supérieure à son activité d’élevage peut alors légitimement se demander s’il aurait intérêt à poursuivre celle-ci. Ainsi, dans le Maine-et-Loire, les serres photovoltaïques de Bourgneuf produisent encore de l’électricité et génèrent une rente pour l’énergéticien alors que l’activité agricole a disparu depuis 2017. Bien que le permis de construire soit devenu caduc, ces installationsphotovoltaïques n’ont pas été démantelées (des recours juridiques sont entamés depuis 2023 par la Confédération paysanne du département). Et qu’en serait-il s’il s’agissait de terre arable…
De plus pour sécuriser le foncier et sa coûteuse étude environnementale, le développeur impose aux agriculteurs de signer un bail emphytéotique (hors régime protecteur des baux ruraux) leur garantissant l’exclusivité pour contrôler l’avenir de ces terres. Cette contrainte engendre d’une part un empêchement pour l’agriculteur de changer son projet ou de développer une initiative différente sur le même terrain et d’autre part entrave sa liberté en cas de transmission car il est tributaire du bon vouloir du développeur pour la location de ses terres à un jeune agriculteur. Cette situation peut conduire l’agriculteur à la précarité.
De plus, les profits générés par ces activités nuisent à la transmission des fermes aux générations suivantes. En effet certains paysans en fin de carrière préfèrent conserver leur foncier pour s’assurer une retraite confortable grâce au loyer versé par les industriels de l’énergie, autant d’hectares qui ne seront pas remis sur le marché du foncier agricole. Le témoignage de Gisèle Jean, vice-présidente de la communauté de communes du sud de la Vienne, qui a vu passer ces derniers mois pas moins de 200 projets correspondant à 5 000 hectares de terrains, atteste que le profil le plus fréquent, “c’est un agriculteur qui arrive autour de 60-65 ans avec une retraite assez faible, qui n’est pas sûr de trouver quelqu’un pour cultiver sa terre en contrat de fermage et même souvent, pas certain de vendre ses terres. Il accepte alors un projet photovoltaïque, trouve quelqu’un qui va mettre quelques moutons dessous, ce qui va lui permettre d’avoir une retraite correcte. Mais pour que ce soit vraiment acceptable, il faut être sûr que le projet derrière soit vraiment d’élevage. Nos terres ne sont protégées que par l’élevage.”
Dans des départements où l’on arrive encore à installer des jeunes agriculteurs, les craintes se portent particulièrement sur la transmission après des départs en retraite. Pour se prémunir des dérives des installations photovoltaïques, la chambre d’agriculture de l’Aveyron a fait voter en 2019 un document statuant que tout “projet s’implantant dans les espaces à vocation agricole sera refusé”. D’autres chambres d’agriculture comme celles du Massif central résistent à la pression des industriels tandis que certaines adoptent une position moins vertueuse et beaucoup plus opportuniste, nous le verrons plus loin. Un certain nombre de maires aussi n’hésitent pas à prendre un arrêté contre les installations photovoltaïques sur leur commune.
Bulle spéculative du foncier agricole
Le marché du photovoltaïque sur les terres agricoles entraîne une spéculation foncière considérable. Le loyer proposé aux propriétaires pour l’installation d’une centrale déstabilise complètement le marché foncier, avec un rapport de 1 à 10 ou 30 pour le fermage et de 1 à 3 ou 6 pour l’achat. Certains experts fonciers avancent les chiffres suivant: “considérant les taux proposés, un hectare de terrain couvert de panneaux avec un loyer de 2 000€/ha/an pourrait se valoriser entre 20 000 et 40 000 €/ha “ alors que le prix moyen à la vente des terres libres est de 5 940€ l’hectare.
Non seulement les prix des terres agricoles flambent mais les montants des loyers versés par les industriels peuvent inciter les propriétaires à ne pas louer, ni renouveler les baux, ni vendre leurs terres à des agriculteurs. Leurs terres sortent ainsi du statut du fermage, font l’objet d’une rétention foncière et sont menacées de déprise.
