Category: Débats

  • Ramassage des poubelles avec tarification incitative (?)

    Ramassage des poubelles avec tarification incitative (?)

    L’association “L’Ouvre Boîte” d’Argentat a été fondée pour organiser des débats publics. Le 22-11-2024, elle organisait une soirée-débat autour des principes de la collecte des déchets avec redevance incitative, puisque la communauté d’agglomération de Xaintrie Val Dordogne ainsi que celle d’Egletons projettent ce type de mise en place.

    Voici le compte rendu de cette soirée rencontre-débat.

    Débat public à Argentat-sur-Dordogne

    ( le 12 Novembre 2024 )

    Salle Saintangel Argentat-sur-Dordogne – Organisation de la réunion : association l’Ouvre Boîte
    Compte rendu : association Citoyliens

    Le temps de réunion a été en grande partie consacré à découvrir l’historique du déploiement de la collecte des déchets en Dordogne par le SMD3, relaté par la présidente de l’Amcodd (Association des Mécontents de la Collecte des Déchets en Dordogne). Mme Poumarède a exposé les défis, critiques et initiatives relatives à cette mise en place de la Redevance Incitative (RI) et ses profondes conséquences.

    1. Contexte général de la gestion des déchets

    • En France il n’y a que 2 services publics qui sont obligatoires c’est d’une part l’hôpital, d’autre part le ramassage des déchets.
    • En 2025, les communes auront obligation d’avoir réduit de 50% le volume des déchets destiné à l’enfouissement. La méthode pour y arriver est laissée, aux villes, communautés de communes, communes.
    • Pour des raisons d’économie d’échelle, les municipalités transfèrent souvent leurs compétences à la comcom.
      La Dordogne est le seul département en France dans lequel toutes les Com-com ont transféré leur compétence à un service d’échelle départementale (576 communes, 400000 habitants)
    • La RI (redevance incitative) est accompagnée de fortes subventions de l’ADEME (14 millions pour le département de la Dordogne).

    Le système de RI implique de distribuer des badges magnétiques pour chaque foyer – les Points d’ Apport Volontaires (PAV) contiennent une batterie et un système de lecture de puce RFID qui s’activent lorsque posées sur le lecteur. Le code unique (FFI fichier fiduciaire informatisé) est comparé aux données enregistrées dans le système (identité de l’utilisateur) et autorise/refuse l’accès

    • l’expérience de Dordogne montre que la détection de badge a des aléas et que les ratés d’ouverture se décomptent du nombre autorisé par foyer. La mise en place de ce système informatique des poubelles ne nous éloigne pas des moyens et de la perspective d’une société de contrôle, au contraire

    2 – Évolutions prévues

    L’ADEME veut accentuer l’implantation des PAV surtout en zone rurale mais ne cherche pas à généraliser à toute la France ! d’ailleurs beaucoup de collectivités ont opté pour d’autres systèmes.
    En 2026, ce sont les élections municipales donc rien ne bougera sans doute sur cette question pour ne pas réduire les chances de réélection des municipalités en place.
    En tout cas, en Xaintrie Val Dordogne, le matériel a néanmoins déjà été commandé.

    Il s’avère que les villes de Paris, Lyon, Toulouse, Limoges (…) resteront au principe de ramassage au porte-à-porte. Les municipalités de ces cités vitrines semblent avoir bien compris que la RI génère automatiquement des dépôts sauvages, une explosion des coûts et la colère des habitants. La ville de Paris avait engagé un cabinet d’audit (Optea) dont la conclusion a été absolument négative en ce qui concerne le RI. On peut parfaitement être en PAP et en RI, ou l’inverse, ou les 2, les métropoles ont pour certaines des PAV mais aucune n’est passée à la RI

    3. Les différents principes de tarification

    Entre la TEOM, la REOM et la RI, des façons différentes de considérer le citoyen et son quotidien sont en jeu.

    1 – La TEOM, créée en 1974, est calculée sur la base de la valeur locative cadastrale, et s’ajoute aux impôts fonciers des propriétaires. Elle finance exclusivement le ramassage et le traitement des déchets. Cependant, ce modèle est critiqué car il ne dépend pas du volume de déchets produit, ce qui limite l’incitation à réduire les déchets. La TEOM est une taxe, donc raccrochée au calcul du patrimoine foncier du foyer = approche solidaire / effort financier équitablement réparti entre les habitants.

    2 – En 1990, est instaurée la REOM. C’est une redevance qui est fixée en fonction du service rendu et de la quantité de déchets collectés. Elle est censée encourager les usagers à trier et à réduire leur production de déchets, car elle peut inclure des critères de poids ou de fréquence de collecte.

    Retour du cas de la Dordogne : Pour l’usager, passer au nouveau système, et quels que soient ses efforts en matière de tri, le coût est supérieur à l’ancien système, et croît chaque année.

    Elle est adoptée par seulement 5% des collectivités en raison de sa complexité de mise en œuvre.

    En parallèle, la pratique “traditionnelle’ de ramassage des poubelles devant la porte où dans les bacs à roulettes de quartier (PAV : points d’apport volontaire), incluent d’ailleurs une notion d’exonéra-tion de taxe quand la notion de proximité du bac (moins de 500m) ne peut pas être mise en place.

    3 – La RI (redevance incitative), échappe au principe national de taxe. Elle est décrochée de la valeur foncière calculée pour l’habitation et ses habitants. Elle applique le même tarif à tout le monde, de façon individuelle, et pour un service absolument identique à tous, appliquant un certain nombre de levées ou de dépôt par mois. (dépôts supplémentaires en Dordogne : 5,2 € pour un sac de 60 l.). CELA PEUX DONC IMPOSER DE STOCKER SES DÉCHETS. Tout passage de badge est décompté du forfait, même si la porte ne fonctionne pas et qu’il n’y a pas de dépôt d’ordure.

    Un des aspects qui différencie le principe de la TEOM et de la RI c’est qu’on remplace une taxe basée sur le foncier, donc sur une base sociale de patrimoine, par une redevance, décrochée d’aspect « équité / social ».

