Sous un soleil radieux, Tulle a vibré au rythme de sa toute première Marche des Fiertés. Cet événement historique pour la préfecture de la Corrèze, particulièrement bien orchestré, a réuni une foule nombreuse, bigarrée et chaleureuse.
Un parcours symbolique et des témoignages poignants
La journée s’est articulée autour de deux temps forts :
Un village associatif dynamique, regroupant une douzaine de stands et d’organisations locales dans une ambiance très conviviale.
Une déambulation festive d’une heure à travers la boucle historique de Tulle, marquant des arrêts hautement symboliques devant le Palais de Justice, le commissariat et la préfecture.
Ces stations ont été le théâtre de prises de parole marquantes, parfois bouleversantes. Les participants ont notamment pu entendre le témoignage d’une veuve dont l’épouse, enseignante homosexuelle, s’est donné la mort à la suite d’un harcèlement destructeur dans son milieu professionnel.
Également présente, Olga Boudin, maire de Lacelle en Corrèze et seule maire transgenre de France en exercice, est venue porter un message fort de visibilité et de fierté. Au-delà des questions de genre et d’orientation sexuelle, la marche a aussi ouvert sa tribune à des solidarités internationales, notamment en dénonçant le génocide en cours à Gaza (association AFPS19).
Une ambiance inclusive et un message social fort
Ce qui restera de cette journée, c’est avant tout une atmosphère d’une rare intensité émotionnelle. Le cortège, à la fois coloré, fier, un peu provocateur et profondément bienveillant, a rassemblé toutes les générations, tous les styles et tous les milieux sociaux. Un magnifique message de vivre-ensemble et de tolérance s’est ainsi propagé dans les rues de Tulle.
Fidèle à sa vocation de plateforme collaborative au service des initiatives locales (et non de média d’actualité traditionnel), l’équipe de Citoyliens se réjouit d’avoir pu participer et partager ce moment fort.
Zoom : Le combat d’Hermann, exilé camerounais accueilli à Tulle
En marge de cette déambulation, nous vous proposons de découvrir le témoignage vidéo d’Hermann.
Hermann a dû fuir le Cameroun, un pays où l’homosexualité est criminalisée et socialement condamnée, rendant toute vie affective ou transition impossible au sein de la société traditionnelle. Victime de violences physiques et psychologiques d’une extrême intensité, il a pris la route de l’exil pour sauver sa vie.
Aujourd’hui installé à Tulle dans un logement provisoire, Hermann est dans l’attente de l’obtention de son statut de réfugié politique. Loin de rester inactif, il s’investit pleinement dans la vie locale en tant que bénévole au sein de deux associations tullistes afin de se reconstruire et de s’intégrer durablement.
Les éco-délégués du collège Léon-Dautrement de Meyssac lancent un appel au soutien pour restaurer la zone humide des Cils, un espace naturel remarquable, riche en biodiversité.
Ce projet pédagogique et environnemental vise à préserver la biodiversité locale, à améliorer la qualité de l’eau et à sensibiliser les jeunes à la protection des milieux naturels. Il ne s’agit pas seulement d’une action ponctuelle : la restauration de cette zone humide donnera lieu à un suivi sur plusieurs années, permettant aux élèves d’observer l’évolution du milieu, de mesurer les effets des aménagements réalisés et de mieux comprendre, dans la durée, le rôle essentiel des zones humides.
Pour mener à bien cette restauration, les élèves et l’équipe éducative souhaitent financer différents travaux et actions : entretien de la végétation, plantations, aménagements écologiques, mais aussi temps de formation et d’accompagnement autour des enjeux liés à l’eau, aux sols, aux espèces vivantes et aux équilibres naturels.
Une collecte de dons est donc lancée sur La Trousse à projets, la plateforme de financement participatif dédiée aux projets pédagogiques et éducatifs. Elle s’adresse aux entreprises, associations, mairies, collectivités, partenaires locaux et habitants sensibles à la préservation du patrimoine naturel.