Par ailleurs, les agriculteurs voient d’un mauvais œil les investisseurs qui viennent acheter des terres pour le photovoltaïque: “On voit déjà les effets complètement pervers du modèle puisque des investisseurs viennent ici pour acheter une ferme dans l’optique de la valoriser pour faire de l’agrivoltaïsme, déplore un exploitant dans la Vienne. Aucun agriculteur du coin ne peut mettre 8000 euros de l’hectare pour des terres qui ont un faible potentiel et sont destinées à l’élevage. On installe ainsi une concurrence complètement déloyale entre la production agricole, qui est pour nous essentielle, entre la production alimentaire et la production énergétique.”
Toujours dans la Vienne, l’ancien PDG de Bricorama convoite une ferme de 630 hectares qu’il souhaite en partie couvrir de panneaux solaires. “Les terres de cette ferme viennent d’être vendues à des prix astronomiques pour un projet de photovoltaïque au sol, s’insurge un agriculteur d’une commune voisine. Résultat : ça empêche tout le monde de s’agrandir ou de s’installer. On s’aperçoit que tous ces gros investisseurs […] mettent une pression énorme sur le monde agricole aujourd’hui alors que peut-être un dixième des projets verra en fait le jour.”
A titre d’exemple encore, en Charente, 101 hectares ont été achetés par un investisseur étranger à un agriculteur partant en retraite, débouchant sur un projet de 31 ha de panneaux photovoltaïques. Un jeune qui élève des moutons souhaitait racheter quelques parcelles mais le prix était beaucoup trop cher. Dans ce département, les projets photovoltaïques émergent un peu partout avec des superficies équivalentes.
Tous les départements où l’agrivoltaïsme explose sont confrontés aux mêmes problèmes. Cela est particulièrement remarqué dans les zones d’élevage où les reprises de terre sont difficiles et les départs en retraite nombreux. Dans ces régions en difficulté, les développeurs de projets achètent également de la terre agricole pour leur propre compte afin d’y installer du photovoltaïque au sol, au risque de bloquer l’accès aux terres.
Pour le MODEF, “la terre doit rester prioritairement au service de la souveraineté alimentaire et ne doit pas devenir un objet de spéculation et de rente. Il s’avère impératif que sa fonction de production agricole puisse rémunérer le travail de celui qui exploite la terre, qu’il soit propriétaire exploitant ou fermier exploitant”.
Conflits d’intérêt et tensions sur le territoire
Les communes, les communautés de communes et les conseils départementaux touchent également une rente annuelle pour les parcs photovoltaïques installés sur leur territoire. La manne financière des projets photovoltaïques génère des conflits d’intérêts pour les collectivités territoriales et les chambres d’agriculture qui récupèrent des financements provenant de la compensation collective agricole, supposée contrebalancer les effets négatifs de l’artificialisation.
L’opportunisme de la chambre d’agriculture de la Nièvre en fait l’exemple parfait. Pour chaque projet, elle sollicite de la société photovoltaïque une prime pour réaliser elle-même l’audit agricole (entre 15 et 20 000€), une situation où elle est à la fois juge et partie. Elle a également négocié un versement de la “compensation agricole” de 1500€/MWc/an via le GUFA (Groupement d’Utilisation de Financements Agricoles) avec lequel elle finance directement ses projets agricoles ainsi qu’un revenu sur la production d’électricité. Ceci explique peut-être que la chambre d’agriculture de la Nièvre se soit prononcée en février 2021 en faveur de l’installation de panneaux solaires sur 2 000 ha de terres agricoles.
Parfois, les élus locaux sont eux-mêmes directement impliqués dans les projets, en tant que propriétaires fonciers ou bénéficiaires des fonds issus de la compensation collective agricole. Ces situations expliquent aussi que des projets contraires à l’intérêt général voient le jour.