    4. Exemple DORDOGNE : liste des conséquences (AMCODD)

    • Impact de la RI sur les citoyens :
      • COÛT (Dordogne) = pour un  nombre fixe de dépôt annuels  + 26 passages en déchetteries – Dépot supplémentaire de 60l = 5,22€ … ce qui équivaut à 75 % d’augmentation par rapport à l’ancien système / ancien tarif.
    Nb de personnes1234567
    Nb de dépots / an16263440444852
    Coût annuel :192,5 €244,7 €286,5 €317,8€338,7 €359,6 €380,4 €
    • Difficultés pour les habitants vulnérables et leurs aidants (personnes âgées, malades, familles nombreuses, aidants et professionnels du soin … ).
    • Absence d’équité dans le service public : les points d’apport volontaire (PAV) sont conçus pour l’individu « standart » – ils sont inutilisables pour certains usagers (personnes handicapées, agées, petite taille …).
    • Comme le dépôt de sacs jaunes (recyclables) ne sont pas comptabilisés, les gens mettent du déchet ménager dans le sac jaune, en container et en déchetterie.
    • Multiplication des dépôts sauvages (jusqu’à réduire la fréquentation de 30 % dans ce département éminemment touristique) – (L’AMCODD a lancé un anti-concours de photos qui s’étale sur des centaines de pages)
    • Dépréciation immobilière des maisons riveraines des points de dépôt, pollution, recrudescence des rongeurs
    • Actions controversées du SMD3 :
      • Une mise en place politique sans concertation, avec des données qui restent opaques.
      • Un relationnel client méprisant de la part du SMD3 envers les personnes « hors cas général » ne pouvant ou bien pas stocker, ou pas apporter elle même leurs déchets … (voir https://mecontents-collecte-dechets-dordogne.com/faq/ )
      • Promotion de la délation et de l’analyse des déchets pour identifier et poursuivre les contrevenants.
      • Contre les incivilités et les dépôts sauvages, déploiement d’un système de caméras sur les points de collecte pour 90 millions d’euros.
    • Données opaques :
      • Aucune possibilité pour l’usager de savoir ni le nombre ni le poids de ses dépôts.
      • AMCODD souligne le manque de transparence sur les données de volume/poids et coûts des déchets annuels actuels et dans les systèmes précédents, et donc sur l’efficacité réelle du principe de la RI.
        Par exemple, le SMD3 ne comptabilise pas les déchets que les périgourdins vont déposer dans les départements voisins ou à coté des bacs prévus
        (noter que tous les sacs jaunes « souillés » sont envoyés à l’incinérateur de Brive, puisque le coût de traitement est inférieur au recyclage réel).
      • Absence aussi de comptabilisation du nombre plus important de camions sont employés pour faire des ramassages finalement MOINS FRÉQUENTS = à la place d’UN SEUL type de camion de collecte unique, il faut maintenant AUSSI des camions et du personnel pour ramasser AUTOUR des points de collecte et dans la nature, ET des camions grues pour ramasser les containers enterrés, ET des camions de lavage spécialisés pour les différents types de bacs …)
      • Le syndicat SMD3, annonce publiquement un taux de 40 % de réduction des déchets de la poubelle noire. Il faut s’interroger sur le fait que les volumes de déchets laissés au pied des poubelles ne sont pas comptabilisés, le volume de déchets qui sont déposés dans les départements limitrophes ne sont pas comptabilisés, la quantité de déchets noir qui sont mis dans les sacs jaunes et dans les bacs de déchets dit recyclables ne sont pas comptabilisés.
      • La collecte de la RI a été très habilement transférée aux comcoms, c’est donc elles qui facturent (et non le SMD3). Comme un EPCI ne peut pas percevoir directement d’argent c’est le trésor public qui s’en charge et qui peut donc émettre des ATD (avis à tiers détenteurs) les saisies sur salaires ou retraites sont nombreuses. Les comcoms sont ensuite chargées de reverser la RI au SMD3. Ce dernier n’a donc pas à se charger des recouvrements !
      • Le SMD3 serait déficitaire.
    • Les approches éducatives fonctionnent :
      • AMCODD mentionne les approches decertains syndicats (Calitom en Charente ou le SMICOTOM dans le Médoc) qui sont en concertation constante avec les usagers et qui au lieu de mettre des amendes à tout va, utilisent la pédagogie en allant rencontrer les usagers et en leur expliquant pourquoi leur poubelle ne peut être enlevée (erreur de tri par ex)envoyant des agents faire de l’information éco-citoyenne. Ces approches atteignent les % de réduction ciblés, comme Calitom en Charentes, et Besançon (…?) sans changer les systèmes de collecte.

    5. Actions et initiatives de l’AMCODD

    AMCODD a vu le jour sous la forme d’un collectif en 2019, auto-transformé en association en 2020. (Association des Mécontents de la Collecte des Dechets en Dordogne) Elle rassemble dans un groupe Facebook 15600 périgourdins. Elle a édité une page Facebook et un site Internet. (La structure associative a été constituée afin de pouvoir ester en justice)

    L’association a commandé un film documentaire sur la redevance incitative et les PAV.
    C’est un documentaire d’enquête dans divers départements de France et en Dordogne afin de d’offrir une information citoyenne objective sur les réalités de cette mesure.

    En 2020 l’association a fait des suggestions d’évolution technique auprès du SMD3 (le département n’ayant que très peu de compétences dans ce domaine).
    Un refus lui a été notifié, mais de façon non argumentée.

    L’association Amcodd à demandé la communication des données de volumes et de coûts entre ancien / nouveau système, mais cela ne lui a pas été communiqué.

    Action juridique

    L’association Amcodd attaque le SMD3 sur deux axes, aussi bien au tribunal pénal qu’au tribunal administratif. On nous informe que les chances de succès juridiques sont très probables.
    Les deux axes de l’action sont :

    1 – selon la définition du service public, le changement du mode de collecte ne peut être que de qualité équivalente ou supérieure. Or, comme listés dans une autre partie de cet article, il y a un certain nombre de points sur lequel le service rendu est fortement altéré pour le citoyen.

    2 – Vu la rupture d’égalité à laquelle sont confrontés un grand nombre de personnes, il ne s’agit plus d’un service public (personnes âgées, malade, handicapés, familles d’accueils, touristes… cf liste des inconvénients)

    Résumé de l’argumentaire d’Amcodd

    • “L’AMCODD n’a pas vocation à s’opposer à l’objectif national visant à réduire, à terme, le volume des déchets enfouis, mais au contraire, à l’accompagner dans la mesure où les dispositifs adoptés pour y aboutir maintiennent le principe d’un service public incontournable et équitable.”
    • “C’est pourquoi, l’AMCODD s’est efforcée d’attirer l’attention de l’ensemble des instances concernées par cette problématique, aux fins d’obtenir : un moratoire sur le déploiement des dispositions retenues par le SMD3 pour permettre d’analyser par retour d’expérience les points d’achoppement amendables, et corriger les inadéquations avec les résultats attendus.”
    • “L’objectif de l’AMCODD, partisane d’une écologie raisonnable et partagée, n’est pas de contester le bien fondé du but à atteindre, mais de lutter contre la dérive qu’en déclinent les orientations du SMD3, qui, en l’état actuel des choses, aboutit à l’abandon d’un véritable service public au profit d’un racket insoutenable, discriminant, voire insultant.”

