Et le plus amusant, c’est que nous en avons encore découvert un nouveau pas plus tard qu’hier 😄
Comme quoi, même lorsqu’on croit avoir fait le tour du paysage médiatique local… il reste toujours quelques pépites bien cachées.
🔎 Petites questions pour les curieux :
Combien de ces médias sont membres du Syndicat de la Presse Pas Pareille ?
Combien sont référencés ou membres du portail national Basta! ?
Et surtout… combien en connaissiez-vous déjà ?
🏆 Petit concours totalement officieux : qui connaissait tous les médias présents sur cette page ?
Si quelqu’un peut honnêtement répondre « moi ! », qu’iel nous contacte : iel gagnera au minimum nos félicitations les plus sincères, et probablement quelques minutes de discussion passionnée sur l’information locale 😄
📣 Et bien sûr, cette page a vocation à évoluer.
Si vous connaissez un journal, une radio, une web-TV, un média associatif, indépendant ou citoyen qui devrait y figurer et que nous aurions oublié…
👉 dénoncez-le-nous immédiatement ! 😁
Plus sérieusement : envoyez-nous son nom et son lien. L’objectif est justement de mieux faire connaître toute cette richesse médiatique locale, souvent bien plus vaste qu’on ne l’imagine.
🌱 Parce qu’une information locale diverse, indépendante et accessible est aussi une richesse du territoire.
Que reste-t-il quand tout semble s’effondrer ? Pour Hervé Coves, une chose essentielle demeure : la vie elle-même. À Sainte-Fortunade, lors du week-end « Ça crée le Vivant, Sacrée la Vie », l’agronome et franciscain a livré une conférence profondément personnelle, mêlant écologie, agriculture, spiritualité, effondrement, maladie, joie et interdépendance.
Samedi 5 septembre 2026, la salle polyvalente de Sainte-Fortunade accueillait l’une des rencontres du week-end « Ça crée le Vivant, Sacrée la Vie », porté notamment par Les Amis du Jardin Saint-Martial, Sel de Terre, Le Petit Levain, la Schola Cantorum, la Compagnie 36 du Mois, le Secours populaire, l’OCCE, Hervé Coves, Éric Bidot et de nombreux autres participants.
Et Hervé Coves commence presque là où on ne l’attend pas.
Alors que notre époque accumule les incendies, les catastrophes écologiques, les conflits et les motifs de découragement, il affirme :
« La vie est belle. »
Non pas comme une formule naïve destinée à nier les catastrophes, mais comme le résultat d’une observation : après l’incendie, quelque chose repousse. Des graines germent. Des fleurs apparaissent. Le vivant recommence.
( seconde partie avec Marceau Bourdarias et les échanges avec le public, en bas de cet article )
De l’agronomie au doute
Hervé Coves revient longuement sur son propre parcours.
Ingénieur agronome, il raconte avoir cru à une agriculture capable de produire toujours davantage, notamment pour rendre l’alimentation accessible. Puis certains choix techniques et la crise de la « vache folle » viennent profondément ébranler ses certitudes.
Il décrit le sentiment de participer à un système agricole qui avait fini par traiter le vivant comme une mécanique : uniformiser, contrôler, supprimer ce qui dépasse, combattre les « mauvaises herbes », rechercher toujours davantage de rendement.
Cette rupture ouvre chez lui une période de doute, puis de recherche : produire autrement, avec moins de pesticides et d’engrais chimiques, comprendre davantage les équilibres écologiques. Mais même la recherche scientifique finit par lui sembler insuffisante lorsque les connaissances accumulées ne provoquent pas automatiquement les changements attendus.
« Arrête-toi, regarde comme la vie est belle »
Un voyage en Amazonie devient alors l’un des tournants de son récit.
Dans la forêt, Hervé Coves raconte avoir commencé à percevoir autrement les libellules, les singes, les oiseaux, puis les arbres.
Lui qui avait longtemps travaillé contre certains mécanismes de la nature pour protéger les cultures découvre progressivement une autre relation au vivant.
Et ce qu’il entend symboliquement autour de lui est à l’opposé du discours de catastrophe permanente :
« Arrête-toi, regarde comme la vie est belle. »
Cette expérience bouleverse sa manière de regarder le monde.
Saint François comme compagnon de route
Une grande partie de la conférence prend alors la forme d’un dialogue entre le parcours d’Hervé Coves et celui de François d’Assise.
Hervé Coves est lui-même engagé dans l’ordre franciscain séculier.
Dans la figure de François, il retrouve un jeune homme issu d’un milieu favorisé, attiré d’abord par la réussite, le prestige et la guerre, puis profondément transformé par l’échec, la pauvreté et la rencontre des autres.
Il raconte François renonçant progressivement aux signes de richesse, reconstruisant une petite chapelle avec ce qu’il trouve et, surtout, appelant les autres à venir l’aider.
Cette image devient une métaphore de l’action collective.
On ne reconstruit pas le monde parce qu’on possède seul la solution. On commence par reconnaître ce que l’on ne sait pas faire et par laisser une place aux autres.