La collecte se déroule du 12 au 28 juin 2026.
Chaque don compte. Ensemble, soutenons l’engagement des jeunes et agissons pour préserver les milieux naturels de notre territoire.
Pour découvrir le projet, faire un don et suivre son avancement :
Citoyliens, c’est un espace de publication en commun pour des dizaines d’initiatives inspirantes en Corrèze : événements, articles, cartographie sur les thèmes : écologie, solidarité, éducation, circuits courts… En dehors des réseaux sociaux algorythmés et publicitaires, il est possible d’instituer un commun, une passerrelle éthique et directe entre des thématiques complémentaires et visionnaires, et entre des organisateurs et des Corréziens éparpillés.
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Partager tes contenus (photos, vidéos, témoignages) sur les réseaux sociaux de Citoyliens ou directement sur la plateforme.
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Aucune compétence technique n’est requise : un smartphone et un peu de curiosité suffisent ! Les reporters locaux aident à donner de la visibilité aux acteurs du territoire et à créer du lien entre eux (MERCI A CELL-EUX qui contribuent déjà à des reportages et articles que vous trouvez sur Citoyliens).
Participer aux décisions : contribuer à la stratégie, aux choix éditoriaux ou aux projets en cours.
Animer la communauté : organiser des rencontres, des ateliers ou des événements pour fédérer les acteurs locaux.
Développer la plateforme : aider à améliorer les outils (carte interactive, agenda, infolettre) ou à créer du contenu (articles, interviews).
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C’est l’occasion de grandir collectivement tout en renforçant un projet ancré dans les valeurs de l’écologie, de la solidarité et de l’éduc-pop.
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Les 12, 13 et 14 juin, neuf organisations accueillent à Cajarc (Lot) trois jours de rencontres, de débats et de fête autour des résistances à l’implantation de centrales photovoltaïques sur les terres agricoles, naturelles et forestières. La Corrèze y sera présente — et concernée.
« Ce n’est pas le problème du cadre de vie. Ce phénomène de l’accaparement des terres par les industriels va bien au-delà. » Dans un entretien vidéo que nous publions aujourd’hui, Caroline Erhardt, du collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac et membre du comité de pilotage du festival, pose le cadre. Derrière les panneaux, ce sont des questions d’agriculture productiviste, d’extractivisme, de numérisation du monde agricole et de souveraineté sur les communs qui se jouent.
Le festival — première édition, aboutissement de près d’un an de travail collectif entre huit structures lotoises et la Coordination Nationale Photorévoltée — se veut à la fois lieu de réflexion et moment militant joyeux, ouvert à toutes et tous, enfants compris.
Au programme : du fond et du vivant
Les tables rondes aborderont l’agriculture paysanne (avec Laurence Marandola, ancienne porte-parole nationale de la Confédération Paysanne, et l’historien Jean-Philippe Martin), les stratégies de lutte contre les centrales en milieu forestier, l’électromagnétisme en élevage (avec François Dufour, co-fondateur d’ATTAC), ou encore l’écoféminisme, à travers l’œuvre de Françoise d’Eaubonne présentée par David Dufresne et le témoignage de paysannes engagées.
Un débat citoyen sur la démocratie énergétique réunira notamment Philippe Revel, de la Confédération Paysanne de la Corrèze, aux côtés du Syndicat de la Montagne Limousine et du réseau Centrales Villageoises Cœur de Corrèze — un fil direct avec nos territoires.
Côté projections, on notera L’usage du monde d’Agnès Fouilleux, documentaire sur notre rapport de domination au vivant, et L’ombre des miroirs d’Isabelle Haelvoët, consacré aux luttes contre les centrales sur terres agricoles.