    Conclusion: La situation en Dordogne révèle les tensions inhérentes à la mise en place de nouveaux modèles de gestion des déchets. L’AMCODD et les citoyens mobilisés dénoncent les failles de la RI et des PAV et réclament un système plus juste, plus efficace et plus respectueux du service public. La mobilisation citoyenne et les actions en justice pourraient contraindre les autorités à reconsidérer leurs choix et à privilégier une approche plus collaborative et transparente.

    ( voir aussi le flyer de l’Amcodd plus loin )

    Résumé des actions de l’Amcodd

    2021

    • Campagne d’adhésion : 600 adhérents.
    • Multiples rencontres, tous les institutionnels nous ont reçu : les élus font blocs et se positionnent très clairement en faveur du SMD3
    • Refus de vente de la part de Sud Ouest d’une page de publicité (sic).
    • Multiplication des réunions publiques.
    • Demande d’un moratoire en avril 2021. Fin de non-recevoir.
    • Indépendance totale d’avec toutes autres associations politisées

    2022

    • Nouvelle stratégie – Porter le combat au niveau national. Recherche à travers toute la France d’associations, collectifs ou groupe ayant les mêmes problématiques avec les PAV/RI = Groupe de travail créé avec une quarantaine d’assos et groupes nationaux : même constat qu’en Dordogne, seule l’action collective permettra de faire éclater notre problème.
    • Réalisation d’un film/vidéo à travers toute la France : témoignages d’Ardèche, Loire Atlantique, Meurthe et Moselle, Vendée, Ile d’Oléron, Haute Marne etc. (voir lien ci-après)
      Diffusion en Loire Atlantique, en Dordogne impossible d’obtenir une privatisation de salle de cinéma, les maires mettant un véto dès que le thème du film est connu sauf à Périgueux où le film est diffusé dans une salle municipale privatisée fin juillet.
    • Rentrée riche en évènements : L’AMCODD contacte VERITAS pour leur demander des explications concernant les 2 certifications ISO obtenues par le SMD3. But : leur faire perdre puisqu’il ne respecte aucun des critères d’obtention.
    • Pétition nationale sur la plateforme du Sénat, le but : demander une commission d’enquête sur les résultats de la RI, partout où elle est mise en place , les résultats sont-ils au RV ?

    2023

    • Reportage sur « envoyé spécial » – Journaux télévisés : TF1, France2, France3 – Presse écrite nationale : le Parisien, l’Obs, Déchets infos services
    • Lancement de la pétition nationale sur la plateforme du sénat afin de faire connaitre la problématique du changement de collecte et de facturation partout où elles sont appliquées.
    • Recueil des protections juridiques en vue d’un recours venant s’ajouter à celui de l’AMCODD qui elle, demande à supprimer le principe même de la redevance incitative.
    • En fin d’année, participation à l’interpellation de la Cour Des Comptes et plus particulièrement la Chambre Régionale des Comptes sur la plateforme participative mis en place par la Cour Des Compte. Recueil de quelques 200 soutiens qui place l’AMCODD en 1° position au niveau régional et en 4° position au niveau national. Résultat courant du mois de janvier 2025 (repoussé à avril 2025)
    • 1500 adhérents en 2024, ce qui permet de payer un avocat spécialisé venant d’un autre département.

    Documentaire vidéo en ligne :

    https://www.youtube.com/watch?v=oIRgg9aQIoQ

    Notions liées à la Corrèze et ComCom d’Argentat

    • Les PAV d’Égletons sont déjà équipés de 64 caméras / qui seront reliées au central de surveillance départemental

    Consulter la chronique de la mise en place de la redevance incitative en Xaintrie Val-Dordogne portée par le “Collectif Transition Locale du Pays d’Argentat” (cliquez)

    Flyer argumentaire de l’Amcodd

    Autre association spécialiste du sujet “déchets”

    Rudologia – Pôle de Compétences Déchets – est un organisme national fédérant les principaux acteurs de la filière, basé à Lons-le-Saunier (Jura). Il possède le statut d’association, régie par la Loi du 1er juillet 1901, relative au contrat d’association, et par le décret du 16 août 1901.

    S’appuyant sur le savoir-faire technique du SYDOM et des industriels du Jura, Rudologia est né sous l’impulsion commune du Conseil Régional de Franche-Comté, du Conseil Général du Jura, de la ville de Lons-le-Saunier, du SYDOM du Jura et de l’ADEME. Dès son origine, il a reçu le soutien du Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement (MATE), aujourd’hui Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.

    Les missions statutaires de Rudologia 

    Réunir l’ensemble des acteurs intervenant dans le domaine des déchets et de les fédérer autour de projets communs et structurants pour la filière, dans une optique de développement durable :

    • Capitaliser des connaissances techniques, réglementaires et sociologiques,
    • Diffuser des informations et des connaissances en matière de gestion de déchets,
    • Valoriser des expériences, développer l’offre de formation 

    Consulter le travail fait par l’association RUDOLOGIA en cliquant ici



  • Projet extension méga-scierie Farges Egletons : revers juridique

    Projet extension méga-scierie Farges Egletons : revers juridique

    Tribunal administratif : Double décision en faveur des opposants au projet d’extension de Farges Bois à Égletons

    Le tribunal administratif a tranché en faveur des opposants au projet d’extension de la zone d’activités de Tra-le-Bos à Moustier-Ventadour, en Corrèze, visant à bénéficier à la scierie Farges Bois. Deux décisions majeures ont été rendues le 3 décembre : l’annulation de la déclaration d’utilité publique (DUP) et l’invalidation de la vente d’une maison appartenant à une riveraine.

    Une bataille longue et complexe

    Pour Jacqueline Monjanel, riveraine et l’une des requérantes, cette décision est une véritable victoire. « Elle est bien méritée après un long combat qui n’était pas à armes égales », a-t-elle déclaré. Aux côtés de sa fille Brigitte Mangeon et d’une association citoyenne, elle s’est opposée à ce projet controversé, qui aurait entraîné des expropriations et de potentielles atteintes environnementales. Leur combat a été marqué par plusieurs recours et audiences, la dernière en date ayant eu lieu le 19 novembre.

    L’annulation de la déclaration d’utilité publique (DUP)

    La première décision du tribunal porte sur l’annulation de la DUP, prise par un arrêté préfectoral en février 2022. Cette DUP visait à déclarer d’intérêt public l’extension de la zone d’activités pour permettre le développement de la scierie Farges Bois. Cependant, le tribunal a pointé plusieurs irrégularités. Selon Me Gwendoline Paul, avocate des requérantes, « la procédure souffrait de graves manquements, tant sur la forme que sur le fond ».