Si le triangle État, FNSEA (qui préside France Agrivoltaïsme) et industries énergétiques, disent vouloir assurer un complément de revenu aux agriculteurs, cette manne financière bénéficie principalement aux plus grands propriétaires fonciers. “Cette industrie photovoltaïque vise des personnes qui ont l’appât du gain, ainsi que les agriculteurs endettés dans des grandes fermes conventionnelles, qui voient là une solution à leurs problèmes financiers, constateune prospectrice de terrains pour des projets photovoltaïques au sol. En ne visant que les grosses exploitations, cette industrie encourage un modèle d’agriculture peu vertueux. “
Ainsi ces installations générent des inégalités et par conséquent des tensions entre agriculteurs d’un même territoire. Elles divisent souvent les habitants et dégradent le climat de la commune.
Pour pallier ces inégalités, deux députés tentent de porter dans une loi, via un groupe transpartisan à l’Assemblée nationale, visant la mise en commun des bénéfices des parcs agrivoltaïques. Le socialiste Dominique Potier et le député du groupe Démocrate Pascal Lecamp ont imaginé un système qui ferait remonter au niveau du département une partie de ces rentes agrivoltaïques, pour redistribuer l’argent à l’ensemble des agriculteurs d’un territoire et limiter l’inflation foncière.
Un miroir aux alouettes pour les agriculteurs ?
L’ambivalence de la loi APER réside dans le fait que d’un côté elle vise le développement du photovoltaïque en milieu agricole et de l’autre elle pose un cadre et des contraintes difficilement tenables pour l’agriculteur. Une loi dénoncée par beaucoup d’acteurs du monde agricole, une loi hors sol qui ne tient pas compte de la réalité du terrain et dont les agriculteurs risquent bien de faire les frais.
Comme nous l’avons vu précédemment, avec l’apparition de l’agrivoltaïsme, la loi redéfinit deux modèles d’installation: l’installation agrivoltaïque et l’installation agricompatible.
L’installation agrivoltaïque doit être située sur une “parcelle agricole” et doit contribuer “durablement à l’installation, au maintien ou au développement d’une production agricole”. Elle doit augmenter le potentiel agronomique (adaptation au changement climatique, protection contre les aléas, amélioration du bien-être animal). Elle doit permettre à la production agricole d’être l’activité principale de la parcelle et doit être réversible. Et cerise sur le gâteau, le décret du 8 avril 2024 qui complète la loi prévoit que les panneaux ne doivent pas couvrir plus de 40% de la surface de la parcelle tandis que la production agricole ne doit pas baisser de plus de 10% par rapport à la normale. D’après les études disponibles, ce compromis est impossible à tenir.
“Toutes nos études à l’INRAe montrent qu’au-delà de 20% de taux de couverture, nous avons des baisses de rendement significatives pour pratiquement toutes les cultures, soupire Christian Dupraz (sur Radio France). De ce point de vue là, la réglementation demande donc aux agriculteurs de faire des miracles. C’est la raison pour laquelle, à l’INRAe, nous avions recommandé de mettre un plafond de 20% au taux de couverture des installations agrivoltaïques. Ça n’a pas été suivi par la loi APER, nous craignons donc qu’en l’état, elle soit inapplicable.”
Pour l’installation agricompatible, comme son nom l’indique elle doit être compatible “avec l’exercice d’une activité agricole, pastorale ou forestière” et elle doit se réaliser sur une surface qui a été déclarée inculte depuis au moins 10 ans (incluant carrière, friches industrielles, délaissés…). Ici le taux de couverture maximal autorisé est de 80 %.
Cette législation conduira-t-elle les agriculteurs à l’impasse ? Ce qui est aussi à craindre ce sont des dégâts irréversibles et une gabegie financière comparable à l’échec initial des serres photovoltaïques. L’INRAe dans une note de positionnement de 2023 déplore qu’une “grande partie des serres photovoltaïques de première génération ne sont pas cultivées, car elles sont trop sombres” et que cela “ne doit pas se reproduire en agrivoltaïsme. Il faut donc partager le soleil de manière intelligente, et pour cela éviter les systèmes trop denses en panneaux photovoltaïques”.