Faire de notre faiblesse une force commune
C’est peut-être l’un des passages les plus puissants de la conférence.
Notre société valorise volontiers les meilleurs, les plus forts, les plus performants. Hervé Coves propose presque exactement l’inverse.
Le vivant, rappelle-t-il, fonctionne parce qu’une multitude d’êtres accomplissent chacun de minuscules tâches.
Aucun ne fait tout.
Reconnaître sa propre faiblesse revient donc à créer un espace dans lequel les autres peuvent entrer.
J’ai besoin de toi, de toi, de toi. J’ai besoin du soleil, de la lune, d’une fleur, d’une goutte de rosée. J’ai besoin de nous tous.
Pour lui, cette vulnérabilité assumée est précisément l’une des conditions de l’amour et de la coopération.
Militer sans perdre la joie
Cette réflexion conduit Hervé Coves à interroger aussi nos façons de défendre l’écologie.
Que devient l’engagement lorsqu’il est entièrement nourri par la peur, la colère et l’angoisse ?
On peut finir par s’épuiser, se fermer aux autres et ne plus voir que ce qui disparaît.
La communauté qui se construit autour de François lui inspire une autre possibilité : faire ensemble de petites choses, imparfaites, et retrouver dans cette action commune une forme de joie.
Agir non seulement contre ce qui détruit, mais pour ce que l’on aime.
Le propos rejoint alors directement nombre d’expériences associatives, écologiques et citoyennes que nous croisons en Corrèze : personne ne sauvera seul le vivant, un territoire ou une communauté. Mais les relations que nous créons peuvent déjà transformer profondément nos manières d’habiter le monde.
Être humain, c’est apprendre à aimer
Hervé Coves pousse encore plus loin son interrogation.
Que signifie « être humain » ?
Travailler, produire, gagner de l’argent, consommer et gérer un compte bancaire ?
Selon lui, tout cela ne devrait rester que des outils.
« Être humain, c’est d’abord apprendre à aimer. »
Cette capacité à rencontrer l’autre traverse aussi son récit de François d’Assise allant à la rencontre du sultan durant les croisades.
Celui qui était parti dans sa jeunesse avec le rêve de devenir chevalier découvre finalement, dans la rencontre de celui que son époque lui présentait comme un adversaire, un homme dont il peut admirer la foi et avec lequel un lien devient possible.
Faire de la place à l’altérité devient ici une autre forme de résistance aux murs et aux enfermements.
Quand la maladie remet le corps au centre
La conférence devient ensuite beaucoup plus intime.
Hervé Coves raconte la maladie, la paralysie, la dépendance et les années nécessaires pour retrouver ses capacités physiques.
Lorsque les gestes les plus simples deviennent impossibles, la présence des autres prend une dimension immense.
Des proches, parfois même des personnes peu connues, l’aident dans les gestes quotidiens et l’accompagnent lorsqu’il n’est plus lui-même capable de croire au message qu’il répétait aux autres.
La vie est belle.
Dans cette période de grande fragilité, il expérimente de manière très concrète ce que signifie dépendre des autres.
Puis il raconte les nuits passées dehors, directement sur la terre. Le lever du jour observé depuis le sol. La lumière qui descend progressivement des hauteurs. Le plaisir presque bouleversant de sentir encore le froid, la douleur, le soleil, la terre sous son corps. Et la gratitude pour ses pieds, ses mains, ses yeux, ses oreilles, sa bouche : pour tout ce qui permet simplement d’être au monde.
Le rossignol qui change le jardin
La conférence s’achève sur une histoire merveilleusement concrète.
Pendant des années, Hervé Coves plante dans son jardin une grande diversité de fleurs et d’arbres fruitiers.
Puis un jour, un rossignol arrive. L’oiseau s’installe au-dessus de lui et chante. Hervé lui répond. Le rossignol répond à son tour. La conversation se poursuit une bonne partie de la nuit. Mais derrière cette rencontre presque poétique apparaît aussi l’agronome.
Un oiseau migrateur transporte avec lui tout un univers invisible : micro-organismes, bactéries, champignons et matières biologiques circulent avec les animaux et participent à la dynamique des écosystèmes.
Le vivant ne fonctionne pas comme une addition d’espèces isolées.
Il circule. Il échange. Il se transforme.
Et Hervé Coves conclut que le rossignol a métamorphosé son jardin autant que son jardin l’a métamorphosé lui-même.
« Je vous aime, mais j’ai besoin de vous »
Au bout de cette conférence, il reste finalement moins une méthode qu’une manière de regarder.
Nous n’avons peut-être pas besoin d’attendre d’être assez puissants, assez nombreux ou assez compétents pour agir.
Nous pouvons commencer là où nous sommes.
Planter. Accueillir. Créer un lien. Demander de l’aide. Observer. Prendre soin. Faire une petite chose que quelqu’un d’autre complétera.
Et retrouver dans cette interdépendance quelque chose que nos sociétés individualistes nous font parfois oublier : nous avons besoin les uns des autres.
