Category: Droit

  • Mobilisations lycéennes de Tulle et Brive

    Mobilisations lycéennes de Tulle et Brive

    Mouvement lycéen : la crise éducative en chiffres

    Le mouvement de protestation des lycéens, déclenché à la mi-septembre en région parisienne avant de s’étendre à toute la France, a révélé une crise profonde du système éducatif français. Derrière les blocages et les affrontements, des données chiffrées documentent une situation inédite depuis des décennies.

    Une répression d’une ampleur historique

    Au 7 octobre 2026, le ministère de l’Intérieur recensait 6 629 interpellations depuis le début du mouvement, dont plus de 5 000 gardes à vue . Fait marquant : 87 % des personnes placées en garde à vue sont des mineurs, selon le ministère de la Justice . Quatorze personnes ont été placées en détention provisoire, dont dix majeurs et quatre mineurs .

    Le bilan humain est lourd : 761 policiers et gendarmes blessés, ainsi que 215 élèves et 89 personnels de l’Éducation nationale . Des blessures graves ont été documentées : un adolescent de 14 ans touché au visage par un tir de LBD, un autre ayant perdu un œil à Tours, et un lycéen de 15 ans ayant eu la main arrachée par une grenade de désencerclement à Lens . Face à ces mutilations, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la suspension temporaire de l’usage des grenades assourdissantes pour le mouvement lycéen, tout en maintenant « aucune consigne de retenue » pour le reste de l’arsenal .

    Dix-huit enquêtes de l’IGPN (police des polices) ont été ouvertes . Le Syndicat de la magistrature qualifie la réponse policière de « disproportionnée », soulignant que sur des milliers d’interpellations, « je doute qu’il y ait 100 % de casseurs » .

    Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale un mouvement social n’avait donné lieu à un tel volume de gardes à vue impliquant majoritairement des mineurs. Cette donnée, régulièrement citée par les observateurs, témoigne d’une militarisation inédite de la réponse à une mobilisation scolaire.

    20 millions d’heures de cours perdues

    Le rapport parlementaire d’Anthony Boulogne, déposé en septembre 2026, documente une hémorragie éducative : sur l’année scolaire 2024-2025, 20 millions d’heures d’enseignement n’ont pas été assurées dans les collèges et lycées publics . Si l’on exclut les fermetures d’établissements pour examens ou événements, 7,5 % des heures ont été perdues faute de remplacement des enseignants absents, soit 15,4 millions d’heures .

    Le dispositif de remplacement est structurellement défaillant. Le taux de remplacement des absences de courte durée — maladies de quelques jours, formations — est inférieur à 12 % . Autrement dit, neuf absences courtes sur dix ne sont pas remplacées . Le coût total des dispositifs de remplacement atteint pourtant 4,5 milliards d’euros, pour des « résultats décevants » selon le rapport .

    Les inégalités entre établissements sont criantes : les 10 % d’établissements les plus touchés perdent 19 % de leurs heures d’enseignement, contre 3 % pour les moins touchés — un rapport de six pour un .

    Des classes à 30 élèves

    À la rentrée 2026, la France compte 5,58 millions d’élèves dans le secondaire . La moyenne nationale affichée de 21 élèves par classe masque une réalité très différente au lycée : 30,5 élèves par classe en moyenne dans les lycées d’enseignement général et technologique . Dans les lycées professionnels, la moyenne tombe à 18,7 élèves, et au collège à 25,3 .

    Le ministère de l’Éducation reconnaît que la baisse démographique (-161 500 élèves en 2026) « ne vide pas encore les classes » . Le taux d’encadrement reste parmi les plus élevés d’Europe : environ 26 élèves par classe au collège contre 21 en moyenne dans l’Union européenne .

    4 018 postes supprimés

    Le projet de loi de finances 2026 prévoit la suppression de 4 018 postes d’enseignants titulaires à la rentrée 2026 . Dans le second degré public, 1 365 suppressions sont programmées, auxquelles s’ajoutent plus de 1 800 suppressions de « moyens d’enseignement » révélées par les documents transmis aux syndicats . Ces coupes s’inscrivent dans une tendance longue : près de 8 800 postes d’enseignants ont été supprimés dans le secondaire depuis 2017 . Le SNES-FSU estimait qu’à la rentrée 2025, les équipes pédagogiques étaient incomplètes dans 73 % des collèges et lycées .