A noter que la loi APER encourage les acteurs locaux à développer les énergies renouvelables par la mise en place de procédures simplifiées; désormais en dessous de 6 hectares, plus besoin de permis de construire, une simple déclaration préalable suffit. Ce qui réduira le délai mais aussi de facto la qualité de l’instruction des dossiers par les services de l’État.
En réalité, les opposants peuvent se réjouir car parmi la multitude de projets et le nombre d’hectares de terres gelés par les contrats passés entre énergéticiens et agriculteurs, peu d’entre eux aboutiront. En effet, le cadre règlementaire est trop contraignant. De plus ces projets soulèvent de vives oppositions de la part des associations de défense de l’environnement et des collectifs d’habitants locaux. Pour leur donner gain de cause, les tribunaux administratifs s’appuient souvent sur les recommandations du CNPN révélant les limites de la loi en matière du respect de l’environnement.
Le cas corrézien
La Corrèze n’échappe pas à la ruée vers les terres agricoles pour les projets agrivoltaïques. Le département est aussi directement concerné par les conflits d’intérêt au sein de ses établissements publics départementaux.
Une SAS La foncière rurale de la Corrèze, a été créée dans le but de “maîtriser le développement du photovoltaïque au sol pour profiter collectivement et territorialement, notamment pour le monde agricole et rural, des retombées économiques” et donc gérer ces gains financiers au plus près. Dans ce but, la Foncière rachète des terres qui permettent l’installation de panneaux photovoltaïques, installe un agriculteur sur chaque parc, tandis qu’une partie des bénéfices est reversée à la Foncière elle-même et aux agriculteurs qui y adhèrent et deviennent porteurs de parts.
Un système louable au départ puisqu’il devait permettre de limiter la prolifération des projets, la spéculation foncière, un partage des retombées financières et le gel des terres par des baux emphytéotiques.
D’après la Foncière, il y aurait 50 développeurs sur le territoire de la Corrèze qui démarchent en cherchant à bloquer du foncier agricole avec des baux emphytéotiques d’une durée de 10 à 15 ans. Cela entraînerait le gel de plus de 10 000 hectares de terres agricoles alors que la Foncière estime que le potentiel photovoltaïque de la Corrèze est actuellement limité par le nombre de postes sources à 300 hectares.
En réalité, la gouvernance de cette Foncière est assurée par un conseil d’administration composé de deux propriétaires fonciers, un maire et sept agriculteurs (tous responsables ou anciens responsables de la Chambre d’agriculture et/ou de la FDSEA). De plus, le conseil de surveillance de la Foncière est présidé par un élu de la chambre d’agriculture, par ailleurs président du comité technique de la SAFER, chargé d’examiner les candidatures pour les acquisitions de terres agricoles dont celles de la SAS La foncière rurale de la Corrèze.
D’après la fédération corrézienne du MODEF:”Cet entre soi ne permet pas de pluralisme dans la gouvernance et la transparence des actions financées mais au contraire favorise les conflits d’intérêt. Dans ce contexte, il est difficile de s’assurer que l’attribution des terres soit faite sans favoritisme et dans l’intérêt général et que les projets générant des profits ne soient pas destructeurs pour les terres agricoles“.
Par ailleurs, ce fonctionnement a entraîné un accaparement du foncier:
A Pompadour, la SAFER avait estimé une propriété agricole de 14 ha à 130 000 euros: un prix qui pouvait intéresser des paysans. Or la SAS La Foncière rurale de la Corrèze en se portant acquéreuse auprès de la SAFER au prix de 170 000 € a fait augmenter artificiellement le prix des terres agricoles. Actuellement, la propriétaire s’est rétractée car la commune a classé des haies de la propriété en haies remarquables.
