Il est des livres qui ne se contentent pas de transmettre un savoir, mais qui réveillent une mémoire vivante. Celui que propose Jean-Pierre Lacombe s’inscrit pleinement dans cette démarche : une exploration du français parlé en Haute-Loire et, plus largement, dans les terres d’influence occitane, nourrie d’une expérience intime de la langue et d’un patient travail d’observation.
Poète, conteur, photographe, ancien éleveur devenu passeur de culture, Jean-Pierre Lacombe revendique une identité profondément enracinée. Corrézien « autochtone » et « hybride », il est de ceux qui ont grandi au contact direct de la langue occitane, non comme objet d’étude, mais comme milieu naturel. C’est cette immersion précoce qui irrigue aujourd’hui son travail et donne à son approche une tonalité singulière : ici, la langue n’est pas figée, elle est vécue.
La conférence de présentation de son ouvrage prend ainsi la forme d’une véritable causerie, à la croisée du témoignage et de la recherche. À rebours d’une approche strictement académique fondée sur des relevés livresques, Lacombe propose une plongée dans les usages réels, ceux qui circulent encore dans les conversations, les expressions populaires, les tournures héritées.
Le livre, illustré avec sensibilité par Christian Faure, rassemble environ 200 régionalismes. Mais derrière ces 200 entrées se cache un travail bien plus vaste :
près de 1200 expressions ont été collectées, analysées puis regroupées,
révélant un tissu linguistique dense où les mots se répondent, se transforment et se transmettent. Cette méthodologie, explicitée dès l’ouverture de l’ouvrage, montre combien la langue régionale est un système vivant, où chaque mot porte en lui des ramifications multiples.
Ce travail n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un dialogue fécond avec des linguistes reconnus, notamment Philippe Olivier, auteur d’un dictionnaire de l’occitan, et Jean-Pierre Chambon, spécialiste des régionalismes du français. Leur contribution vient éclairer et renforcer l’approche de Lacombe, en apportant des outils d’analyse et des perspectives historiques.
Mais ce qui fait la force de cet ouvrage, c’est sans doute sa capacité à relier les niveaux : du mot à la mémoire, de l’expression à l’identité. Car derrière chaque régionalisme, c’est une manière de voir le monde qui affleure. Une manière de nommer, donc de penser.
Cette causerie-conférence apparaît ainsi comme un moment privilégié pour redécouvrir une richesse linguistique souvent sous-estimée. Elle invite à porter un autre regard sur ce que l’on appelle parfois, à tort, des « patois » ou des « déformations », et à reconnaître dans ces formes une véritable profondeur historique et culturelle.
Au fond, le travail de Jean-Pierre Lacombe nous rappelle une évidence : les langues ne disparaissent pas tant qu’on les écoute encore.
Le samedi 29 mars, la librairie-café Bonny and Reed d’Argentat-sur-Dordogne accueillait Lucie Card, historienne spécialiste de la piraterie, pour une conférence passionnante sur les femmes pirates et la construction du mythe pirate. Retour sur une soirée qui a bousculé quelques idées reçues.
Des tricornes et des perroquets — mais d’où vient cette image ?
Quand on pense “pirate”, les mêmes images surgissent : barbe noire, pavillon à tête de mort, île au trésor. Pourtant, comme l’a rappelé Lucie Card, ce que l’on croit savoir sur la piraterie tient presque entièrement à une poignée de décennies — l’âge d’or de la piraterie, entre 1690 et 1730 — et surtout à un seul livre : L’Histoire générale des pirates, publié en 1724 sous le pseudonyme du “Capitaine Charles Johnson”. Un ouvrage dont on ne connaît pas l’auteur avec certitude, dont on ignore les sources, et qui a pourtant façonné tous les imaginaires jusqu’à aujourd’hui.
C’est dans ce livre que naissent Barbe-Noire, mais aussi les deux figures féminines les plus célèbres de la piraterie : Anne Bonny et Mary Read. Deux femmes qui ont bel et bien existé, fait partie de l’équipage de John Rackham, et été jugées en même temps que lui. Mais dont toute la biographie romanesque — l’enfance, les travestissements, les histoires d’amour — repose uniquement sur le récit de Johnson, sans aucune source indépendante pour l’étayer.