    Sur la forme, le tribunal a relevé une irrégularité procédurale : l’autorité préfectorale n’a pas utilisé les bases juridiques du Code de l’environnement, mais celles relatives à l’expropriation. Cette erreur a empêché une évaluation complète des impacts environnementaux réels, notamment sur les zones humides, les terres agricoles et les espèces protégées.

    Sur le fond, le tribunal a estimé qu’il n’existait pas d’éléments concrets et précis démontrant la portée réelle du développement économique attendu. Le nombre et la nature des emplois promis par le projet n’étaient pas suffisamment étayés, ce qui a contribué à l’annulation de la DUP.

    lutte et mobilisation citoyenne contre l'extension de la méga-scierie FARGES à Egletons - associtra

    La vente de la maison invalidée

    La deuxième décision concerne la vente d’une parcelle appartenant à Brigitte Mangeon et Jacqueline Monjanel. La communauté de communes Ventadour-Égletons-Monédières avait approuvé en mai 2024 la cession de ce terrain, comprenant leur maison, à la scierie Farges Bois pour un montant de 400 000 euros. Là encore, le tribunal a relevé des irrégularités : l’avis du service des Domaines, qui avait servi de fondement à la délibération, était devenu caduc en raison de l’annulation préalable du Plan Local d’Urbanisme (PLUI). Le tribunal a conclu que cette vente s’inscrivait dans une procédure irrégulière.

    Un contexte favorable aux opposants

    Ces deux décisions renforcent la série de victoires judiciaires obtenues par les opposants au projet. Dès janvier 2024, le tribunal avait déjà annulé une disposition du PLUI qui classait une parcelle en zone urbanisable en raison de la présence d’une zone humide.

    Pour les requérants, cette nouvelle annulation marque une avancée majeure. « Ces décisions montrent que le projet souffre de nombreuses lacunes juridiques et environnementales », a expliqué Me Paul, satisfaite des résultats obtenus. La mobilisation des riverains et des associations locales a clairement pesé dans la balance.

    Un avenir incertain pour le projet

    Du côté de la scierie Farges Bois, le projet semble désormais suspendu. En mai dernier, Damien Larue, directeur du site, avait déjà admis que le projet était « entre parenthèses » en raison des nombreux recours en cours. Avec ces nouvelles décisions, la situation se complique encore davantage.

    Les perdants disposent maintenant de deux mois pour faire appel des jugements rendus. Cependant, les arguments des opposants, soutenus par ces décisions judiciaires, rendent toute reprise du projet plus incertaine que jamais.

    Voir tous nos articles concernant le projet d’extension de la scierie Farges à Egletons (cliquez)

    lutte et mobilisation citoyenne contre l'extension de la méga-scierie FARGES à Egletons - associtra
  • Débat public à Argentat : containers à déchets

    Débat public à Argentat : containers à déchets

    Débat public à Argentat sur le thème “containers connectés / tarification incitative”

    Argentat – 20h mardi 12-11 – Débat public avec la participation un membre de l’association AMCODD en Dordogne (Association des Mécontents de la Collecte des Déchets en Dordogne) liée au passage aux gros containers connectés. L’AMCODD est en lien avec 40 autres collectifs en France.

  • Conférence gesticulée : sécurité sociale de la mort ? dim. 10 nov. salle Latreille à Tulle

    Conférence gesticulée : sécurité sociale de la mort ? dim. 10 nov. salle Latreille à Tulle

    Un collectif de citoyens organise une conférence gesticulée sur le sujet des funérailles dignes avec un collectif, le collectif de la Sécurité sociale de la mort à Tulle, salle Latreille, le dimanche 10 novembre à 15h30.

    Embarquez avec nous à la découverte du monde funéraire.

    Aujourd’hui, sommes-nous vraiment égaux face à la mort ? Et si on rattachait les pompes funèbres à la Sécurité Sociale pour rendre les funérailles accessibles à tou.te.s ?

    Aux côtés des personnages emblématiques qui jalonnent la longue Histoire de la mort, nous allons essayer de dresser ensemble le portrait du capitalisme funéraire qui est aujourd’hui en place. A nous d’en sortir !

    Participation libre au chapeau

    Présentation du collectif de la Sécurité sociale de la mort

    Ce collectif de la Sécurité Sociale de la Mrot émane de deux jeunes profs, Il commence à être reconnu sur cette question de la sécurité sociale de la mort.

    Lien vers “Une Chose Commune”, feuilleton de 5 articles de leur blog Mediapart consacrés à la proposition d’une sécurité sociale du secteur funéraire : https://blogs.mediapart.fr/collectif-pour-une-securite-sociale-de-la-mort/blog/160922/le-marc he-de-la-mort-une-chose-commune-15

    Voir aussi : https://usbeketrica.com/fr/article/il-faut-etendre-le-systeme-de-la-securite-sociale-a-la-mort

    Conference gesticulee danse macabre securite-sociale de la mort
  • Conférence ONF : gestion de la biodiversité en forêts publiques

    Conférence ONF : gestion de la biodiversité en forêts publiques

    Dans le cadre des conférences organisées par la LPO au centre culturel le mercredi soir à Brive-la-Gaillarde, nous vous présentons la conférence donnée le 25 septembre 2024.

    Mr Erik Madelaine, technicien forestier et référent environnement et changement climatique a été le conférencier. Il détaille la façon dont l’ONF intégré la biodiversité dans le travail quotidien de gestion et d’exploitation forestière.

    Erik Madelaine, technicien forestier, partage son expérience sur le terrain et explique comment l’ONF adapte ses pratiques pour protéger les écosystèmes tout en répondant aux défis économiques et sociaux. 🎥

    Points abordés dans la conférence

    • : Histoire de la gestion forestière en France
    • Le rôle de l’ONF dans la protection des forêts publiques
    • Les défis de la biodiversité et des écosystèmes forestiers
    • La gestion multifonctionnelle des forêts : production, environnement et accueil du public
    • La planification des coupes de bois et leur impact environnemental
    • Le rôle des forêts communales et sectionnales
    • Les enjeux du changement climatique pour les forêts françaises

    Un temps de questions-réponses relatives aux pratiques sylvicoles, et à leur impact, réel ou supposé sur la biodiversité a suivi.

    📅 À propos de l’événement :

    Cette conférence a été organisée en collaboration avec la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) pour sensibiliser le public aux actions de l’ONF en faveur de la biodiversité.

    🔗 En savoir plus sur l’ONF :

    Site web de l’ONF : www.onf.fr LPO : www.lpo.fr

  • Débat sur la gestion des forêts (film “Les Bois Noirs”)

    Débat sur la gestion des forêts (film “Les Bois Noirs”)

    Voici la transcription d’un débat qui a eu lieu suite à la projection du film “Les Bois Noirs” dans le cadre du Festival “Changer la fin” organisé à Tulle les 18-19 et 20 octobre 2024

    Le débat, en audio (ci-dessous)

    Animateur :
    Nous avons décidé de diffuser Bois Noirs car il est moins connu que Le Temps des Forêts et nous l’avons trouvé plus brut et plus ancré sur le territoire, ce qui faisait sens de le montrer ici.