Du jazz manouche au rock alternatif, de la marionnette au cirque, en passant par un « carnaval du vivant » costumé et une chorale explosive, le programme tient sa promesse festive. Un village associatif et un marché artisanal accueilleront collectifs et associations — du Lot, de la Corrèze, du Tarn et d’ailleurs.
➡️ Voir notre entretien vidéo avec Caroline Erhardt
Festival Photorévoltée — 12, 13 et 14 juin 2026 — Cajarc (Lot). Programme détaillé à venir.
Soirée projection-débat à Chenailler-Mascheix : après un film d’alerte sur les coupes rases, l’ancien secrétaire général de l’ONF Jacques Descargues a décrit le basculement de nos forêts vers la « biomasse-carburant ». Compte rendu.
On les voit s’ouvrir dans le paysage depuis quelques années, sur les hauteurs du haut Limousin puis, désormais, jusqu’autour de Chenailler-Mascheix : les coupes rases. Cette pratique, qui consiste à abattre la totalité des arbres d’une parcelle d’un seul coup, était au cœur de la soirée organisée localement, autour d’un film réalisé par le réseau de la forêt limousine et l’association Carduelis, avec le soutien de l’association Canopée. Devant une salle bien remplie, l’invité avait de quoi parler en connaissance de cause : Jacques Descargues (ancien maire de Beaulieu sur Dordogne) a dirigé l’Office national des forêts comme secrétaire général pendant près de vingt ans, avant de rejoindre les rangs des collectifs qui défendent aujourd’hui les forêts au pays basque en particulier.
Son constat tient en une phrase : la forêt change de statut. Longtemps exploitée pour le bois de construction, le papier ou le chauffage domestique, elle est désormais regardée comme un gisement de carbone à extraire pour remplacer le pétrole et le gaz. « Dans les arbres, il y a du carbone, donc il suffit de l’extraire », résume-t-il pour décrire la logique à l’œuvre — qu’il juge à la fois simpliste et lourde de conséquences.
Des chiffres qui interpellent
En France, rappelle Jacques Descargues, les coupes rases représentent 50 à 60 000 hectares par an, soit déjà environ un dixième de l’exploitation réelle des bois. Or chaque hectare rasé libère environ 80 tonnes de carbone ; et lorsqu’on dessouche et travaille le sol pour replanter, on en relâche le double, le carbone étant davantage stocké dans le sol que dans les arbres eux-mêmes. À cela s’ajoutent la destruction brutale de la biodiversité — y compris, déplore-t-il, en pleine période de nidification — l’érosion des sols sur les pentes et la dégradation des paysages.
Le tableau est d’autant plus préoccupant que la forêt est elle-même fragilisée. L’intervenant cite l’effondrement récent du « puits de carbone » forestier français et une mortalité des arbres en forte hausse : les forêts, pourtant parmi les écosystèmes les plus résilients de la planète, ne parviennent pas à s’adapter à la vitesse du réchauffement climatique. Certaines régions sont déjà passées en bilan carbone négatif — leurs forêts émettent davantage de CO₂ qu’elles n’en captent — alors même que la politique nationale compte sur elles pour atteindre la neutralité carbone.
Du chauffage… au kérosène
Pourquoi ces coupes, alors ? D’abord, observe Descargues, parce qu’il n’y a presque plus de bûcherons : faute de main-d’œuvre, on exploite à la machine, et ces engins « ne font pas dans la dentelle ». Ensuite parce que la demande explose. Au chauffage par granulés industriels s’ajoutent désormais des usages inédits : carburant pour l’aviation, éthanol pour la route, charbon de bois industriel pour la sidérurgie ou les revêtements routiers.