Des exceptions… qui cachent les autres
Ce qui est frappant dans l’analyse de Lucie Card, c’est moins ce que l’on sait d’Anne Bonny et Mary Read que ce que leur célébrité a masqué. En les présentant comme des exceptions extraordinaires, l’histoire a implicitement posé la règle : les femmes n’avaient pas leur place sur les bateaux pirates. Or rien ne le prouve. Dans les sociétés caribéennes du XVIIe et XVIIIe siècle — des espaces de survie, de marginalité et de brassage intense — les femmes participaient à la contrebande, gravitaient autour des équipages, et certaines ont très probablement navigué sans jamais être identifiées comme telles.
Mary Critchett, pendue pour piraterie à la même époque, est aujourd’hui totalement inconnue, simplement parce qu’elle n’a pas eu son Johnson pour la romaniser.
Un mythe vivant
Ce qui rend la conférence de Lucie Card particulièrement stimulante, c’est qu’elle ne se contente pas de démystifier. Elle montre comment le mythe pirate a traversé les siècles en absorbant chaque époque — les Lumières, le romantisme, la littérature jeunesse, le mouvement pirate informatique — pour devenir un miroir de nos propres questionnements sur la liberté, la transgression et l’ordre social.
Anne Bonny et Mary Read sont aujourd’hui au cœur d’une BD et d’un podcast Arte. Le mythe continue. Et c’est peut-être tant mieux, à condition de savoir ce qu’on y projette.
La conférence s’inscrivait dans le cadre de l’exposition consacrée aux femmes pirates, visible à Nuage Vert tous les samedis de 15h à 17h.
Livre de l’organisateur et de la conférencière
Peu de traces, grands fantasmes et signes libérateurs pour la GEN Z !
La piraterie fascine. Elle existe sous différentes formes dans le temps long. Mais c’est la piraterie maritime de 1640 à 1730 qui marque nos imaginaires. Tout part d’un livre publié à Londres en 1724 d’un certain Captain Charles Johnson : A GENERAL HISTORY OF THE PYRATES. Sur la page de titre sont mises en valeur deux femmes pirates : « With the remarkable Actions ans Adventures of the two Female Pyrates Mary Read and Anne Bonny ».
Livre en vente en numérique et en papier sur Lulu.com
Un livre d’anthropologie comme mode d’emploi d’un territoire à un moment charnière. Marie-France Houdart décode ce qui se joue vraiment entre les anciens du Limousin et les néoruraux qui arrivent.
D’après l’interview vidéo et la conférence de Marie-France Houdart
Ils arrivent par vagues depuis quelques années, attirés par les granges à rénover, les terres accessibles, la nature préservée. Les néoruraux qui s’installent en Corrèze rêvent souvent d’une vie “autrement” — plus en accord avec leurs valeurs, leur rapport à la nourriture, au travail, à la communauté. Et le Limousin leur semble une promesse tenue.
Sauf que cette terre n’est pas vide. Elle ne l’a jamais été. Et ce qui se joue aujourd’hui — entre deux mondes qui se regardent parfois de loin — a des racines bien plus profondes qu’une simple question de voisinage.
Une agriculture volontairement sacrifiée
Pour comprendre le présent, Marie-France Houdart remonte le fil. Depuis cinquante ans qu’elle vit en Corrèze — venue de Tunisie et du Pérou, avec les yeux d’une anthropologue —, elle a observé, discuté, compris. Et ce qu’elle raconte dérange un peu : l’exode rural du Limousin n’est pas une fatalité. C’est une politique.
Pendant les Trente Glorieuses, la modernisation de l’agriculture a signifié la concentration. Dix petites exploitations ne pouvaient prétendre aux subventions qu’une seule. Les neuf autres ? “Débrouillez-vous, allez en ville.” Le remembrement a suivi, redessinant les parcelles, effaçant des siècles d’héritage.
“Pour se moderniser, il faut avoir de grandes surfaces. Et ceux qui n’en avaient pas assez n’avaient plus qu’à aller voir ailleurs.”Marie-France Houdart
Ce n’était pas une catastrophe naturelle. C’était un choix. Et ce choix a laissé des terres, des maisons, des granges vides — celles que l’on “promet” aujourd’hui aux nouveaux arrivants.
Pourquoi la terre ne se vend pas
Pour comprendre pourquoi les Corréziens de souche sont si attachés à leur terre — même en friche, même mal exploitée —, il faut remonter au Moyen-Âge. Tenanciers héréditaires cultivant les terres des seigneurs, ils ont acquis ces lopins centimètre par centimètre, génération après génération, au prix de l’émigration saisonnière à Paris, du sacrifice collectif, des mariages stratégiques.