    Qui souhaite réagir sur ce qu’on vient de voir dans Bois Noirs ?


    Intervention d’Étienne Roger

    Étienne Roger :
    Bonjour, moi c’est Étienne Roger, je suis expert forestier. Je fais partie de cette fameuse filière forêt-bois, souvent critiquée. J’aimerais faire une remarque sur les deux films que nous avons vus, Bois Noirs et celui avec Jacqueline.

    Je suis la quatrième génération d’une famille dans les Monédières. Mon arrière-grand-père, mon grand-père, mon père et moi-même avons tous planté des Douglas, et j’en suis fier. Après-guerre, sur le plateau de Millevaches, il n’y avait que 3 % de boisements. Pendant 50 ans, on nous a reproché d’avoir créé cette forêt, et maintenant, on nous reproche de la couper ! Il y a parfois de quoi être un peu perdu.

    Ensuite, dans le film Bois Noirs, un intervenant disait qu’on coupe les Douglas à 50 ans. Or, à cet âge, un Douglas n’est même pas encore mature. Dans son habitat naturel, le nord-ouest de l’Amérique, il peut vivre jusqu’à 300 ou 400 ans. Ici, il ne vivra peut-être pas aussi longtemps, mais on pourrait tout de même essayer de le faire vieillir davantage. Cela permettrait de se rapprocher d’un écosystème plus naturel.

    Si on veut conserver nos forêts, il faut valoriser les gros bois, plutôt que de les broyer prématurément. J’ai déjà dit à Philippe, il y a deux ans, qu’une solution pour pérenniser les forêts limousines serait d’étager la forêt : avoir des arbres jeunes, d’âge moyen, vieux et très vieux. Cela créerait une forêt continue, et permettrait d’éviter les fameuses coupes rases.

    Enfin, il y a peu, j’étais à une réunion des Assises Départementales de l’Eau. Le document préparé par le Conseil Départemental prônait la limitation des coupes rases et la promotion de la sylviculture à couvert continu. En un an, le discours a beaucoup évolué. C’est encourageant, et nous devons continuer dans ce sens.


    Réponse de l’animatrice

    Je ne sais pas si ça appelle une réponse directe, Étienne, mais en fait, ce que vous dites résonne beaucoup avec notre travail à Faite et Racines. Pour ceux qui ne connaissent pas, nous sommes une association qui existe depuis 5 ans. Nous nous sommes organisés autour de l’idée d’acheter des parcelles pour les préserver d’une gestion industrielle.


    Intervention de Marion (Association Faite et Racines)

    Marion :
    Ce que dit Étienne me semble très juste. À Faite et Racines, nous avons rapidement compris qu’on ne pouvait pas être efficaces sans proposer des solutions aux propriétaires forestiers. C’est pourquoi nous avons mis en place un système de scierie mobile pour valoriser les bois directement sur place. Cela évite de passer par la filière industrielle et permet aux propriétaires de tirer un meilleur revenu de leur forêt.

    Par ce positionnement, nous nous sommes naturellement impliqués dans la lutte contre l’industrialisation de la forêt. C’est pour cela que nous sommes ici aujourd’hui avec Élodie et Marion, pour échanger avec vous.


    Intervention de Guillaume, agriculteur dans les Monédières

    Guillaume :
    Je suis Guillaume, agriculteur dans les Monédières. Je voulais réagir à ce qu’a dit Étienne. Il parlait d’un choix technique avec l’utilisation de machines scandinaves pour exploiter les forêts. Là-bas, ces machines sont adaptées aux forêts denses, mais ici, ça fait des dégâts.

    Je profite d’avoir le micro pour dire aussi que ce qui m’a frappé dans le premier film, Bois Noirs, c’est qu’on s’est habitué à ces coupes, à ces machines, à ces camions. Mais en réalité, ces pratiques fragmentent les paysages et l’écosystème. Cela me rappelle ce qui s’est passé en agriculture avec la transition vers l’agriculture biologique. On pourrait imaginer une transition similaire pour la forêt.


    Intervention du public (réflexion sur les petits propriétaires forestiers)

    Public :
    Moi, j’ai une question sur les petits propriétaires forestiers. Je connais un peu la forêt limousine grâce à Pierre et Élodie, et il est souvent question de se réapproprier la gestion forestière. Mais quels sont les freins pour sensibiliser davantage les petits propriétaires ? Quels sont les obstacles ?

    Marion (Association Faite et Racines) :
    C’est une très bonne question. Ici, en Corrèze, il y a beaucoup de petites propriétés forestières, souvent héritées. Beaucoup de propriétaires ne vivent plus sur place, donc leurs parcelles sont souvent abandonnées ou ignorées. En fait, il y a très peu de propriétaires qui passent du temps dans leurs forêts, même si on a l’impression du contraire en fréquentant ceux qui s’impliquent.

    Le manque de moyens financiers est aussi un frein important. Travailler sa forêt nécessite un certain capital de départ, et la Corrèze n’est pas un département particulièrement riche.

    Nous avons donc essayé de mettre en place des solutions pour aider les propriétaires. Par exemple, nous organisons des journées de formation pour apprendre à marquer les arbres, comprendre ce qu’on peut couper ou non, et même utiliser les outils forestiers.


    Intervention d’une autre personne de Faite et Racines

    Je voulais réagir à ce qu’a dit Marion. J’ai l’impression qu’on voit émerger une forêt à deux vitesses : d’un côté, les petits propriétaires qui sont loin du foncier et de la filière bois, souvent avec des parcelles laissées en friche, et de l’autre côté, des forêts gérées de manière industrielle, souvent concentrées entre les mains de grands groupes financiers. Ces deux systèmes cohabitent, mais ils ont des objectifs et des méthodes très différentes.

    Ce qui nous fait réagir, c’est quand des politiques publiques cherchent à faire basculer des forêts feuillues, souvent abandonnées, vers des forêts calibrées pour l’industrie, sans que les petits propriétaires aient les informations ou les moyens d’agir différemment. Cela mène souvent à des choix mal informés et à la perte de biodiversité.


    Intervention d’un autre participant (sur les pratiques industrielles)

    Je ne suis pas très connecté au monde de la forêt, mais j’ai participé à une marche pour la forêt à Perlevade, en Corrèze. Là-bas, on m’a présenté une application qui permet de signaler les coupes rases. Il y a donc des moyens pour contribuer, même à petite échelle, à une gestion plus responsable des forêts.