Le territoire est directement concerné. À Guéret, en Creuse, le projet d’usine de granulés Biosyl prévoit de produire 85 000 tonnes de pellets — au prix, redoutent ses opposants, d’un prélèvement massif de feuillus. Plus au sud, dans les Pyrénées-Atlantiques où l’ancien forestier s’est aussi engagé, plusieurs projets industriels s’additionnent : E-CHO et son usine BioTjet à Lacq (bio-kérosène, 2 milliards d’euros), le projet Nacre (éthanol produit à l’aide de champignons et de levures génétiquement modifiés) et un projet de biochar à Garlin. Au total, plusieurs centaines de milliers de tonnes de bois par an seraient nécessaires.
Une politique nationale assumée
Ce n’est pas un hasard de calendrier, souligne Jacques Descargues : la Programmation pluriannuelle de l’énergie et la Stratégie nationale bas-carbone font explicitement de la biomasse forestière un pilier de la substitution aux énergies fossiles. Juridiquement, la forêt y est traitée comme une énergie renouvelable — alors que, rappelle-t-il, replacer dans le sol le carbone d’un arbre coupé demande plusieurs décennies. Brûler du bois aujourd’hui pour « décarboner » à l’horizon 2050 relève donc, à ses yeux, d’une contradiction de fond.
D’où son appel, en conclusion : face à un rapport de force très déséquilibré au niveau local, la mobilisation doit aussi se construire à l’échelle nationale. Les collectifs préparent une grande manifestation à Paris à l’automne, dans l’espoir de faire émerger ces enjeux dans le débat public.
Une chose est sûre, prévient-il : « les coupes rases ne font que commencer. » Raison de plus, pour les habitants de notre territoire qui les voient s’ouvrir sous leurs fenêtres, de s’informer et de prendre part au débat.
Monsieur le Préfet de la Corrèze, Madame et Monsieur les Députés de la Corrèze, Messieurs les Sénateurs de la Corrèze,
Le projet de loi d’actualisation de la LPM 2024-2030 a été adopté le mardi 19 mai par l’Assemblée nationale. Le texte doit être examiné au Sénat début juin. S’il parvenait à être voté par le Parlement, la LPM initiale à 413,3 milliards d’euros, montant jamais égalé, augmenterait encore de 36 milliards d’euros et installerait un régime d’exception au gouvernement qui agirait, par décret, de manière profonde et injuste sur les droits des travailleurs, et au-delà sur l’ensemble de nos concitoyens, sans passer par le débat parlementaire. Cette perspective d’« état d’alerte de sécurité nationale » nous est insupportable. Il est, au contraire, urgent de garantir une transparence totale sur ces sujets sensibles.
Depuis la déclaration d’économie de guerre prononcée par le Président Macron, tout s’organise dans notre pays pour se mettre en capacité de produire plus d’armements. Augmenter les cadences de production, forcément au détriment de la qualité et des conditions de travail, pour fabriquer des munitions destinées à l’export ne peut que nous alerter. Le régime d’exception permettrait de déroger, non seulement à la séparation des pouvoirs, mais aussi aux règles sur le temps de travail, sur la sécurité au travail, sur l’environnement, …
La défense de notre pays, détenteur de l’arme de dissuasion nucléaire, ne nécessite pas d’acheter aux industriels plus d’armements. En revanche, les besoins sont bien réels et immédiats dans l’ensemble de nos services publics comme, entre autres :
à l’hôpital public où la mobilisation actuelle au CH d’Ussel en est une preuve flagrante,
dans l’éducation nationale qui voit arriver une certaine militarisation de la jeunesse avec, à titre d’exemple, la multiplication des « classes défense » dans les collèges de notre département mais aussi avec le service militaire volontaire et, plus récemment, les journées portes ouvertes en régiment d’infanterie.
Pour nos organisations, il est inacceptable qu’un tel projet de loi d’« état d’urgence » puisse voir le jour en réduisant les droits sociaux, environnementaux et en privant, de fait, de moyens importants pour la population. Les droits des travailleurs pour qui seuls comptent le pain, la paix et la liberté, ne sont pas une variable à sacrifier sur l’autel de l’économie de guerre.