Ce n’est pas de la propriété. C’est de la mémoire incarnée. Ce n’est pas de l’entêtement. C’est de la fidélité aux ancêtres.
Deux mondes face à face
Les anciens d’ici
Attachement viscéral à la terre héritée
Valeurs de continuité, de discrétion
Méfiance face à ceux qui “veulent leur montrer comment faire”
Mémoire longue du sacrifice collectif
Les néo-ruraux
Envie de rupture avec le mode de vie urbain
Valeurs alternatives sur l’alimentation, le travail, l’habitat
Énergie et dynamisme créatif
Ignorance (souvent sincère) des codes locaux
Le choc n’est pas inévitable. Mais il est réel. Et il peut faire des dégâts si personne ne le nomme.
La phrase de Marcelle Delpastre
Paysanne-philosophe corrézienne, morte en 1998, Marcelle Delpastre avait tout anticipé dans un court texte adressé aux nouveaux venus :
“Vous êtes bienvenus, vous pouvez cultiver la terre — mais attention, ne nous volez pas notre âme.”Marcelle Delpastre, paysanne et écrivaine corrézienne
Pas de rejet. Pas de fermeture. Mais une exigence : celle du respect, de la curiosité, de la réciprocité. C’est exactement ce que défend Houdart dans ses deux livres.
Deux livres comme boussole
Essai · Le livre de la conférence
Limousin, Terre Promise
Le livre qui a inspiré cette conférence. Houdart y analyse le rendez-vous historique entre un territoire vidé par une politique agricole délibérée et les nouveaux habitants qui y cherchent une vie autrement.
Guide culturel · 100 pages
Comprendre le Pays Limousin… et y vivre
Un précis dense et accessible des notions culturelles clefs pour aborder le Limousin. Court, essentiel. Écrit autant pour les néoruraux qui arrivent que pour les anciens qui veulent se faire comprendre.
Ces deux livres forment ensemble ce qu’on pourrait appeler un kit de décodage pour quiconque veut s’installer en Corrèze sans se tromper de territoire — et pour les Corréziens qui veulent comprendre qui frappe à leur porte.
Le message d’Houdart est finalement simple : ne pas avoir peur les uns des autres. Faites-les parler. Écoutez-les. Demandez-leur conseil. Racontez-leur votre vie. L’hospitalité ne demande pas l’effacement — elle demande la curiosité.
le film Vivre à Davignac (années 70)
Un témoignage saisissant de la politique agricole qui a forgé le Limousin d’aujourd’hui.
À voir aussi : le film Vivre à Davignac (années 70), disponible sur l’INA — un témoignage saisissant de la politique agricole qui a forgé le Limousin d’aujourd’hui.
Synopsis : Un portrait choral à 16 voix, 16 trajectoires singulières, réflexif et intime d’un mouvement de résistance intergénérationnel porté par une jeunesse qui vit et qui lutte contre l’accaparement des terres et de l’eau, les ravages industriels, la montée des totalitarismes et fait face à la répression politique.
Une plongée au cœur des Soulèvements de la Terre révélant la composition inédite des forces multiples déployées un peu partout dans le pays qui expérimentent d’autres modes de vie, tissent de nouveaux liens avec le vivant, bouleversant ainsi les découpages établis du politique et du sensible en nous ouvrant au champ de tous les possibles.
👊🔥*Dimanche 8 mars à 20h45 au Véo de Tulle (autres séances prévues les 5, 6 et 9 mars) – SEANCE suivie d’une discussion dans le hall avec le public.
👊🔥*Lundi 9 mars à 20h au cinéma L’Esplanade à Égletons (séance suivie d’un débat en présence des SDLT 19)
Citoyliens documente les initiatives locales, les acteurs et les idées qui enrichissent la vie du territoire. Voici l’histoire d’Escapada. Nous avons rencontré Rémi, Corrézien d’origine et cocréateur du jeu, pour une interview passionnante où il raconte la naissance d’Escapada, ses mécaniques et sa vocation : faire découvrir la Corrèze autrement.