    Ce que je trouve intéressant dans le film Bois Noirs, c’est qu’il y a un dialogue entre des personnes avec des points de vue différents. Par exemple, j’ai discuté avec un cadre de l’industrie du bois qui disait que les industriels ne font pas systématiquement n’importe quoi et qu’il faut arrêter de les diaboliser. C’est important de maintenir ce dialogue pour faire évoluer les choses.


    Intervention d’un autre participant (réflexion sur le capitalisme et la forêt)

    Je trouve que ce type de développement industriel, tel que montré dans le film, relève de ce que Naomi Klein appelle le capitalisme du désastre. Ce modèle de gestion forestière cause plus de dégâts à l’environnement qu’il n’apporte de bénéfices. Les engins utilisés pour les coupes rases détruisent tout sur leur passage, et ce n’est possible que grâce à de grandes entreprises comme John Deere, qui développent ces machines coûteuses.

    Je suis un peu sceptique sur l’idée que les pouvoirs publics aient réellement changé de discours. Je pense que cela tient davantage à l’engagement citoyen et à la prise de conscience que nous sommes face à une catastrophe écologique.


    Intervention d’un autre participant (sur l’agriculture biologique)

    Je crois qu’on peut faire un parallèle avec l’agriculture biologique. Cela fait 50 ans qu’on sait que la bio est meilleure pour la santé et pour les sols. Mais voyez-vous 100 % des agriculteurs en bio aujourd’hui ? Non. Les gouvernements successifs n’ont pas vraiment favorisé cette transition. Ils incitent vaguement, mais quand il s’agit de distribuer des subventions, c’est toujours aux gros industriels qu’ils vont.

    Je crois que c’est pareil pour la forêt. Tant qu’on nous dit que l’arbre est mûr à 50 ans et qu’il faut le couper pour que ce soit rentable, rien ne changera. Il faut un vrai bilan des politiques forestières sur les 20 dernières années.


    Intervention de l’animateur

    Je crois que vous soulevez là un point important. En fait, on est face à deux visions du monde : d’un côté, ceux qui pensent que le capitalisme peut être réformé pour devenir plus vertueux, et de l’autre, ceux qui pensent que la société industrielle, en elle-même, est responsable de la catastrophe écologique.


    Intervention d’un autre participant (sur l’accès à la propriété forestière)

    Je voulais revenir sur un autre sujet. Avec ma compagne, on essaye d’acheter une parcelle de forêt pour agir à notre échelle, mais c’est presque impossible. On apprend qu’un bois est en vente trop tard, et quand on s’informe, tout est déjà vendu. Comment faites-vous, au sein de l’association, pour acheter des parcelles ?

    Marion (Association Faite et Racines) :
    C’est une vraie difficulté. Acheter les premières forêts pour Faite et Racines a été très compliqué. Nous avons eu la chance de travailler avec une notaire à Argentat qui nous a soutenus, mais il a même fallu acheter certaines forêts “à visage couvert” pour ne pas effrayer les vendeurs.

    Nous avons également mis en place un système de bail emphytéotique : certains adhérents achètent des parcelles et nous les confient sur un bail à très long terme, ce qui nous permet de gérer ces forêts. Mais c’est un processus long et complexe.


    Intervention d’Étienne Roger (sur le plan France Relance)

    Pour répondre à la question du Plan France Relance, qui s’appelle maintenant Plan France 2030, il faut savoir que les budgets consacrés à la forêt ont été divisés par deux dans le nouveau projet de budget gouvernemental. Et la moitié de ce budget va être allouée à la ligne Plan France 2030, donc vous voyez bien la tendance.

    Mardi prochain, je serai à l’Assemblée nationale pour une conférence de presse organisée par l’association Canopée. Nous allons proposer une alternative : à budget constant, il serait possible de réorienter les financements vers le développement de la gestion continue et l’enrichissement des forêts existantes, plutôt que de tout raser. Cela permettrait de traiter plus de surfaces et d’avoir un impact positif plus large.

    Participant 1 :
    Oui, ben, euh, moi ce que je trouve, c’est que ces projections-débats sont très riches et nécessaires. Il y avait quelque chose qui m’avait frappé dans le film Le Temps des Forêts, c’était que, nous, ici en Corrèze, on a des forêts qui sont jeunes, elles ont peut-être 120 ans. On n’a pas d’arbres qui ont des centaines et des centaines d’années, et on n’a pas encore une culture mature. En fait, c’est comme si on se comportait comme des ados face à la nature, et du coup, on ne sait pas comment faire. Il y a des voyous qui font n’importe quoi, il y a des gens pleins de bonne volonté qui font du mieux qu’ils peuvent, mais il n’y a pas suffisamment de gens et d’organisation sociale pour avoir le bon sens de ce qu’il faut faire ou ne pas faire, et pour avoir une stratégie à long terme. Ou en tout cas, il manque une culture qui dirait : “C’est comme ça qu’il faut faire, parce que c’est comme ça que ça marche bien depuis des centaines d’années.”

    Et là, on est confrontés à la montée du capitalisme, qui nous prend de court sur la maturation à long terme, sur comment s’organiser pour gérer une forêt sur un territoire. Mais je trouve qu’en même temps, ces projections-débats sont riches, parce qu’à chaque fois, les discussions sont de plus en plus mûres. Il y a de plus en plus de gens qui sont organisés pour aller dans le bon sens, et c’est réjouissant de voir cela. À chaque projection-débat sur la gestion de la forêt, à travers les différents films, on voit des Corréziens intervenir, et ça donne de l’espoir, parce que plus il y a de gens impliqués, plus il y a de solutions, et plus il y a de chances de s’en sortir par le haut.

    Voilà ce que j’aurais envie de dire.

    Participant 2 :
    Oui, excellent, excellent, excellent. C’est ce que dit effectivement l’Allemand dans le film. En fait, il faudrait se poser la question : comment cela se fait-il que nous ayons autant de forêt que l’Allemagne ? Politiquement et historiquement, quelles décisions ont été prises en Allemagne pour conserver ce savoir-faire, et qu’est-ce qui s’est passé en France pour que le savoir-faire et la gestion de la forêt disparaissent ?

    Sur le plateau Limousin, il n’y avait pas de forêt, il y a 120 ans il n’y avait que 3 % de forêt, il y avait principalement des brebis. Puis, quelqu’un a décidé d’importer des Douglas des États-Unis parce que c’était compatible avec le sol. On est resté sur cette logique-là. Une fois que les Douglas sont devenus adolescents, vers 60 ans, on a commencé à les couper. Mais au Canada, les Douglas vivent jusqu’à 400 ans. Quand ils atteignent cet âge-là, ils meurent, et des insectes se développent dans les bois pourris, protégeant ainsi les jeunes arbres. Ici, nous n’avons pas cette durée longue pour permettre à la forêt de s’autoréguler.