La conférence se termine ainsi :
« La vie est belle et on n’a pas besoin de beaucoup plus que ça pour reconstruire un monde meilleur, plein d’amour et de joie. Je vous aime, mais j’ai besoin de vous. »
🎥 Retrouvez ci-dessus la conférence intégrale d’Hervé Coves, enregistrée le samedi 5 septembre 2026 à Sainte-Fortunade.
Comment réaliser et installer un nichoir à chouette chez soi
L’association Autour du Sauvage vous donne tous leurs conseils
Il y a peu, nos amis les chouettes finissaient clouées à nos granges, elles étaient signe de mauvaise récolte pour les paysans et annonçaient la mort ( rien que ça). Un véritable comble lorsqu’on sait qu’elles les débarrassaient de tous les rongeurs à plusieurs kilomètres à la ronde ( qui eux étaient particulièrement destructeurs pour leurs cultures). Mais bref, ce temps est révolu (tant mieux !) Néanmoins les chouettes restent en mauvaise posture : elles n’ont plus assez de lieux de reproduction. Évidemment, lorsqu’on coupe les vieux arbres creux, qu’on ferme les granges et les clochers et qu’on utilise en masse du raticide, ça ne les aide pas.
Il existe une solution toute simple pour leur donner un coup de pouce : installer un nichoir à chouette ! Ça tombe bien, vous n’aurez pas à chercher sur internet les plans, on a testé pour vous et installé 3 nichoirs avec des caméras. L’un dans un arbre, un deuxième dans une grange et un dernier dans un clocher.
Figurez vous qu’ils ont été adoptés ! D’ailleurs pour les curieux, nous avons publié tout le suivi des nichées sur notre Youtube, Facebook et Instagram ( “Autour du Sauvage”) à retrouver via ce lien:https://linktr.ee/autourdusauvage
Alors on a décidé de partager toutes nos recherches et conseils avec vous ! Nos plans sont disponibles en PDF juste ici : https://tr.ee/QU2upT
Et on vous invite à aller regarder notre vidéo Youtube qui détaille TOUT ( promis ça vaut le coup d’aller la voir, elle est même pas si longue)
Les nichoirs sont adaptés aux hulottes et effraies, il faut les installer dans l’endroit choisi le plus vite possible en automne afin qu’elles les repèrent et les utilisent au printemps suivant.
Alors je m’adresse à vous qui lisez cet article, vous connaissez très certainement quelqu’un qui a soit un arbre, soit une grange ou encore un hangar. BINGO ! Alors peu importe à qui vous pensez : je compte sur vous pour lui envoyer les plans et la vidéo !! PARTAGEZ pour que la collaboration chouette/humain prenne de plus en plus d’ampleur. Merci et bonne journée !
Les Turennales 2026 : du 9 au 22 août 2026 à Turenne, Curemonte et Meyssac
Du 9 au 22 août 2026, le festival Les Turennales célèbre sa vingtième édition à Turenne, Curemonte et Meyssac. Porté par l’association Les Estéales et par une équipe entièrement bénévole, il réunit concerts, lectures, cinéma, exposition, ateliers et créations participatives dans plusieurs lieux patrimoniaux du Midi corrézien. Son ouverture solidaire vers Haïti et la quantité d’acteurs locaux associés à sa réalisation donnent tout son sens au premier partenariat noué cette année entre Les Estéales, Les Turennales et Citoyliens.
Une aventure culturelle née en Corrèze
L’histoire commence en 2007 dans l’église d’Estivals. Un groupe d’amis, chanteurs et musiciens passionnés, y organise un premier concert. Le succès de cette rencontre donne envie de poursuivre l’aventure et conduit, en 2008, à la création de l’association Les Estéales. Son projet reste volontairement simple dans son principe : faire vivre une proposition culturelle exigeante, accessible et conviviale, grâce à l’engagement de bénévoles et à la rencontre directe entre artistes et publics.
En près de vingt ans, le festival a accueilli près de cent artistes et présenté quarante-cinq spectacles. D’abord centré sur la chanson française, il s’est progressivement ouvert aux musiques classiques et anciennes, aux musiques du monde, au jazz, à la poésie, au théâtre, au cinéma et aux créations originales. Cette diversité n’est pas un empilement de disciplines : elle traduit une volonté constante de faire dialoguer les formes artistiques et les sensibilités.
Installé à Turenne depuis 2021, le festival adopte en 2026 le nom Les Turennales. Ce changement affirme plus clairement son ancrage territorial. Il est rendu possible par le soutien de la mairie de Turenne, qui accompagne le développement de la manifestation. Pour son vingtième anniversaire, le festival franchit une nouvelle étape : sa programmation s’étend sur deux semaines et se déploie également à Curemonte et Meyssac.
Une association entièrement portée par des bénévoles
Les Estéales reposent sur une gouvernance bénévole. Plus de quarante personnes participent à l’organisation de l’édition 2026 : préparation des lieux, accueil du public, communication, billetterie, logistique, hébergement, accompagnement des artistes et coordination des partenariats. Cette mobilisation permet au festival de conserver une identité chaleureuse et participative.