Nous demandons au représentant de l’État que ce projet de loi soit immédiatement retiré par le gouvernement et aux parlementaires de notre département que ce projet de loi ne soit pas adopté.
Les meilleures librairies sont celles qui ressemblent aux libraires qui les animent. Sur ce point, Modestine — le nom de l’âne récalcitrant de Robert Louis Stevenson dans Voyage avec un âne dans les Cévennes — porte une véritable biographie de son gérant.
Né à Meyssac, il y grandit, ainsi qu’à Brive-la-Gaillarde, où son grand-père, Jacques Peuchmaurd, directeur littéraire des éditions Robert Laffont, réunit plusieurs auteurs (dont Denis Tillinac, Christian Signol, Claude Michelet ou Colette Laussac) dans l’« École de Brive » et cofonde la Foire du livre encore active aujourd’hui.
Cette ascendance littéraire se complète par les activités artistiques de son père, Pierre Peuchmaurd, poète dont l’Œuvre poétique complète parait chez Pierre Mainard Éditeur en juin, et de sa mère, Anne Marbrun, qui a publié plusieurs recueils aux éditions L’Oie de Cravan.
Monté à Paris, Antoine Peuchmaurd travaille d’abord chez Robert Laffont, notamment dans la librairie de l’éditeur, alors située près de la place Saint-Sulpice et aujourd’hui disparue. « J’ai découvert le travail de plancher d’une librairie, et je me suis mis à dévorer tous les livres qui m’intéressaient, ici et dans les librairies des alentours », se souvient-il. « Et de bonnes librairies, il y en avait alors un paquet, dans le 6e arrondissement. »
Passé par Montréal « en touriste », Antoine Peuchmaurd, ébloui par la cité des mille lumières, décide ensuite de s’y installer. Accueilli par Benoît Chaput, fondateur de L’Oie de Cravan, il travaille quelque temps pour la maison d’édition avant de retourner à la vente de livres au sein de l’enseigne francophone Renaud-Bray. « Ce fut un bon apprentissage, qui m’a permis de découvrir au passage l’édition québécoise », juge-t-il. « J’y suis resté trois ans, cela m’a donné l’occasion de me faire la main, d’observer une autre échelle en matière de vente et de déterminer ce que je voulais voir, et ne pas voir, en librairie. »
Meyssac, l’évidence
Revenu de Montréal avec sa compagne, Cécile Ronc, artiste-peintre et associée au sein de la SARL derrière la librairie, Antoine Peuchmaurd s’est installé à Meyssac, village qu’il retrouvait régulièrement et n’avait jamais vraiment quitté.
Il compte à présent sur la diversification de la population et des commerces au sein du village, qu’il observe depuis une quinzaine, mais aussi sur la présence d’une médiathèque « très dynamique » à Meyssac, pour assurer une offre de proximité aux Meyssacois et Meyssacoises ainsi qu’aux populations des alentours.
Depuis quelques semaines, Antoine Peuchmaurd a « la scie dans une main, l’ordinateur dans l’autre », selon son expression, et mène les préparatifs pour l’ouverture de sa Librairie Modestine, à Meyssac, en juin prochain.
Il a investi un local de 40 m2, situé au 38, rue de l’Auvitrie, changé l’éclairage, abattu la cloison et installé un mobilier chargé d’histoire pour « donner une âme » à l’ensemble. Deux tables de ferme, nettoyées, restaurées et vernies, sont prêtes à présenter des sélections d’ouvrages, tandis que le libraire se tiendra derrière un vieux comptoir d’une épicerie fine, lui aussi revalorisé.
Sur les étagères de l’enseigne, une petite offre de livres d’occasion s’installera, même si l’activité se concentrera essentiellement sur la vente de livres neufs.