(VIDEO CI DESSOUS)
🐄 Un jeu né pendant le Covid… et d’un amour pour la Corrèze
Durant la période Covid, les concerts et projets artistiques sur lesquels Rémi travaillait se sont arrêtés. Confiné mais inspiré, il décide enfin de se lancer dans un vieux rêve : créer un jeu de société qui raconte la Corrèze, ses paysages, ses villages, son histoire, sa gastronomie… et toutes ces petites pépites méconnues du territoire.
Avec quelques amis passionnés de jeux, il commence à croiser idées, cartes, anecdotes, et fait appel à Corrèze Tourisme ainsi qu’au Département, qui soutiennent le projet. Les subventions obtenues et les premières ventes permettent alors de financer les 1000 premières boîtes.
🗺️ Un voyage ludique à travers la Corrèze
Escapada n’est pas un simple jeu de questions-réponses : c’est une course à la photo. Votre petit personnage voyage sur une carte de la Corrèze pour collecter des clichés correspondant à :
des châteaux
des sites naturels
des villages
des spécialités culinaires
des éléments de patrimoine
des anecdotes (comme la légende du Coulobre !)
Chaque carte donne une info sur le lieu photographié, et un QR code permet d’aller plus loin via le site de Corrèze Tourisme.
Le jeu est également enrichi de cartes “vacheries” (pour embêter un peu les autres joueurs 😄), de jetons bonus et de raccourcis inspirés du réel : Transcorrézien, véloroute, montgolfières, rivières, Compostelle…
🎨 Un vrai projet collectif
Escapada réunit :
le graphiste brivois François Tabar, qui signe toute la direction artistique
des habitants du département, qui ont envoyé leurs photos
Nicolas Avigner, spécialiste en création de jeux, pour le travail sur les mécaniques
un écosystème d’acteurs locaux : offices de tourisme, structures culturelles, etc.
Le jeu a d’ailleurs obtenu le label Origine Corrèze.
🎁 Une idée cadeau locale pour Noël
Si vous cherchez un cadeau : • local • intelligent • ludique • et qui fait découvrir la Corrèze…
… et ce qui ne gâche rien, une promo spéciale Noël est en place cette année (10 € de réduction, selon les points de vente). Vous trouverez aussi sur le site escapada.fr la liste des boutiques corréziennes où l’acheter.
Vendredi 21 novembre 2025 à 20H00 au cinéma Le Paris 46200 Souillac :
Ciné-débat Attac 46 – “Kanaky, Nouvelle-Calédonie, la trajectoire du caillou”, documentaire de Mehdi Lallaoui
De 2018 avec la commémoration du drame d’Ouvéa et le référendum sur l’indépendance, au 13 mai 2024 avec la révolte contre le dégel du corps électoral, ce film donne à entendre la parole du peuple Kanak et son combat pour l’autodétermination.
🌿 « Le Vivant qui se défend » : trois projections en Corrèze pour défendre la nature et le lien vivant
Le documentaire Le Vivant qui se défend, réalisé par Vincent Verzat, a rencontré un formidable écho en Corrèze. Projeté à Brive-la-Gaillarde, Tulle et à l’Atelier Low Tech de Tulle, le film a à chaque fois rempli les salles et suscité des échanges riches et passionnés autour de la défense du vivant.
Ces projections, organisées collectivement, ont permis à plusieurs associations locales de protection de la nature de se présenter et d’échanger avec le public — parmi elles, Citoyliens, engagée depuis plusieurs années pour relier initiatives locales et écologie citoyenne.
🎬 Un film sensible et engagé
Vincent Verzat, connu pour sa chaîne YouTube Partager c’est Sympa, filme depuis dix ans les mobilisations écologiques à travers la France. Avec ce premier long métrage, il livre un récit personnel et sensible où il explore son propre cheminement entre militantisme et naturalisme, entre combat et contemplation.
De la forêt du Plateau de Millevaches aux méga-bassines du Poitou, en passant par les cerfs du Vercors ou la lutte contre l’autoroute A69, le film tisse un fil puissant entre les luttes écologiques et les animaux sauvages dont les habitats sont menacés.
Chaque séquence relie les humains et les territoires dans un même souffle : celui du vivant qui se défend.
🌱 Un moment collectif et porteur d’espoir
Au-delà des images magnifiques et des témoignages poignants, les projections ont été l’occasion d’un temps d’échanges collectif, fidèle à l’esprit du film. Les spectateurs ont pu rencontrer des acteurs locaux, découvrir les projets de terrain et tisser des liens pour prolonger la dynamique d’action écologique en Corrèze.