L’association poursuit plusieurs objectifs complémentaires : proposer une offre culturelle de qualité en milieu rural, favoriser les rencontres entre artistes et habitants, valoriser le patrimoine de Turenne et des communes partenaires, encourager la participation locale et contribuer au rayonnement culturel et touristique du territoire. Le festival se construit ainsi moins comme un événement isolé que comme une réalisation collective, enracinée dans les liens déjà présents sur le territoire.
Les habitants ne sont pas seulement spectateurs. Ils peuvent prendre part aux ateliers vocaux, rejoindre le chœur participatif de l’opéra-bouffe du 20 août, rencontrer les artistes ou s’impliquer dans l’organisation. Autour de la mairie de Turenne, dont le soutien accompagne le nouveau nom et le développement du festival, se mobilisent également les communes et lieux d’accueil, les associations de Curemonte, la Librairie Modestine, le Château de Turenne, les commerçants, le cinéma Uxello, Reflets d’ardoises et d’autres structures culturelles locales. Cette diversité d’engagements constitue l’une des forces des Turennales.
2026 : un premier partenariat avec Citoyliens
Pour cette vingtième édition, un partenariat se met en place pour la première année entre l’association Les Estéales, le festival Les Turennales et Citoyliens. Il repose d’abord sur des valeurs communes : la solidarité, illustrée par la place accordée à Haïti et au dialogue entre cultures, et le lien local, rendu concret par la mobilisation de nombreux bénévoles, associations, lieux culturels, commerçants et collectivités autour du festival. Cette coopération rejoint naturellement la vocation de Citoyliens : offrir aux associations et aux porteurs d’initiatives de Corrèze un canal d’affichage en commun, indépendant, sans publicité ni captation de données.
Citoyliens accompagnera la diffusion des informations du festival, de ses rendez-vous et de ses actualités. Les Turennales rejoignent ainsi un réseau local où les acteurs publient et partagent leurs informations. Le partenariat doit permettre de faire circuler plus largement la programmation, mais aussi de rendre visibles les coopérations humaines et territoriales qui la rendent possible.
Ce partenariat ne se limite donc pas à une opération de communication. Les Estéales apportent près de vingt ans d’expérience dans l’organisation artistique bénévole ; Citoyliens met à disposition son réseau, ses outils de publication et son travail de mise en relation. Leur socle commun est celui d’une culture qui relie : entre les habitants et les artistes, entre les communes et les associations, mais aussi entre le Midi corrézien, Haïti, l’Afrique et les Caraïbes. Ensemble, les partenaires souhaitent rendre l’information culturelle plus accessible et encourager de nouvelles solidarités locales.
Focus Haïti : Néhémie Bastien, artiste invitée
L’un des fils forts de cette édition est consacré à Haïti et à Néhémie Bastien. Ce choix donne au festival une dimension d’ouverture et de solidarité culturelle : faire entendre des œuvres, des voix et des réalités haïtiennes, puis créer des espaces de rencontre avec le public corrézien. Actrice, chanteuse et comédienne, Néhémie Bastien s’est fait connaître grâce à son rôle principal dans Freda, le film de Gessica Généus sélectionné au Festival de Cannes 2021 dans la section Un Certain Regard. Son parcours se développe à la croisée du cinéma, de la musique, du théâtre et de la littérature.
Le 9 août à Curemonte, elle présentera son expérience d’actrice avant la projection en plein air de Freda dans le parc du château. Le 10 août à la Librairie Modestine de Meyssac, elle proposera des lectures autour de René Depestre, à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain haïtien. Enfin, le 15 août, elle participera à Traversées, une création musicale originale avec la chanteuse gabonaise Pamela Badjogo. Ces trois rendez-vous composent un véritable parcours, du cinéma à la littérature puis à la création musicale, et font du dialogue entre Haïti, l’Afrique, les Caraïbes et la Corrèze l’un des gestes forts de cette édition.
Liens et coordonnées des Turennales / les Estéales
Consultez le site web de l’association “Les Estéales“
Le Syndicat de la Montagne Limousine, vous connaissez ? Voici leur texte de présentation :
En 2019 nous disions : nous ne voulons plus être les éternels spectateurs et spectatrice d’un monde qui n’en finit pas de s’effondrer. La montagne limousine, où nous vivons, est l’échelle adéquate pour nous saisir d’un certain nombre de problèmes existentiels qui, sans cela, font naître en nous un grand sentiment d’impuissance.
Ensemble nous avons donc créé un cadre qui nous permette d’agir localement : le syndicat de la Montagne limousine. S’y sont retrouvés celles et ceux qui s’organisent pour l’accueil des exilés, l’entrée d’administrative et juridique, le soutien psy, le lutte contre les coupes-rases et la défense d’une gestion durable des forêts, ou encore l’accès au logement. Notre boussole : 6 perspectives clairement établies lisibles sur notre site internet et dans chaque numéro du journal.