    Du coup, il y a des maladies qui apparaissent, et la solution, comme on le voit dans le film, est la coupe rase, mais cela doit être une exception, une solution temporaire pour soigner quelque chose.

    Participant 3 :
    Exactement, il faut préserver les forêts, car elles sont des corps vivants. En fait, on ne coupe que lorsqu’il n’y a pas d’autre choix. Le reste du temps, il faut en prendre soin, comme on prendrait soin de son corps. Prendre soin d’une forêt, c’est en avoir une vision à long terme, une forêt diversifiée, structurée, où l’on imagine le futur sur plusieurs siècles, et non pas en cherchant un remède rapide pour aujourd’hui.

    Je pense qu’il est important de faire le lien entre les humains, la forêt, la biodiversité. Cela nous permet d’avoir une vision plus élargie et plus holistique. C’est une solution pour s’opposer aux effets destructeurs du capitalisme. Par exemple, il faut soutenir les petites scieries et créer des outils qui permettent de valoriser même les gros bois, ceux de plus d’un mètre de diamètre. Cela permettrait de laisser les forêts vieillir et de gérer les forêts de manière plus diversifiée.

    Que les nouveaux propriétaires ou ceux qui ne connaissent pas bien la gestion forestière puissent céder la gestion à ceux qui savent faire, de manière durable. La forêt est une école de la vie, un miroir de la société. Cela nous montre comment gérer notre société de façon plus durable. C’est un point de départ éducatif qui nous réapprend à vivre en harmonie avec la nature.

    Participant 4 :
    Oui, je pense que la forêt parle à tout le monde. Il suffit de se promener 5 minutes dans une forêt pour que cela parle à chacun. Certains voient l’arbre qui servira à faire un meuble, d’autres voient l’arbre qui rapporte de l’argent, d’autres encore voient l’arbre qui abrite les animaux. On peut aussi admirer sa beauté ou se concentrer sur son rôle dans le cycle de l’eau. Mais quoi qu’il en soit, chacun établit une relation sensible à la forêt.

    C’est vraiment un miroir de notre société. Cela permet de recentrer, de recadrer, et de se réancrer dans les problématiques essentielles. Quand on commence à agir pour la forêt, peu importe l’échelle, on retrouve une capacité d’agir sur notre société. On comprend mieux les enjeux, on devient force de proposition, on rencontre des gens, on fait ensemble, on s’enrichit des points de vue différents et on crée quelque chose de plus intéressant et durable.

    Participant 5 :
    Oui, je suis d’accord. Par exemple, à Brive, un maire avait replanté une forêt dans un parc public, mais son successeur l’a rasée par la suite. C’est dommage.

    Participant 6 :
    En fait, ce qui manque, c’est un modèle humain dans notre société. Nous ne sommes plus une société paysanne, mais une société industrielle. La production et la consommation sont délocalisées, tout comme la gestion des déchets. Les gens ne sont plus connectés à leur environnement. Les métiers que nous proposons à la jeunesse sont ceux qui gèrent la mondialisation par des algorithmes, des outils numériques. Personne ne veut plus s’occuper du secteur primaire, de la production liée à l’énergie solaire.

    C’est pour cela qu’il est difficile de convaincre quelqu’un de s’installer en artisanat ou en agriculture. Ces métiers sont perçus comme durs, salissants, et peu valorisés. C’est un blocage culturel, mais cela fait aussi écho à l’industrialisation de la forêt, qui ne vise qu’à produire des palettes.

    Participant 7 :
    Oui, je pense que la Corrèze a besoin d’une culture de la forêt plus largement partagée, où chacun crée des outils pour cela. Nous n’avons pas l’expérience des Allemands, qui gèrent leurs forêts depuis 500 ans au même endroit. Il faut créer cela, et cela commence à se faire ici, petit à petit. Il faut combattre les voyous qui exploitent les forêts de manière destructrice.

    Quand quelqu’un abat un bois parce qu’il avait 2 heures à tuer avant de rentrer chez lui, c’est un problème. Il faut que tout le monde puisse identifier ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Cela passe par l’éducation et la diffusion des connaissances. Cela doit être accessible à tous, et ce n’est pas réservé à une élite.

    Participant 8 :
    Oui, tu parles de rêve. Vous travaillez sur cela, avec des expositions, des livres. Mais il manque peut-être des cinéastes qui vous suivent vraiment, pour multiplier ces initiatives.

    Participant 9 :
    Oui, il faut montrer ce qui est souhaitable et rendre cela accessible. Il faut former les gens, leur donner les outils pour se former eux-mêmes. Il faut aussi surmonter les obstacles réels, comme les difficultés d’investissement, mutualiser le matériel et chercher des complémentarités. On ne peut pas être une filière à soi tout seul.

    Les gains de productivité de l’industrie sont énormes, mais les métiers y ont perdu leur sens. Il est donc nécessaire de réinventer un modèle économique qui soit viable pour les petits acteurs.

    Participant 10 :
    Oui, je pense aussi qu’il y a des blocages psychologiques. On imagine que certaines choses sont impossibles, alors on n’essaie même plus.

    Participant 11 :
    C’est vrai. On est dans une société de contrôle. On nous demande de nous comporter comme si nous croyions à certaines choses, même si nous n’y croyons pas réellement. C’est ce qu’on voit dans les prisons, les écoles, les hôpitaux. Ces lieux sont en pleine transformation. On se pose des questions : est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux soigner à domicile, externaliser certaines choses ? Mais cela ne résout pas le problème à long terme.

  • Rencontre autour du livre “Plutôt nourrir”

    Rencontre autour du livre “Plutôt nourrir”


    Mardi 15 octobre à 19h à Tulle (salle Latreille), les associations Peuple et Culture et Terre de Liens Limousin vous invitent à une soirée rencontre autour du livre “Plutôt nourrir”, en présence du co-auteur Clément Osé.
    Un livre qui parle de la complexité des pratiques paysannes, de la cohérence des choix des éleveur·euses, qui ne se réduit pas seulement à un bilan comptable ou à une empreinte carbone. Où placer son combat de consomm’acteur·ice ? Venez en discuter avec le co-auteur de ce livre éloquent, car l’élevage paysan a tout lieu de penser qu’il est en voie de disparition.
    Les échanges pourront se poursuivre autour d’un pot de l’amitié puis d’un repas partagé (apporter plat ou dessert à partager). N’hésitez pas à partager l’affiche et à passer le mot !