Le 26 mars 1848, il s’est passé quelque chose à Argentat. Une journée d’élection, une foule en liesse, un ancien maire porté en triomphe… et, à la nuit tombante, deux morts. C’est cette journée presque effacée que l’historien Marc Taverdet a fait revivre lors d’une conférence donnée à Argentat, sous un titre qui dit tout d’une méthode : « Découvrir le passé d’Argentat en fouillant les archives ».
Agrégé et docteur en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon‑Sorbonne), professeur au lycée Edmond‑Perrier de Tulle, Marc Taverdet est un spécialiste du « long XIXe siècle » corrézien — celui qui court de la Révolution à l’entre‑deux‑guerres — et de la lente entrée des campagnes dans la vie politique. Il prépare un ouvrage consacré au Limousin sous le Second Empire et signera un article dans le livre qui paraîtra cet été à l’occasion du Festival Histoire de Passage (17, 18 et 19 juin).
Une enquête « au ras du sol »
Plutôt qu’un survol, Marc Taverdet choisit la loupe : un seul jour, un seul lieu, et une plongée dans le détail. C’est la démarche de la microhistoire, « au ras du sol », au ras des rues et des existences ordinaires. L’enjeu n’est pas tant de savoir ce que pensaient les habitants — on ne le saura jamais vraiment — que de retrouver ce avec quoi ils pensaient : leurs cadres mentaux, leurs représentations, leurs imaginaires sociaux.
Au milieu du XIXe siècle, Argentat est une petite ville dynamique de plus de 3 500 habitants, à son apogée démographique, chef‑lieu de l’un des vingt‑neuf cantons d’un département presque entièrement rural. C’est aussi une Corrèze de la migration saisonnière — maçons, marchands, chaudronniers partis travailler ailleurs une partie de l’année — et une société profondément marquée par la précarité.
Le 26 mars 1848 : une fête qui tourne au drame
Nous sommes aux tout premiers jours de la Seconde République. Le suffrage universel — masculin — vient d’être proclamé (5 mars). Ce 26 mars, les citoyens d’Argentat sont appelés à élire les officiers de la garde nationale, cette milice citoyenne héritée de la Révolution. Mais dans les esprits, les enjeux se confondent : élire des officiers, n’est‑ce pas aussi, déjà, choisir ses édiles ?
L’ancien maire, Claire‑Antoine Lestourgie, vient d’être révoqué par les commissaires du gouvernement. Une rumeur enfle, les esprits s’échauffent. En milieu d’après‑midi, une foule de plusieurs centaines de personnes — hommes, femmes, enfants, gens de la ville et des campagnes — vient le chercher. On le hisse sur un fauteuil, on le porte en triomphe à travers la ville avec le médecin et le capitaine fraîchement élu commandant de la garde nationale. On crie « Vive la République ! », on chante la Marseillaise, on ceint l’ancien maire de l’écharpe tricolore, on défile devant l’arbre de la liberté et le long de la Dordogne.
C’est alors qu’une pièce de canon, amenée pour ponctuer la fête, est trop chargée. Elle éclate. Deux jeunes gens y laissent la vie — un maçon de vingt‑neuf ans et un adolescent de treize ans — et plusieurs personnes sont blessées. L’enquête judiciaire qui s’ensuit est précisément ce qui nous a légué les traces de cette journée.
L’archive, « écume » d’un État qui resserre son emprise
C’est là le cœur de la conférence. Si nous connaissons cet épisode, c’est parce qu’il a déclenché une procédure : rapports de gendarmerie, procès‑verbaux d’audition, correspondances de préfet. Comme l’écrit la grande historienne Arlette Farge, « l’archive naît du désordre ». Elle est l’écume qui surnage à la surface, le signe d’un État du XIXe siècle qui resserre partout son contrôle.
Mais l’archive est aussi, dit Marc Taverdet, une rencontre, un face‑à‑face « exaltant » : elle ouvre une fenêtre sur un monde englouti, dévoile des existences ordinaires dont il ne reste, le plus souvent, aucune autre trace. Il faut pourtant la lire avec prudence — savoir, par exemple, que les rumeurs attribuées aux femmes « bavardes » en disent plus long sur les préjugés de l’époque que sur les faits.