Nous pouvons célébrer les actions entreprises par les groupes du syndicat et par bien des associations et collectifs, la montagne limousine est une région vivante et attractive, forte de ces liens profonds qui font sa solidarité, sa créativité et sa résistance. Mais face à la dégradation continue des conditions de vie sur Terre, à la montée du fascisme, à la radicalisation régionale de la situation, nous devons renforcer notre pouvoir d’agir. Il nous faut nous transformer, dépasser une forme floue, parfois insaisissable, pour constituer aujourd’hui une solide force populaire.
C’est pourquoi nous lançons une campagne d’adhésion au syndicat de la Montagne limousine, pour permettre à chacun chacune, par un geste simple, de prendre part à cette force et pour nous donner à tous et toutes une vraie puissance collective.
Les 6 perspectives du Syndicat de la Montagne Limousine
ADHÉRER AU SYNDICAT !
Nous lançons une vaste campagne d’adhésion pour faire du Syndicat le projet du plus grand nombre : particuliers, collectifs, associations, qui se reconnaissent dans sa volonté de défendre un territoire et une façon de l’habiter, d’avoir plus de maîtrise sur nos vies et le devenir de la Montagne limousine, de rendre concrète et réelle une vie respectueuse du vivant, non destructrice et non guerrière, qui prend soin du territoire et de ses habitant.es, sans s’isoler du reste du monde mais en construisant avec nos alter égos proches ou lointains, en France et dans le monde, quelque chose qui ressemble aux rêves que nous ne voulons pas nous contenter de faire autour d’un verre en fin de soirée… Banco !
J’adhère pour légitimer le Syndicat comme pouvoir populaire, appartenir à une force de résistance et d’alternatives, être capable de s’organiser face aux diverses menaces, avoir un espace ou s’impliquer et s’exprimer, soutenir le Syndicat même si on ne peut pas y participer, pour se donner un élan commun dont nous avons grand besoin dans cette époque chaotique !
Que reste-t-il après une coupe rase, lorsque les engins sont repartis ?
Dans cette vidéo, plusieurs témoignages de riverains donnent à entendre ce que provoque la disparition brutale d’une parcelle boisée, au plus près des maisons, des granges, des chemins et des lieux de vie.
Il ne s’agit pas seulement d’arbres abattus. Pour les personnes qui parlent ici, ces bois faisaient partie d’un paysage intime. Certains les connaissaient depuis l’enfance. On y avait joué, construit des cabanes, ramassé des champignons, observé les saisons, les animaux, l’humidité des ruisseaux, la fraîcheur des feuillus.
La coupe rase est décrite comme un choc visuel, mais aussi comme une atteinte à un cadre de vie. Plusieurs témoignages évoquent une absence d’information préalable, un sentiment d’impuissance, parfois des dégâts très concrets : limites de propriété non respectées, canalisations touchées, câbles arrachés, sols ravagés par les engins, profondes ornières dans une terre gorgée d’eau.
Les mots qui reviennent sont forts : saccage, dévastation, tristesse, rage, incompréhension.
À travers ces récits, la vidéo pose une question simple : comment des décisions aussi lourdes pour un territoire peuvent-elles être prises sans que les habitants les plus directement concernés soient réellement informés, associés ou même simplement considérés ?
En Corrèze, la forêt n’est pas seulement une ressource économique. Elle est aussi un milieu vivant, un paysage habité, une mémoire familiale, un refuge pour la biodiversité, un élément essentiel de l’identité rurale.
Cette vidéo ne prétend pas épuiser le sujet forestier. Elle donne simplement une place à des voix rarement entendues : celles de riverains confrontés, du jour au lendemain, à la disparition d’un environnement qu’ils pensaient durable.
Les témoignages ont été lus par des donneurs de voix bénévoles afin de préserver l’anonymat des personnes concernées.
Soirée projection-débat à Chenailler-Mascheix : après un film d’alerte sur les coupes rases, l’ancien secrétaire général de l’ONF Jacques Descargues a décrit le basculement de nos forêts vers la « biomasse-carburant ». Compte rendu.
On les voit s’ouvrir dans le paysage depuis quelques années, sur les hauteurs du haut Limousin puis, désormais, jusqu’autour de Chenailler-Mascheix : les coupes rases. Cette pratique, qui consiste à abattre la totalité des arbres d’une parcelle d’un seul coup, était au cœur de la soirée organisée localement, autour d’un film réalisé par le réseau de la forêt limousine et l’association Carduelis, avec le soutien de l’association Canopée. Devant une salle bien remplie, l’invité avait de quoi parler en connaissance de cause : Jacques Descargues (ancien maire de Beaulieu sur Dordogne) a dirigé l’Office national des forêts comme secrétaire général pendant près de vingt ans, avant de rejoindre les rangs des collectifs qui défendent aujourd’hui les forêts au pays basque en particulier.
Son constat tient en une phrase : la forêt change de statut. Longtemps exploitée pour le bois de construction, le papier ou le chauffage domestique, elle est désormais regardée comme un gisement de carbone à extraire pour remplacer le pétrole et le gaz. « Dans les arbres, il y a du carbone, donc il suffit de l’extraire », résume-t-il pour décrire la logique à l’œuvre — qu’il juge à la fois simpliste et lourde de conséquences.