Comme le rappelle Vincent Verzat :
« Ce film est fait pour être vu en grand et en collectif, pour se retrouver et s’inspirer ensemble. »
Toutes les perspectives d’organiser des projections publiques restent donc ouvertes et pleines de sens !
📽️ Le film en ligne, gratuit et sans publicité
Depuis le 6 novembre 2025, Le Vivant qui se défend est disponible gratuitement sur YouTube, en libre accès pour toutes et tous. Le film est auto-produit et auto-distribué par l’association Partager c’est Sympa, grâce à plus de 1300 soutiens citoyens sur Tipeee, et a déjà connu 370 projections en avant-première réunissant plus de 35 000 spectateurs.
L’Atelier Low-tech de Tulle organise une projection du documentaire “Le vivant qui se défend” de Vincent Verzat, disponible en ligne à partir du 6 novembre. Ambiance cinéma plein-air en plein dans l’atelier du futur !
Programme
• Ouverture des portes : 19h • Projection : 21h • Échanges après le film autour des thèmes abordés (vivant, régénération, transition écologique, autonomie)
Format
Projection en intérieur. Préparation de popcorn au feu de bois. Les participant·es peuvent apporter de quoi grignoter ou boire pour partager un moment simple et collectif.
Informations pratiques
• Lieu : Atelier Low-tech de Tulle • Date : 6 novembre • Conseillé : vêtements chauds, éventuellement coussin ou plaid selon météo et configuration
Avec son nouveau manuel pour stopper juridiquement les projets polluants, l’association Terres de luttes propose un outil rare et précieux : un guide pratique, accessible, pour celles et ceux qui refusent de voir leurs territoires bétonnés ou pillés au nom d’intérêts privés.
Fondée en 2021, Terres de luttes s’est imposée comme un acteur central dans la résistance face aux fermes-usines, autoroutes, méga-bassines, aéroports ou zones commerciales géantes qui défigurent les paysages et détruisent les écosystèmes.
En quatre ans, le collectif a vu la carte des luttes locales passer de 60 à plus de 600 points actifs sur le territoire français. Ces mobilisations ont réussi à faire des thèmes comme les méga-bassines ou les projets autoroutiers de véritables sujets de débat national — et, surtout, à empêcher la réalisation de plus de 200 projets jugés inutiles ou destructeurs.
L’équipe de Terres de luttes l’affirme : le droit a été l’un des leviers les plus efficaces pour remporter ces victoires. Ce manuel entend justement mettre cet outil entre les mains de toutes et tous, pour qu’il ne reste plus réservé aux spécialistes ou aux juristes aguerris.
Mais l’association ne cache rien des difficultés : le droit de l’environnement est un instrument tranchant, complexe, parfois déroutant. Il change vite — et souvent dans le mauvais sens. Ces dernières années, les réformes ont raboté les protections, multiplié les exceptions et raccourci les délais de recours. Les porteurs de projets ont appris à contourner la loi tout en restant « dans » la légalité : consultations minimales, compensations fictives, régularisations après coup… Tout est fait pour affaiblir la voix des habitant·es et la portée du droit environnemental.
Face à ce constat, ce livre propose un manuel clair, structuré comme une boîte à outils. Pas de jargon inutile ni de jurisprudence indigeste : chaque chapitre renvoie à des situations concrètes. On peut s’y plonger directement selon le problème rencontré – comme on ouvrirait une trousse de secours. Les lectrices et lecteurs y trouveront les gestes juridiques essentiels pour réagir vite et bien face à un chantier douteux ou une enquête publique biaisée.
Terres de luttes revendique une pédagogie lucide et bienveillante : personne n’a besoin d’être juriste pour comprendre les bases du droit administratif ou de l’urbanisme. Le livre explique les notions pas à pas, renvoie à des ressources en ligne régulièrement mises à jour, et invite à croiser cet outil juridique avec d’autres formes de mobilisation : médiatiques, politiques ou physiques.
À travers ce manuel, l’association offre un véritable mode d’emploi de la résistance locale, un guide d’autodéfense juridique pour celles et ceux qui veulent protéger leurs terres, leurs rivières et leur climat.
En filigrane, c’est aussi un appel à la solidarité : la force des luttes réside dans leur mise en réseau, dans la capacité à mutualiser les expériences et à transmettre les savoirs (voir la liste des autres ressources efficaces en fin d’article)
Ce livre, rédigé à l’automne 2024, témoigne d’une urgence et d’un espoir : tant que le droit fonctionne encore, il reste possible d’agir.