    L’effondrement en mathématiques

    Les résultats de l’enquête PISA 2025, publiés en septembre 2026, confirment un décrochage historique. La France obtient 458 points en mathématiques, en recul de 16 points depuis 2022 et de près de 30 points depuis 2018 . Le score de 2025 est le plus bas jamais enregistré en plus de vingt ans .

    La proportion d’élèves en difficulté (sous le niveau 2) atteint 36 %, contre 16,6 % en 2003 . Symétriquement, les élèves les plus performants (niveaux 5 et 6) ne sont plus que 5 %, contre 15,1 % en 2003 . En termes d’apprentissage, cette perte de 37 points entre 2003 et 2025 équivaut à près de deux années scolaires de retard .

    L’écart entre élèves favorisés et défavorisés reste l’un des plus élevés de l’OCDE : 113 points en France contre 94 en moyenne . Cet écart représente près de trois années complètes de scolarité .

    Ce que révèlent ces chiffres

    Les revendications des lycéens — professeurs absents non remplacés, classes surchargées, bâtiments délabrés — ne relèvent pas d’une perception subjective. Elles correspondent à des données officielles documentées par la DEPP, l’Assemblée nationale et les enquêtes internationales. La question centrale n’est pas de savoir si ces chiffres sont exacts — ils le sont — mais pourquoi ils coexistent avec une réponse policière d’une ampleur inédite plutôt qu’avec des mesures structurelles.


    Sources principales :

    Les proviseurs rejoignent la mobilisation des lycéens

    Les proviseurs ont officiellement rejoint la mobilisation lycéenne en lançant une « alerte sociale nationale » le 7 octobre 2026, portée par le SNPDEN-UNSA, principal syndicat des chefs d’établissements. Cette décision marque un tournant majeur, les chefs d’établissement déclarant soutenir les revendications de leurs élèves, notamment le manque de moyens, les classes surchargées, les bâtiments insalubres et la nécessité de rénover les lycées.

    Cette mobilisation s’accompagne d’une demande urgente envers le gouvernement :

    • Négociations immédiates : Le syndicat exige que le ministre de l’Éducation nationale rejoigne la table des négociations pour résoudre la crise.
    • Dialogue interne : Les proviseurs organisent des temps de démocratie au sein des lycées pour écouter les élèves, bien que certains syndicats refusent les cours en distanciel pendant la crise.
    • Contexte de violence : Cette entrée en lice intervient après une semaine de violences ayant fait 215 élèves et 761 policiers blessés, ainsi que des dégradations graves dans de nombreux établissements.

    Les enseignants et parents d’élèves se sont également massivement joints aux cortèges, renforçant la pression sur le gouvernement pour obtenir des recrutements de professeurs et une amélioration des conditions de travail.

    Source = France 3 / ICI

    Images de Tulle / Brive

    Ce matin les élèves du Lycée Edmond Perrier ont manifesté, rejoints par celles et ceux du Lycée Cassin

    Ambiance combative et bon enfant

    Ça permet aux plus anciens venus en solidarité de réviser leurs classiques car oui ces jeunes ont des lettres,des idées et des convictions “tres fâchés ,jamais fachos “

    Et ils chantent “la jeunesse emmerde le Front National “

    St Céré

    Récit d’une prof de Clermont Ferrand

    Ce matin, je pensais aller au travail comme tous les jours : petite réunion, puis enchaîner 4 heures de cours avec mes 1eres et mes 2ndes.

    Lorsque je suis sortie de ma réunion pour aller récupérer ma voiture et me diriger au lycée, je me suis retrouvée face à mes élèves. Mais ils n’étaient pas dans ma salle de classe. Ils étaient dans les rues de Clermont-Ferrand, portant des cartons avec des slogans.

    Lorsque je les ai vus, je suis machinalement allée les saluer. J’étais fière de voir mes élèves devenus des citoyens se poser des questions, échanger, espérer, dénoncer leurs conditions d’études…

    Malheureusement, ce moment idyllique n’a pas duré longtemps. Des gazs lacrymogènes nous ont rapidement piqué les yeux et la bouche, nous obligeant à nous réfugier dans une petite rue pour nous mettre à l’abri.