À Viam, une paysanne de Haute-Vienne s’était portée candidate, en lien avec le Conservatoire des Espaces Naturels, pour l’acquisition de terres agricoles (47 ha) au lieu-dit la Buffatière afin de se réinstaller en Corrèze et concrétiser son projet de ferme en Bio. Le comité technique SAFER a préféré attribuer ces terres à la Foncière rurale sous condition d’une installation hypothétique et précaire, n’apportant aucune sécurité foncière au porteur ou à la porteuse de projet. La commune de Viam et la communauté de communes Vézère-Monédières-Millesources se sont fermement opposées à ce projet. Les habitants des hameaux impactés par le projet photovoltaïque se sont constitués en collectif, le Collectif de défense de la Buffatière
À Beaumont, la commune a souhaité acquérir en 2023 une propriété de 25 hectares pour réaliser un projet d’éco-tourisme préservant l’environnement et les paysages, avec des installations agricoles et apicoles. Le comité technique a proposé de scinder la propriété en deux lots, pour attribuer 9 ha et le moulin à eau à La Foncière rurale sans aucun projet concret, ni garantie en termes de faisabilité réglementaire, technique et économique. La mairie de Beaumont qui a reçu le soutien unanime du Conseil communautaire de l’agglomération de Tulle a déposé un recours au tribunal administratif.
La Foncière rurale de la Corrèze a également lancé une étude de faisabilité photovoltaïque à Puy Pinçon sur un terrain pentu de 5 hectares, situé autour de l’immeuble consulaire de la Chambre d’agriculture de Tulle.
À Noailles, dans le sud du département, un projet de centrale agrivoltaïque de 30 ha divise la population
Contractualisé entre un agriculteur et le groupe RP, le projet se trouve sur des parcelles agricoles et naturelles toutes classées en zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF de type 2) avec 545 espèces protégées et se trouve à proximité du captage en eau potable du bassin de Brive. L’agriculteur a cessé son exploitation en 2023 lorsqu’il s’est engagé auprès du groupe RP Global.
Outre la dépréciation de leurs biens, (jusqu’à 40 % selon une expertise), les riverains refusent la perte de qualité de vie, la pollution visuelle et les impacts négatifs sur le vivant que représente ce projet. De plus, l’éloignement avec le poste source (Borrèze à 35kms) entraînera des servitudes d’utilités publiques (SUP), obligeant les propriétaires à laisser libre accès indéfiniment. Ils soulignent le coût d’enfouissement des câbles: 600 000 à 800 000 € du Km soit 21 000 000 € sur la distance (ce câble étant la propriété du gestionnaire du réseau, ce coût d’acheminement de l’électricité impacte donc nos factures).
Une certaine pression s’exerce sur le maire de Noailles qui souhaite renouveler son mandat en 2026 alors que cette situation pourrait bien le placer au coeur d’un conflit d’intérêt du fait que l’une des membres de son équipe municipale a un lien familial proche avec l’agriculteur.
Le collectif de riverains créé – NON à l’agrivoltaïque Noailles – a lancé une PÉTITION à retrouver ICI
Dans quelle campagne souhaitons nous vivre et travailler ?
La concurrence et l’appât du gain conduisent les entreprises énergétiques à démarcher les propriétaires et les communes avec insistance. Elles s’entourent de juristes et d’avocats qui cloisonnent les échanges. Elles contournent les lois visant à réguler les marchés et à limiter l’impact sur l’environnement. Elles orchestrent les réunions publiques et ne respectent pas leur devoir de conduire des concertations citoyennes.
Dans la revue Silence, des voix s’élèvent au sein même de l’industrie: “L’État s’est totalement désengagé de la politique énergétique. Il l’a laissée à la logique privée, qui cherche la croissance et la multiplication des projets. Sur dix ou vingt projets, tu en auras un seul qui se réalisera effectivement. Et, au passage, ça crée un désordre territorial énorme, avec un prix des terres dérégulé”, explique une cheffe de projets renouvelables d’une entreprise de l’énergie.