Autres aides et ressources juridiques efficaces
Si des collectifs ont besoin d’appui sur le montage de leur recours, consultez la clinique juridique :
L’équipe du festival de cinéma “Changer la fin” nous présente le programme de cette seconde édition en l’accompagnant du texte suivant :
“Cette année jusqu’où allons-nous pour affûter nos désirs, tenaces face aux écrous, et nous laisser enseigner ? À Gaza et en Cisjordanie, sous une cabane en bois devant le Centre Administratif de Paris, à bord du bateau de SOS Méditerranée, en haute montagne entre loup et agneaux, en plein champ aux corbeaux, aux portes du futur, au pays de la famille, de l’enfance, de la vieillesse, dans le quartier du Pont-Rompu à Tourcoing, dans une cité ouvrière de Grande-Synthe, au coeur du scandale sanitaire du chlordécone en Martinique, dans la méditation sur la colonialité de l’image… Sans oublier :
l’expo “l’art de résister”, un bazar collectif ;
le DJ set “gants de boxe et graines de Sumud”,
la table ronde “décolonisons nos regards”,
le ciné-concert à la (re)découverte de Maya Deren…
En résumé, venez ! Retrouvons-nous ensemble. Programmation détaillée ci-dessous”…
Le festival de cinéma “Changer la fin” ce sont des projections À PRIX LIBRE … au profit du fonds Masharawi (cinéastes de Gaza), de Corrèze Solidarité (collectif de soutien aux personnes exilées) et pour couvrir les frais logistiques
Buvette et restauration sur place (locale et végétarienne)
Séances du vendredi 3 octobre
14h00 : DEVANT – Contrechamp de la rétention, d’Annick Redolfi – 1h18 suivie d’un échange avec la réalisatrice animé par les élèves de terminale MELEC &AGOrA du lycée professionnel René Cassin de Tulle en partenariat avec l’OCCE19 (Office Central de la Coopération à l’École de la Corrèze) et Peuple et Culture Corrèze Pauline, Norah, Kristina attendent pendant des heures, assises sous une cabane en bois perdue au fond du bois de Vincennes. Devant le Centre de rétention administrative (CRA) de Paris, toutes sont venues voir leur proche enfermé. Des vies suspendues à l’attente de leur expulsion ou de leur libération. Sur cette scène, ces femmes se racontent, échangent entre elles, partagent avec les nouveaux visiteurs leur expérience, leur révolte, leurs rêves. Elles sont le miroir de la rétention, son contrechamp. Leurs mots dessinent le paysage d’une zone de non-droit en France, où la violence, l’arbitraire et l’injustice règnent en maîtres.
16h00 : goûter partagé
18h00 : Save Our Souls, de Jean-Baptiste Bonnet – 1h31
suivie d’un échange avec avec Corrèze Solidarité (séance au profit du collectif) Après un sauvetage à hauts risques au large de la Libye, naufragés et sauveteurs vivent ensemble sur le bateau de l’ONG SOS Méditerranée, dans l’attente d’un port d’accueil. Ce temps à bord est le premier refuge des rescapés. Avec les sauveteurs, se tisse une relation faite d’écoute, de soin et de présence.
21h00 : Un pasteur, de Louis Hanquet – 1h10 – suivie d’un échange
Félix, jeune berger mélancolique et secret, mène une vie atemporelle, dans un monde minéral et inaccessible où rôde une menace invisible : le loup. La solitude nimbe ses journées dans la montagne faites de soins aux agneaux, de clôtures à poser et de poésie.
Séances du samedi 4 octobre
10h00 : Nuisibles, de Paolo Jacob – 37 min
suivie d’un échange avec le réalisateur Pour les corbeaux, les champs de maïs sont comme d’immenses mangeoires à ciel ouvert. Les futures récoltes s’envoleraient en quelques heures si Fanny ne faisait pas acte de présence du lever au coucher du soleil, tel un épouvantail vivant.
11h15 : Les Portes du Futur, docufiction de Lisa Di Giovanni, 2022, 38 min, vf
suivie d’un échange avec la réalisatrice – Aux abords du Futuroscope se trouve la zone commerciale la plus étendue de Poitiers : Les Portes du futur. Derrière les routes et les bâtiments en tôle blanche se cachent des chemins, des terrains laissés en friche et de petites habitations. Les Portes du Futur ouvre une brèche vers des vies effacées par la périphérie de la ville où le quotidien combine adversité sociale et liberté.