    Voyant mes yeux rouges, mes élèves m’ont demandé si j’allais bien. Ils m’ont donné un masque et du sérum physiologique.

    Nous avons donc continué à échanger. De plus en plus d’élèves et d’anciens élèves me reconnaissaient. J’étais de nouveau dans ma salle de classe, à parler de justice, de droits, d’égalité avec eux. Mais cette fois, je n’étais plus seulement leur prof, j’étais leur “camarade”.

    Ils m’ont présentée à leurs proches.

    J’ai donc décidé d’accompagner ce cortège et je me suis mise en grève.

    À quoi bon aller dans ma salle de cours alors que mes élèves étaient là, dans la rue, exposés à des attaques répétées ?

    Alors que j’échangeais des salutations, la BAC en civile est arrivée, gazeuse en main, prête à s’en prendre au groupe de lycéens derrière moi.

    Mon réflexe a été d’écarter les bras en criant :

    « Ce sont mes élèves ! Ils n’ont rien fait, arrêtez ! »

    Ça a marché.

    Mes élèves et ceux derriers ne se sont pas fait gazer cette fois.

    Mais un jeune homme qui passait par là s’est fait attraper, repousser contre un mur et fouiller. Je suis restée à proximité pour voir s’il n’allait pas subir un quelconque excès de zèle.

    Il a finalement été relâché. Il est venu vers moi et m’a remerciée, en m’expliquant que l’un des policiers venait de le menacer de lui mettre un coup de « casse » et de lui coller un outrage à agent.

    Pourquoi ?

    Gratuitement.

    Je suis effarée.

    La manifestation décide ensuite de se rendre place de Jaude par l’avenue des États-Unis.

    Les jeunes avancent, bras levés — et quels doigts ! — en signe de paix devant le cordon de CRS.

    Ils et elles avancent tranquillement. Ils et elles chantent “La Marseillaise”.

    Mais les CRS ne semblent plus supporter cette jeunesse qui ose marcher vers eux pacifiquement.

    Ils tirent.

    Des galets de gaz lacrymogène arrivent sur les lycéens et lycéennes, dont beaucoup sont mineur.es. Ils et elles courent, paniquent, s’échauffent…

    Et ils et elles recommencent.

    Les jeunes marchent à nouveau. Puis s’assoient pour montrer qu’ils et elles sont pacifiques.

    Certaines et certains crient aux CRS :

    « Vous avez des enfants ? »

    « On pourrait être vos enfants ! »

    Mais les lacrymogènes continuent d’être lancés, à un rythme effréné.

    Certains CRS ont le LBD en main. Ils pointent leur arme directement vers les jeunes.

    J’ai peur.

    J’ai peur qu’un.e des jeunes autour de moi soit blessés. Voire pire.

    Je crie :

    « Attention au LBD ! Ils arrachent les yeux ! »

    Encore des gaz.

    J’ai mal aux yeux. Je tousse. Je ne vois plus rien.

    Une main. Une voix :

    « Madame, madame, tenez, prenez de l’eau. »

    Je bois. J’enlève mon masque.

    Je me retourne.

    Une jeune fille est assise. Elle n’arrive plus à ouvrir les yeux. Elle panique. Sa respiration est saccadée.

    Je me mets à côté d’elle et lui donne ma bouteille d’eau. Des jeunes nous donnent du sérum physiologique.

    Merci.

    Qu’elle est belle, notre jeunesse !

    Ils et elles me font du bien à mon humanité.

    Il est 15 h.

    Il faut que je parte.

    Je pars le cœur serré, avec un sentiment d’abandon.

    Que va-t-il se passer ?

    Y aura-t-il des blessés ?

    Je pense à eux et elles.

    Ces visages, ces sourires …

    Et je me dis que demain, les médias parleront des poubelles qui ont été brûlées.

    De simples poubelles.

    Alors qu’aujourd’hui, c’est une jeunesse qui, sous mes yeux, a été confrontée à une violence qu’elle n’aurait pas du vivre, simplement parce qu’elle ose revendiquer un avenir meilleur !