Des chiffres qui interpellent
En France, rappelle Jacques Descargues, les coupes rases représentent 50 à 60 000 hectares par an, soit déjà environ un dixième de l’exploitation réelle des bois. Or chaque hectare rasé libère environ 80 tonnes de carbone ; et lorsqu’on dessouche et travaille le sol pour replanter, on en relâche le double, le carbone étant davantage stocké dans le sol que dans les arbres eux-mêmes. À cela s’ajoutent la destruction brutale de la biodiversité — y compris, déplore-t-il, en pleine période de nidification — l’érosion des sols sur les pentes et la dégradation des paysages.
Le tableau est d’autant plus préoccupant que la forêt est elle-même fragilisée. L’intervenant cite l’effondrement récent du « puits de carbone » forestier français et une mortalité des arbres en forte hausse : les forêts, pourtant parmi les écosystèmes les plus résilients de la planète, ne parviennent pas à s’adapter à la vitesse du réchauffement climatique. Certaines régions sont déjà passées en bilan carbone négatif — leurs forêts émettent davantage de CO₂ qu’elles n’en captent — alors même que la politique nationale compte sur elles pour atteindre la neutralité carbone.
Du chauffage… au kérosène
Pourquoi ces coupes, alors ? D’abord, observe Descargues, parce qu’il n’y a presque plus de bûcherons : faute de main-d’œuvre, on exploite à la machine, et ces engins « ne font pas dans la dentelle ». Ensuite parce que la demande explose. Au chauffage par granulés industriels s’ajoutent désormais des usages inédits : carburant pour l’aviation, éthanol pour la route, charbon de bois industriel pour la sidérurgie ou les revêtements routiers.
Le territoire est directement concerné. À Guéret, en Creuse, le projet d’usine de granulés Biosyl prévoit de produire 85 000 tonnes de pellets — au prix, redoutent ses opposants, d’un prélèvement massif de feuillus. Plus au sud, dans les Pyrénées-Atlantiques où l’ancien forestier s’est aussi engagé, plusieurs projets industriels s’additionnent : E-CHO et son usine BioTjet à Lacq (bio-kérosène, 2 milliards d’euros), le projet Nacre (éthanol produit à l’aide de champignons et de levures génétiquement modifiés) et un projet de biochar à Garlin. Au total, plusieurs centaines de milliers de tonnes de bois par an seraient nécessaires.
Une politique nationale assumée
Ce n’est pas un hasard de calendrier, souligne Jacques Descargues : la Programmation pluriannuelle de l’énergie et la Stratégie nationale bas-carbone font explicitement de la biomasse forestière un pilier de la substitution aux énergies fossiles. Juridiquement, la forêt y est traitée comme une énergie renouvelable — alors que, rappelle-t-il, replacer dans le sol le carbone d’un arbre coupé demande plusieurs décennies. Brûler du bois aujourd’hui pour « décarboner » à l’horizon 2050 relève donc, à ses yeux, d’une contradiction de fond.
D’où son appel, en conclusion : face à un rapport de force très déséquilibré au niveau local, la mobilisation doit aussi se construire à l’échelle nationale. Les collectifs préparent une grande manifestation à Paris à l’automne, dans l’espoir de faire émerger ces enjeux dans le débat public.
Une chose est sûre, prévient-il : « les coupes rases ne font que commencer. » Raison de plus, pour les habitants de notre territoire qui les voient s’ouvrir sous leurs fenêtres, de s’informer et de prendre part au débat.
À Échassières, dans l’Allier, à deux cents kilomètres de la Corrèze, Imerys poursuit le projet EMILI : la plus grande mine de lithium d’Europe, inaugurée par le président de la République le 22 avril 2026 (source). Cent quatre-vingt-quinze hectares, une concession de cinquante ans, 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an pour alimenter 700 000 batteries de véhicules électriques. Coût réévalué : 1,8 milliard d’euros. Le cours du lithium est en dessous de 10 euros le kilo, mais l’État a investi 50 millions via la Banque des Territoires (source). Les associations environnementales locales contestent l’impact sur les nappes phréatiques.
Le data center.
À Châteauroux, dans l’Indre, Google, via sa filiale Tricolore Computing, a réservé 195 hectares de terrains — presque la superficie de Monaco — pour y implanter son premier data center en propre sur le sol français. Puissance prévue : plus de 500 mégawatts (source). Le groupe Écologie et Solidarité du conseil régional Centre-Val de Loire a qualifié le projet d’« irresponsable ». La France Insoumise locale a lancé une pétition (source). Gil Avérous, maire de Châteauroux, a parlé de « bonne nouvelle ».
La facturation.