12h00 : Parfum foncé film de Lisa Di Giovanni, 2024, 27 min, vf
Mandoo est vagabonde et explosive. Elle se fond difficilement dans la société, ce qui lui offre une grande liberté mais lui pose aussi des obstacles. Elle parcourt les villages et campagnes de Charente-Maritime pour découvrir comment nos déchets sont traités.
14h00 : Qu’est-ce qu’on va penser de nous ?, un documentaire de Lucile Coda, 2023, 1h09, vf
“Il a été ouvrier, cantonnier, balayeur. Elle a toujours été secrétaire. Mes parents s’inquiètent. Pourquoi n’ai-je pas de travail après de longues études si chères ? En mêlant le récit autobiographique à des instants de vie familiale, je tente de retranscrire le chemin parcouru entre rêves d’ascension sociale et désillusion”.
16h00 : Pont rompu (souvenirs d’une rénovation urbaine), de Leïla Habchi et Benoît Prin – 1h03 –
suivie d’un échange avec la réalisatrice Dans le quartier du Pont Rompu à Tourcoing, un projet de rénovation urbaine bouleverse la vie des familles arrivées ici depuis parfois plus de cinquante ans. Pendant 10 ans, au rythme des travaux de démolition, du départ forcé de certains et de la transformation du paysage urbain, le film tente de tisser avec ses habitants un lien entre le passé et l’avenir d’un quartier populaire.
18h00 : Women From Ground Zero, de Rashid Masharawi – 40 min – vostf
suivie d’un échange avec l’AFPS Corrèze – Collection de sept courts-métrages réalisés par des femmes, issues du projet From Ground Zero initié par Rashid Masharawi, (réalisateur palestinien originaire de Gaza) pour donner la parole à celles et ceux qui y vivent. À travers leurs courts métrages, ces réalisatrices offrent un regard intime sur le quotidien de leurs vies à Gaza pendant le génocide.
20h00 : No other land, documentaire palestino-norvégien de Basel Adra, Hamdam Ballal, Yuval Abraham et Rachel Szor, 2024, 1h35, vostf
suivie d’un échange avec André Rosevègue (membre de l’Association France Palestine Solidarité et de l’Union Juive Française pour la Paix) Depuis plus de 5 ans, Basel Adra, activiste palestinien, filme l’expulsion de sa communauté par l’occupation israélienne qui détruit progressivement les villages de Cisjordanie et en chasse ses habitants. Il rencontre Yuval, journaliste israélien, qui le soutient dans ses démarches. Une amitié inattendue voit le jour. Ce film réalisé par un collectif palestino-israélien se pose comme un acte de résistance et de justice
22h30 : DJ Sneksnarc, “gants de boxe et graines de Sumud” – 1h
Séances du dimanche 5 octobre
10h00 : Le Festival des enfants
Sélection de 10 courts-métrages aux formes et aux sujets variés pour faire rire et réfléchir les enfants (suivi d’un atelier jeune public salle Latreille bas).
11h00 : L’art de vieillir de Jean-Luc Raynaud – 1h16
suivie d’un échange déchaîné avec Frédérique Perrin L’Art de vieillir se propose de balayer les idées reçues qui nous bouchent l’horizon. Ils existent, ces vieux sans vieillesse, ces vieux fous, ces vieilles folles, ces vieux amoureux, comme des funambules sur le fil du temps. La vieillesse est humaine. Peut-être n’y a t- il rien de plus humain. Il y a tout un art à trouver pour cette humanité-là. Elle est la nôtre. Elle le sera, tôt ou tard. Ce film conjure l’image d’Épinal qui fait de la vieillesse un naufrage.
Basé sur l’analyse de Malcolm Ferdinand dans le livre “Une écologie décoloniale – Penser l’écologie depuis le monde caribéen”, le documentaire va à la rencontre des acteurs sociaux, écologiques, culturels et agricoles de Martinique pour interroger le patrimoine écologique de l’île au regard de la crise du chlordécone. Les trois réalisateur.ices livrent un film édifiant qui, en filigrane, tente de répondre à la question : “Pourquoi les luttes écologistes sont indissociables des luttes antiracistes ?”.