Le charisme du notable : « rendre service »
Pourquoi cet attachement si fort à un maire pourtant destitué ? Pour le comprendre, Marc Taverdet replace la scène dans une société de l’incertitude : espérance de vie de quarante ans à la naissance, vulnérabilité alimentaire, économique, écologique. La pauvreté y est moins un état qu’un risque qui menace la majorité.
Dans ce monde sans État providence, le notable joue un rôle attendu : la bienfaisance, « le penchant à rendre service ». Lestourgie, médecin, soignait gratuitement les indigents et légua une somme à l’hospice. Cette posture se transmet de génération en génération et fonde un véritable capital symbolique. Le maire du milieu du XIXe siècle est d’abord celui qui protège — y compris face aux incursions de l’État, notamment lors des émeutes fiscales, particulièrement vives en Corrèze, terre attachée aux franchises de l’ancienne vicomté de Turenne.
Couleurs, cloches et arbres de la liberté
La conférence se clôt sur la dimension sensible du politique d’autrefois : le paysage sonore saturé de la manifestation (cloches, vivats, coup de canon), la symbolique des arbres de la liberté plantés dans toutes les communes, et le langage des couleurs. À Argentat, les partisans de Lestourgie devinrent les « ventres noirs », leurs adversaires les « ventres blancs » — un clin d’œil à Robespierre qui rappelle combien la Révolution française est restée, tout au long du siècle, l’horizon de référence.
Au fond, conclut l’historien, ce 26 mars 1848 montre une manifestation politique encore en train de s’inventer — illégale, non reconnue, mais déjà porteuse des formes que nous connaissons. Et il nous offre, surtout, une expérience de décentrement : le reflet d’un monde social que nous avons perdu, et que les archives, patiemment, laissent affleurer.
Les diapositives de la conférence de Mr Marc Taverdet
Photovoltaïque au sol : comment la Corrèze et le Lot organisent la résistance
Dans un entretien croisé que nous publions aujourd’hui, Philippe Revel (Confédération Paysanne, Agrivolt19) et Caroline Erhardt (Stop Agrivoltaïque Cressensac, RRAL) racontent la montée en puissance d’un réseau interdépartemental face à la multiplication des projets de centrales photovoltaïques sur sols vivants.
Cressensac-Sarrazac et Noailles ne sont séparés que par une frontière départementale. C’est cette proximité géographique, et la ressemblance des projets qu’ils combattaient chacun de leur côté, qui a poussé Caroline Erhardt (Lot) et Philippe Revel (Corrèze) à croiser leurs forces. Aujourd’hui, cette synergie de voisinage s’est structurée en réseau : Agrivolt19 en Corrèze, le RRAL (Réseau des Résistances Alternatives Lotoises) dans le Lot, avec des liens actifs vers le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne et le Gers — et, au niveau national, la Coordination Photorévoltée.
En Corrèze, un moment charnière
Philippe Revel ne cache pas que le département entre dans une phase critique. Longtemps relativement épargnée, la Corrèze voit les dossiers se multiplier dans les CDPNAF (commissions départementales de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers). Le collectif Agrivolt 19 peut déjà compter des résultats : le projet de Noailles a été abandonné, celui de Viam est retardé. Mais d’autres arrivent, et pas des moindres. À Darnet, près d’Egletons, un projet antérieur à la loi APER revient par la voie contentieuse après une décision forcée du tribunal administratif. À Eygurande, 133 hectares sont dans la balance. Sur le plateau de Millevaches et les territoires gérés par le PNR, une cinquantaine de projets seraient dans les tuyaux.