Pour les paysans de la Confédération paysanne, il n’est pas question de combler la faiblesse des prix agricolespar une rente foncière (exemptée de cotisations sociales) attachée à la qualité de propriétaire. Leur souhait est de vivre dignement de leur métier en produisant une alimentation saine et de qualité sur des fermes à taille humaine.
Face à un tel essor des panneaux solaires sur des terres nourricières, il n’est pas surprenant qu’autant de collectifs et d’organisations de paysans, d’habitants et d’écologistes se mobilisent localement partout en France pour la préservation de leur cadre de vie et contre l’industrialisation de nos campagnes.
En réalité, à travers les polémiques et les divergences se sont deux visions du monde agricole qui s’opposent, deux visions de nos modes de production et de consommation qui s’entrechoquent, deux façons différentes de faire société.
Dans le rapport de l’INRAe “Décarboner l’énergie”, on peut lire: “Et surtout, les énergies renouvelables ne se substituent pas aux énergies fossiles : elles s’y ajoutent pour combler des besoins en énergie toujours croissants.”
Au même titre que la production alimentaire ou la gestion de l’eau, la nécessité de la production, de la gestion, du prix et de la distribution de l’énergie ne devrait-elle pas faire l’objet de concertations citoyennes, d’assemblées populaires ? En tant qu’habitants des territoires ne devrions-nous pas nous saisir de la question de l’auto-production et de la consommation énergétique ? Cela permettrait d’impulser un changement de paradigmes basés sur la sobriété acquise en révisant nos modes de productions et de consommation.
Une jeune louve d’exception en sursis sur le plateau de Millevaches
Dans le cadre de la protection des troupeaux, et sous autorisations préfectorales, des tirs de défense contre les loups sont mis en place en France.
Ainsi, depuis quelques nuits, cette démarche est déployée en Corrèze où des lieutenants de louveterie sont postés sur le plateau de Millevaches.
L’issue pourrait être fatale de manière imminente pour les deux loups officiellement présents en Limousin.
Des naturalistes suivent ces loups depuis des mois, en toute discrétion, pour ne pas ajouter de tension au contexte local et pour ne pas mettre en péril leur existence. Ils souhaitent aujourd’hui alerter et informer sur la situation.
Ces loups sont en grand danger de mort, et c’est pourquoi nous dévoilons ces informations.
En plus d’être probablement l’une des très rares données de reproduction hors des Alpes, un individu issu d’un brassage génétique de 2 lignées européennes serait une première en France.
La présence du loup en Limousin, et d’un potentiel croisement de lignées, est une opportunité sans précédent offerte à notre région de pouvoir suivre l’espèce dans un nouveau contexte, et d’étudier des moyens techniques et humains de protection des troupeaux, adaptés aux conditions locales.
Avec pour objectif de parvenir à préserver la pérennité des élevages et du pastoralisme tout autant qu’une faune sauvage, riche et diversifiée.
Toutes les études scientifiques montrent que tuer systématiquement des loups ne résout en rien les problèmes d’attaques sur les troupeaux.
Nous avons reçu le communiqué ci-après, annonçant la création du RRAL, le …
Réseau des Résistances et Alternatives Lotoises.
Le réseau RRAL est né des suites de la réunion de Prayssac destinée à décrire le saccage du Lot, le 4 octobre 2024, le RRAL est un réseau constitué d’associations et de collectifs complètement autonomes ayant pour objectif commun de s’opposer aux projets destructeurs en cours dans le département et de chercher à construire des futurs désirables.
Chaque groupe constituant le RRAL conserve son autonomie, son approche et ses modes d’action. L’Appel de Montfaucon, présenté ci-dessous, est l’acte de naissance symbolique de ce groupe.
Première assemblée constituante du Gadel est le 15 mars à Cahors – Longue vie au RRAL !