15h30 : Exil à domicile, de Leïla Habchi et Benoît Prin – 52 min
Alors jeunes mères de famille algériennes, Baktha, Houriaet Messaouda émigrent en France au début des années 60. Trente années ont passé, la majeure partie de leur vie s’est déroulée à Grande-Synthe, une cité ouvrière du Nord de la France. Leurs témoignages font resurgir l’Histoire et dépasse les discours simplistes sur l’intégration ou l’Islam en les replaçant dans une réalité complexe et multiforme.16h30 : Qu’il regarde, court métrage de Michaëla Danjé, 2025, 22 min, vf
16h30 : Qu’il regarde, de Michaëla Danjé – 22 min
Qu’il regarde est une méditation sur la colonialité de l’image et de la position de filmeur,à partir d’archives de films amateurs, entre le nord de la France et les caraïbes dites françaises.
17h00 : Table Ronde “ Décolonisons nos regards ” (à la lumière des trois films de l’après-midi)
L’idéologie coloniale n’a jamais pris fin. À voir comment ses logiques se déploient aujourd’hui en France aussi bien à travers les politiques migratoires, les représentations médiatiques et culturelles, les instruments de contrôle étatique (police, justice), les activités économiques de type extractiviste. À voir aussi quelles relations la France entretient avec l’Algérie, les Antilles, Mayotte, la Nouvelle-Calédonie Kanaky, Haïti…
À voir encore son niveau de complicité de génocide à Gaza et de répression des voix qui le condamnent. À voir, mais que nous donne-ton à voir justement ? À part le fait colonial tel qu’il est pensé et raconté dans notre grand récit national, en perpétuel adaptation. Comment porter un regard sans complaisance sur notre histoire si ce n’est en acceptant de se décentrer et de se laisser enseigner grâce au miroir tendu par ceux et celles qui subissent le colonialisme et le racisme ?
Une table ronde animée par Ménal Kerkoub et Caroline Cranskens, en présence de :
Leïla Habchi : alterne les casquettes d’auteure-réalisatrice/cadreuse/productrice/éducation à l’image. Avec Benoît Prin, elle co-fonde le collectif Vidéorème en 1991 à Roubaix. S’inspirant de la méthodologie et de l’éthique des Ateliers Varan, il-elle mettront en place des ateliers de réalisation documentaire dans les quartiers populaires de la métropole lilloise et poursuivront ce travail de transmission au sein de l’association Étouchane.
Michaëla Danjé : née dans le Nord de la France, et d’origine guadeloupéenne. Cofondatrice et membre du collectif noir militant Cases Rebelles. Chercheuse indépendante, écrivaine, essayiste et artiste multidisciplinaire, elle travaille sur les questions queer noires et sur les enjeux d’image,de visualité et de contre-visualité. Elle a écrit au sein du collectif Cases Rebelles 100 portraits contre l’état policier, Le Feu qui craque,contribué au livre AfroTrans et co-réalisé le documentaire Dire à Lamine.
André Rosevègue est retraité de l’enseignement public, membre de la coordination nationale de l’Union Juive française pour la paix et de Palestine 33, groupe AFPS de Gironde. Il participe au groupe inter-assos AFPS-AURDIP-UJFP sur les manuels scolaires. Il a coordonné le “Guide du Bordeaux colonial” et contribué à plusieurs livres, dont Parcours de Juifs antisionistes en France
20h00 : Ciné-Concert “ à la (re)découverte de Maya Deren, femme libre, artiste radicale – 40 min
(collectif corrézien KinetoniK) – Maya Deren dans Ritual in transfigured time
Maya Deren naît au printemps1917 à Kiev, ville faisant alors partie de l’Empire russe, dans une famille juive, avant d’émigrer aux États-Unis en 1922 où elle deviendra une personnalité majeure du cinéma expérimental des années 1940. Ses nombreux courts-métrages,marqués par le surréalisme, la danse, l’ethnologie et la psychanalyse, ont influencé des générations de cinéastes, notamment David Lynch, et des générations de musiciens, dont le collectif corrézien KinetoniK, tombé sous le charme de ses images hallucinantes. Plongez dans son univers avec Meshes of the afternoon (1943, 14 min) et At land (1944, 15 min) ou comment finir le festival en transe visuelle et sonore !
FESTIVAL DE FILMS ‘Changer la Fin” – 3, 4 et 5 octobre 2025 – Salle Latreille – Impasse Latreille, Tulle