« Les énergéticiens détestent que ça fasse du bruit », rapporte Philippe Revel de ses échanges avec des acteurs de l’administration. Là où la résistance s’organise et se rend visible, les développeurs finissent souvent par se retirer. Encore faut-il que cette résistance existe : « Si un territoire a un problème, il doit créer son collectif. Moi j’apporte ce que je sais, mais il est hors de question qu’on se substitue aux gens. »
Un argument juridique que même les préfectures ignoraient
L’un des points forts de l’entretien concerne un angle juridique peu connu : la loi interdit aujourd’hui de conclure un bail rural sous des panneaux photovoltaïques. Une proposition de loi déposée en février 2025 pour modifier cette situation n’a jamais été discutée à l’Assemblée nationale. Pour un agriculteur, la conséquence est directe : accepter des panneaux, c’est perdre la protection du statut du fermage. Philippe Revel raconte avoir dû l’apprendre lui-même aux services préfectoraux de Corrèze, qui l’ignoraient.
141 projets dans le Lot, et la question de l’usure
Côté lotois, Caroline Erhardt décrit un département où 141 projets sont actuellement recensés — en instruction, autorisés, en fonctionnement ou en étude. Le cas emblématique est celui de Moncuq : 66 hectares, un premier préfet avait refusé le permis de construire, le suivant l’a accordé. Les développeurs reviennent à la charge, adossés à des équipes juridiques que les collectifs citoyens, financés par des cagnottes, peinent à égaler. Mais les failles existent dans les dossiers, et les enquêtes publiques restent un levier. Récemment dans le Gers, un projet a été définitivement refusé par le Conseil d’État après avoir été autorisé en appel.
Les deux interviewés rappellent que cette lutte dépasse la question locale. Derrière l’agrivoltaïsme, ce sont un modèle agricole productiviste, la souveraineté alimentaire et l’avenir de l’agriculture paysanne qui se jouent. Quand le revenu photovoltaïque est cinquante fois supérieur au revenu agricole, l’incitation à cesser de produire devient structurelle.
➡️ Entretien vidéo avec Caroline Erhardt et Philippe Revel
12 au 14 juin à Cajarc dans le Lot : festival du Printemps Photorévolté
Les 12, 13 et 14 juin, le premier festival national Photorévolté se tiendra à Cajarc (Lot). Philippe Revel y interviendra dans le débat citoyen « Énergie : la démocratie en question ».
Écrire à la main transforme le cerveau — taper, non.
La neuroscientifique norvégienne Audrey van der Meer (NTNU, Trondheim) a publié en 2024 dans Frontiers in Psychology une étude décisive : « Handwriting but not typewriting leads to widespread brain connectivity » (frontiersin.org).
Protocole : 36 étudiants, bonnet EEG à 256 capteurs. Ils devaient soit écrire un mot au stylet, soit le taper au clavier, pendant 5 secondes.
Résultats : l’écriture manuscrite active simultanément mémoire, intégration sensorielle et encodage — tout le cortex se synchronise. La frappe, elle, éteint presque tout : même mot, même cerveau, deux événements neurologiques radicalement différents.
Pourquoi ? Chaque lettre manuscrite est un problème spatial unique (micro-mouvements, coordination œil-main). Taper répète le même geste mécanique, sans rien à intégrer. Van der Meer alerte : les enfants apprenant sur tablette peinent à distinguer des lettres comme b et d, faute d’expérience corporelle.
Confirmation antérieure : l’étude classique de Mueller & Oppenheimer (2014), « The Pen Is Mightier Than the Keyboard » (Psychological Science, brucehayes.org), sur 327 étudiants, montrait déjà que les notes manuscrites — plus courtes mais reformulées — produisent une compréhension bien supérieure aux notes tapées quasi verbatim.
En résumé : taper capture plus de mots mais court-circuite le traitement cognitif. L’écriture manuscrite force le cerveau à choisir, synthétiser, encoder. La route lente reste la plus efficace pour apprendre.