L’appel de Montfaucon
Le 4 octobre 2024, lors d’une réunion d’information à Prayssac, des associations et collectifs lotois ont dressé le triste tableau des projets délétères en cours dans le département. Cette soirée fut l’occasion pour les 200 personnes présentes de prendre conscience de l’étendue du désastre en cours et à venir.
Pour beaucoup d’entre nous, le département du Lot semblait encore un territoire relativement préservé de ce type de projets, mais il n’en est rien : champs de panneaux solaires en zones naturelles, agricoles et forestières, jusque dans le Parc Naturel Régional des Causses du Quercy où 7000 arbres pourraient être abattus et des dolmens disparaître ; méthaniseurs et leur plan d’épandage aussi inefficaces que polluants ou coûteux ; déforestation massive en Bouriane et dans le Ségala ; tourisme de masse et de luxe inadapté aux enjeux environnementaux du territoire; agrandissement des carrières au détriment des riverains et des rivières, gestion catastrophique des ordures ménagères avec la mise en place de la Tarification Incitative, etc. Et que dire des projets éoliens dans le Ségala ?
Aux sites existants se rajouteraient 20 zones qualifiées de « zones à potentiel éolien » sans se préoccuper de la faiblesse du vent, de la présence de zones humides, de sources à préserver (Tolerme), de la biodiversité et encore moins de la proximité des habitations. Bref, le Lot change de peau, une vilaine surprise à chaque pas.
Celles et ceux présents ce soir-là ont remarqué les similitudes de tous ces projets : saccage environnemental, projets occultés, population ignorée, argent public dilapidé, intérêt privé primant sur l’intérêt général , greenwashing systématique (projets ripolinés en vert), etc… La diagonale du vide devient celle du profit pour ces quelques multinationales ou multimillionnaires.
Alors que ce sombre constat aurait pu paralyser les participants, il impulsa au contraire une envie collective de se revoir, de s’organiser et de faire face. Tel fut l’objet d’une deuxième rencontre début décembre à Montfaucon, qui vit la création du Réseau des Résistances et Alternatives Lotoises. Celui-ci, composé d’associations, de collectifs autonomes, et de citoyens inquiets s’est donné pour buts de s’opposer plus activement encore aux projets écocides, d’informer la population pour qu’elle s’implique dans la politique locale et décide collectivement des choix concernant sa vie quotidienne, son environnement et la gestion des communs: le Vivant, l’Eau, l’Air, la Terre et son sous-sol.
Constatant que le modèle de production imposé actuellement détruit la qualité des communs nécessaires à la vie, ici comme ailleurs; que les décisions politiciennes tant nationales que locales nous enchaînent toujours plus à des choix irresponsables et ne tiennent pas compte des réels besoins de la population;
Nous Invitons les habitants et les habitantes à se réapproprier leurs conditions de vie pour ne plus dépendre de ce modèle mortifère;
Nous appelons celles et ceux qui partagent ce constat à rejoindre nos associations et collectifs pour s’opposer aux projets destructeurs en cours et décider ensemble comment vivre ici et maintenant pour un futur désirable.
Signé : le Réseau des Résistances et Alternatives Lotoises
Signataires de l’appel de Monfaucon
Assemblée Citoyenne Émancipée
Assemblée Citoyenne Figeacoise
Association Pour la Préservation des Sites Menacés en Bouriane
Association Vent du Haut Ségala
Collectif L’Appel de la forêt
Collectif Citoyens Lotois
Collectif Écran Total Occitanie
Collectif des habitants de Montcuq, Bouloc, Lauzerte et des environs
Collectif Trie, paie et tais-toi
La Libraithèque : le droit à la paresse
Tolerme Nature
Vigilance OGM 46
Si l’existence du RRal vous intéresse, et si vous souhaitez renforcer sa jeune dynamique, vous pouvez diffuser ce mail et L’Appel de Montfaucon, ou rejoindre un collectif local qui fait partie du réseau ; vous pouvez aussi contacter le réseau à l’adresse reseau-rral@riseup.net