  • Le Festival Cinéma et Société 2024, un Rendez-Vous Incontournable à Tulle

    Le Festival Cinéma et Société 2024, un Rendez-Vous Incontournable à Tulle

    Chaque année, l’association Autour du 1er Mai organise les Rencontres Cinéma et Société, un festival qui interroge la société à travers le cinéma. Depuis sa création en 2005, ce rendez-vous incontournable se tient à Tulle, en Corrèze, avec pour objectif d’explorer des thèmes variés tels que le féminisme, le travail, ou encore la mémoire historique. En 2024, le festival se déroulera du 23 au 28 septembre et proposera un programme riche et engagé sur le thème de “Les Médias et la Fabrique de l’Information”.

    Les Médias et la Fabrique de l’Information : Un Thème Actuel

    Le choix de ce thème trouve ses racines dans l’histoire même de la presse. Depuis la création de La Gazette par Théophraste Renaudot en 1631, la presse s’est imposée comme un contre-pouvoir, surnommé le 4e pouvoir. La quête de l’information, la rapidité de diffusion, et la conquête de l’opinion publique sont des enjeux centraux qui malheureusement gardent une actualité très aigue. Le cinéma a longtemps mis en scène ces problématiques à travers des films de journalisme, souvent appelés “newspaper movies”, particulièrement aux États-Unis.

    Dans un contexte où la concentration des médias s’intensifie et où l’apparition d’internet a bouleversé les règles du jeu avec les fake news, le festival souhaite offrir un espace de réflexion sur ces questions contemporaines. Il s’intéressera également aux lanceurs d’alerte, aux médias alternatifs, et aux nouvelles formes de journalisme qui émergent.

    Une Programmation Variée

    Le festival propose une programmation éclectique, mêlant films grand public, œuvres rares, et documentaires. Parmi les invités phares cette année, la réalisatrice Alix Delaporte sera présente virtuellement pour échanger sur son film Vivant lors de la soirée de clôture. De plus, Anne-Sophie Novel, réalisatrice du documentaire Les Médias, le Monde et Moi et journaliste elle-même, viendra partager sa vision des médias contemporains. Nicole Fernandez Ferrer, co-présidente du Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir, et Pina Val, spécialiste du cinéma allemand, seront également de la partie, apportant des éclairages variés sur le sujet.

    Des Événements Spéciaux

    En plus des projections, plusieurs événements viendront enrichir la réflexion autour des médias. Le 24 septembre, l’ancien journaliste Philippe Merlan proposera une conférence gesticulée sur la question de l’exercice du journalisme aujourd’hui et des relations entre médias et pouvoir. Cet événement marquant se tiendra à la salle Latreille à 20h30 et sera ouvert à tout le monde.

    Parallèlement, une exposition intitulée Histoire de Fausses Nouvelles, conçue par la Bibliothèque Nationale de France, sera visible à la médiathèque de Tulle tout au long du festival. Cette exposition, accompagnée d’une formation destinée aux professionnels de la culture, abordera les dangers des fake news et les défis auxquels le journalisme est confronté à l’ère numérique.

    Avec un programme riche et diversifié, les Rencontres Cinéma et Société sont un moment privilégié pour débattre, échanger, et réfléchir aux enjeux du journalisme et des médias dans notre société actuelle.

      Voir la liste des intervenants (cliquez) : Jean-Marie Charon, Alix Delaporte, Cathy Dubois, Nicole Fernández Ferrer, Philippe Merlant, Anne-Sophie Novel, Audrey Paillasse, Télé Millevaches, La Trousse corrézienne, Perrine Val

      Le programme du festival

    • Recherche organisateur de ciné-débat

      Recherche organisateur de ciné-débat

      Ceci est un message de recherche de partenaire Corrézien lié au film d’animation SAUVAGES de Claude Barras (réalisateur de MA VIE DE COURGETTE) qui sortira le 16 octobre prochain. Le film aborde la problématique de la déforestation, largement liée à notre alimentation et à la vigilance nécessaire autour de l’huile de palme. C’est également une ode à la préservation de la biodiversité et une découverte du peuple Penan, gardien de la forêt et d’un mode de vie en harmonie avec la nature.

      SAUVAGES raconte l’histoire de Kéria, une jeune fille qui, à la lisière de la grande forêt tropicale de Bornéo, recueille un bébé orang-outan trouvé dans une plantation de palmiers à huile. En parallèle, son cousin Selaï trouve refuge chez elle, fuyant un conflit opposant sa famille nomade aux compagnies forestières. Ensemble, Kéria, Selaï et le bébé singe vont lutter contre la destruction de la forêt ancestrale, plus que jamais menacée. Mais pour Kéria, ce combat sera aussi l’occasion de découvrir la vérité sur ses origines.

      Pour un aperçu du film, voici un lien vers le teaser : https://www.youtube.com/watch?v=Lef3eSIqHEw

      Dans le cadre de la sortie de ce film en octobre prochain, nous aimerions collaborer avec votre association pour organiser un ciné-débat autour des problématiques soulevées par SAUVAGES. Cette initiative serait une belle opportunité pour éveiller les consciences autour des enjeux environnementaux, de la consommation d’huile de palme, et de la préservation des modes de vie en harmonie avec la forêt.

      Si votre association ou collectif est intéressé pour organiser ce ciné-débat en Corrèze et proximité, contacter :

      Maud Gavras
      Haut et Court

      38 rue des Martyrs 75009 Paris
      Mail : maud.gavras@hautetcourt.com
      Tél : + 33 1 55 31 27 43

    • Soirée “décupler la portée des initiatives locales” au Silo à Argentat ce samedi soir

      Soirée “décupler la portée des initiatives locales” au Silo à Argentat ce samedi soir

      Cher.e ami.e Argentacois.e ou voisin.e proche,

      Notre territoire recèle d’initiatives pour un monde respectueux du vivant. Pourtant, elles peinent à décoller par manque de soutien.

      Pourquoi ? Parce qu’elles sont largement inconnues.
      On veut changer la donne, ici sur Argentat.

      Depuis 7 ans, une petite équipe de bénévoles recense les initiatives engagées de Sud-Corrèze sur Citoyliens.fr pour leur donner la visibilité qu’elles méritent.

      Mais voilà : on est trop peu nombreux pour recenser tout ce qui se passe sur notre territoire.

      Alors on a besoin de toi. Plein de petites participations auront un grand impact.

      Envie de contribuer à hauteur de tes possibilités ?

      Alors rejoins-nous pour une soirée conviviale autour d’un repas “auberge espagnole” où chacun apporte un plat à partager.

      On t’expliquera notre plan d’action simple pour décupler la portée des initiatives locales. Ensemble, c’est possible. Alors pourquoi attendre ?

      L’équipe Citoyliens.fr et l’épicerie vrac du Silo
      Pour plus d’infos : 06 15 53 68 93 ou Bonjour@citoyliens.fr