Au 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises assujetties à la TVA — plus de dix millions d’acteurs économiques — devront être en mesure de recevoir leurs factures au format électronique structuré. L’État avait promis un portail public gratuit (PPF). Il y a renoncé en octobre 2024. Le marché a été transféré à des plateformes agréées privées, adossées au réseau européen Open Peppol, association internationale à but non lucratif basée à Bruxelles. La DGFiP est devenue Autorité Peppol France en juillet 2025. L’ensemble constitue la plus vaste opération de remontée systématique de données économiques jamais imposée aux entreprises françaises : non plus un contrôle fiscal ponctuel, mais une transmission permanente du détail de chaque transaction. Une pétition (n°5174) déposée à l’Assemblée nationale en février 2026 a recueilli plusieurs milliers de signatures (source). .
Les cartes grises.
En mars 2026, la Cour des comptes a publié un rapport qualifiant d’« accident industriel » la privatisation des démarches d’immatriculation. Depuis 2017 et le plan « Préfecture nouvelle génération », les guichets ont fermé et 30 000 opérateurs privés enregistrent les demandes. Résultat : 550 millions d’euros de fraudes sur la seule période 2022-2024, un million de véhicules fantômes en circulation, et — selon les mots de la Cour — « tout le spectre de la criminalité, de la petite délinquance au crime organisé », infiltré dans le système d’information de l’État (source). La Cour appelle à une « reprise en main urgente ».
Les caméras.
En Corrèze même, le Conseil départemental a ouvert à Naves un centre de supervision où convergent, sur huit écrans scrutés en continu par trois opérateurs, les images captées par les caméras de vidéoprotection de soixante-dix communes (source). Plus de trois cents caméras supplémentaires ont été déployées en 2025, devant chaque collège et sur les points jugés sensibles (source). Le président du Département, Pascal Coste, assure que « les communes sont demandeuses ».
Nous avons tendance à croire que le corps aime la routine. En réalité, il s’y adapte… parfois à ses dépens.
Chaque jour, nous répétons les mêmes gestes : s’asseoir, marcher, porter, se pencher, conduire, travailler. Ces mouvements sont efficaces, mais pauvres en variété.
Et le corps, comme un sentier trop emprunté, finit par se creuser toujours au même endroit.
Le corps n’est pas fragile, il est adaptable
Lorsque des douleurs reviennent toujours au même endroit, ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas non plus un signe de faiblesse.
C’est souvent le résultat d’un schéma répété : même posture, même geste, même trajectoire.
Les tissus (muscles, fascias, articulations) s’organisent autour de ce qu’on leur demande le plus souvent. Le système nerveux aussi.
À force, le corps fait ce qu’il sait faire le mieux, pas forcément ce qui est le plus juste pour lui.
Le mouvement inhabituel : une respiration pour le corps
Le mouvement inhabituel, ce n’est pas faire du sport en plus. Ce n’est pas une performance.
C’est introduire de la variété là où il n’y en a plus.
Un geste gratuit. Un mouvement “inutile”. Une manière différente de faire ce que l’on fait déjà.
Changer de façon de se lever. S’accroupir plutôt que se pencher. Marcher autrement. Bouger lentement. Explorer.
Même 10 secondes suffisent.
Comme si l’on disait au corps :
« Tu as le droit d’emprunter un autre chemin. »
Une écologie du corps
Dans une époque où l’on cherche à réparer, corriger, traiter, le mouvement inhabituel propose autre chose : 👉 prendre soin avant que ça casse.
C’est une forme d’écologie corporelle. Moins d’intervention. Plus d’autonomie. Plus d’écoute.
On ne lutte pas contre le corps. On l’invite à s’auto-réguler.
En tant qu’ostéopathe, je vois chaque jour à quel point le corps est intelligent. Mais aussi à quel point il peut se figer quand on ne lui offre plus de choix.
Une invitation simple
Il n’y a rien à réussir. Rien à bien faire.
Juste expérimenter.
👉 Aujourd’hui, fais un mouvement que tu ne fais jamais. 👉 Fais-le lentement. 👉 Avec curiosité. 👉 Même brièvement.
Le corps adore quand on le sort de ses habitudes. Et parfois, c’est exactement ce qu’il attendait.
Tout est parti d’un épisode devenu banal : un compte sur un réseau social se retrouve soudain bloqué tant que son titulaire n’a pas “prouvé son âge”. Présentée comme une procédure de routine et de protection des mineurs, cette demande ouvre en réalité une question beaucoup plus large : sommes-nous en train de transformer l’accès à internet en un accès sous contrôle d’identité ?
De “l’âge” à “l’identité” : l’angle mort du débat
La mécanique est simple : pour continuer à consulter, publier ou interagir, il faut désormais scanner un visage ou transmettre une pièce d’identité. Or, ce qui est appelé “vérification d’âge” ressemble, dans les faits, à une vérification d’identité.
Car vérifier l’âge ne nécessite pas, techniquement, de connaître un nom, une adresse, un visage biométrique. L’objectif initial est binaire : majeur ou mineur. Pourquoi exiger bien plus que cette information ? Pourquoi imposer des dispositifs qui lient l’existence numérique à l’identité civile, alors même qu’on a longtemps expliqué aux internautes de ne jamais exposer leur identité réelle en ligne ?
Une intrusion massive au nom d’un objectif limité
Le point le plus dérangeant n’est pas seulement le principe, mais l’ampleur : ces mesures finissent par concerner tout le monde, pas uniquement les jeunes. Et elles reposent sur des méthodes intrusives :
scan facial (biométrie)
pièce d’identité transmise à un prestataire tiers
Avec les outils modernes de reconnaissance faciale, lier un individu à son identité devient facile dès lors que le visage est “enregistré” comme preuve d’accès. On déplace donc la discussion : il ne s’agit plus d’empêcher un mineur de voir un contenu, mais d’habituer des populations entières à présenter leurs papiers (ou leur biométrie) pour des actes ordinaires : lire, regarder, commenter, partager.
Stockage, prestataires tiers et dérives d’usage
Autre point critique : ces vérifications passent souvent par des tiers. Les utilisateurs remettent des informations extrêmement personnelles à des entités qu’ils connaissent mal, avec une promesse de conservation “limitée”. Sauf qu’en pratique, qui garantit réellement la finalité ? Qui garantit que la durée n’évoluera pas ? Qui garantit que les données ne seront pas réutilisées, recoupées, revendues, ou exploitées à d’autres fins ?
Ce n’est pas de la science-fiction : dès lors qu’un identifiant biométrique ou un document officiel existe dans un circuit industriel, la tentation du “glissement” est structurelle : on collecte pour A (l’âge) et l’on réutilise pour B (profilage, scoring, recoupement avec des données financières, etc.). Le risque n’est pas un “grand complot”, c’est une pente technico-économique : ce qui est possible finit par être fait, parce que c’est rentable, pratique, ou politiquement utile.
Une société de surveillance douce : l’effet panoptique
Le cœur du problème est culturel : on construit une société où il faut demander la permission.
C’est le principe du panoptique : quand on se sait potentiellement observable, on ajuste son comportement. Une identité attachée à chaque accès et chaque prise de parole produit un effet direct : autocensure, prudence excessive, retrait du débat public. Et cela touche particulièrement :
journalistes
lanceurs d’alerte
opposants et dissidents politiques
personnes exposées à des pressions (milieu professionnel, familial, communautaire)
Un internet qui avait ouvert des espaces d’expression se transforme alors en internet “domestiqué”, où la parole existe moins “par défaut”, et plus “sous condition”.
“Protéger les mineurs” : une efficacité contestable
Même en restant sur l’objectif affiché (protéger les jeunes), le dispositif pose problème.
Déplacement des usages : lorsqu’une plateforme est restreinte, d’autres apparaissent, ou les pratiques migrent.
Risque de radicalisation des espaces : à force de fermer des canaux “grand public”, on pousse vers des zones plus opaques, moins modérées, moins protectrices.
La conséquence paradoxale est possible : au lieu de protéger, on déporte les usages vers des endroits où les risques sont plus grands. Et pendant ce temps, on impose aux adultes une collecte d’identité généralisée.
Contenus floutés : le périmètre s’élargit
On constate aussi des effets collatéraux : au nom de la protection, des contenus peuvent être rendus inaccessibles alors qu’ils dépassent largement le cadre initial (culture, histoire, prévention, discussions d’entraide sur des sujets sensibles, etc.). Ce glissement est dangereux : la frontière entre “protéger” et “normaliser” devient floue, et l’outil de “vérification” se double d’un outil de filtrage dont le périmètre peut s’étendre.
Le VPN, “échappatoire” fragile
Pour l’instant, certains contournent en se localisant hors des zones d’application via des VPN. Mais cette échappatoire est fragile : les États savent que ce contournement existe et peuvent chercher à le limiter, tandis que les plateformes peuvent, de leur côté, dégrader volontairement le trafic VPN (CAPTCHA en boucle, suspicion d’automatisation, blocages).
Autrement dit : même les solutions de protection et de confidentialité, utilisées aussi par les entreprises et les journalistes, pourraient se retrouver ciblées au nom du contrôle.
L’enjeu réel : lier le monde virtuel au monde réel
Le véritable basculement est là : lier l’identité numérique à l’identité civile.
Or, plus on connaît les individus, plus ils deviennent prédictibles : ciblage marketing, influence, manipulation, pressions, intimidation. Les tendances et opinions deviennent observables, quantifiables, pilotables. Il ne s’agit pas seulement de “données”, mais d’un changement de régime : d’une société où l’on peut circuler et s’exprimer anonymement, vers une société où l’on doit s’identifier pour accéder aux espaces de conversation.
Quelles alternatives ?
Si la protection des jeunes est l’objectif sincère, il existe des voies plus proportionnées et plus efficaces :
application des lois existantes contre harcèlement, menaces, contenus illégaux
Le verrouillage par l’identité est une réponse lourde, politiquement tentante, mais techniquement contestable et socialement risquée. À court terme, il donne l’illusion du contrôle. À long terme, il installe une norme : l’accès sous identité, et la surveillance comme condition de la vie numérique.