    Alors merci à eux et à elles.

    Merci pour leur solidarité.

    Merci pour leur entraide.

    Merci pour leur humanité.

    Aujourd’hui, ce sont mes élèves qui donne une leçon.

    Complément législatif

  • Halte à la brutalisation de la jeunesse – Communiqué LDH

    Halte à la brutalisation de la jeunesse – Communiqué LDH

    Voir l’article original

    Alors que les syndicats se mobilisaient mardi dans la fonction publique, les lycéennes et les lycéens, mobilisés depuis plusieurs jours, poursuivent et amplifient leur mouvement avec une même exigence : un service public de l’éducation financé à la hauteur des besoins, garantissant une éducation de qualité et les mêmes droits pour toutes et tous.

    La seule réponse à cet engagement parfaitement légitime de jeunes citoyennes et citoyens a été la répression, des interventions violentes, des gardes à vue massives, dont des enfants de 14 ans ! La LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains) dénonce depuis plusieurs années un maintien de l’ordre brutal, qui ne respecte ni la liberté de manifestation ni la liberté d’expression, garanties pourtant par la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989 (Cide) ou la CEDH. Elle s’indigne de l’usage indiscriminé de gaz lacrymogène et d’armes sublétales mutilantes (LBD, grenades explosives), contraire au droit international, la France étant le seul pays d’Europe à utiliser ces dernières contre sa propre population, et là, contre ses enfants.

    Elle rappelle qu’elle a attaqué devant le Conseil d’Etat la nouvelle instruction du ministère de l’Intérieur sur les « violences urbaines », qui semble avoir été mise en œuvre contre les lycéennes et lycéens et leurs parents présents, car son postulat est un usage de la force contre des délinquants, et non la nécessité de prévoir la gestion d’une mobilisation pour contenir les débordements, tout en respectant la liberté de manifester. Une telle stratégie est dangereuse.

    En témoignent les violences rapportées lors des mobilisations lycéennes, qui doivent alerter. À Tours, un jeune homme a été hospitalisé après une blessure à la tête qui semble liée à un tir de LBD au visage. L’IGPN a été saisie sur ce cas et deux autres enquêtes IGPN sont d’ores et déjà ouvertes. D’autres blessures envers des jeunes ou des parents d’élèves ont été signalées dans plusieurs villes. Les témoignages et les vidéos documentant ces interventions se multiplient. Outre l’usage de la force, on relève également un recours important aux amendes forfaitaires, outil de disciplinarisation de la jeunesse.

    La LDH demande que toute la lumière soit faite et rappelle que l’usage de la force à l’encontre de lycéennes et lycéens doit répondre aux exigences les plus strictes d’adaptation, de nécessité, et de proportionnalité. Une réponse violente des forces de l’ordre ne peut aboutir qu’à une escalade de tensions, ce qui met en danger, par effet retour, les personnels de l’éducation, ce qui n’est pas admissible. Elle rappelle que, de surcroît, lorsque des infractions graves sont commises (telles des violences sur le personnel des établissements), l’éducatif doit primer sur le répressif.

    La mobilisation de cette jeunesse contre le manque de moyens et pour bénéficier d’une éducation effective doit trouver une réponse politique et non policière.

    La LDH dénonce par ailleurs l’instruction du ministre de l’Intérieur selon laquelle « l’usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l’action pour rétablir l’ordre ». Cette instruction donne une justification inadmissible à ces violences policières quand il aurait fallu au contraire appeler à la retenue, particulièrement s’agissant d’enfants. Cette répression brutale est contraire aux principes d’un Etat démocratique.

    La LDH va s’employer, avec ses partenaires, à documenter les violences commises, pour une saisine du Défenseur des droits.

    La LDH affirme sa solidarité avec les victimes et sa disponibilité pour accompagner les familles et leurs conseils dans leurs démarches.

    Paris, le 1 octobre 2026

  • NON au permis de TUER – TULLE 20 sept

    NON au permis de TUER – TULLE 20 sept

    ✊ Mobilisation contre la loi permis de tuer !

    Cette loi, votée cet été, directement tirée du programme de Jean Marie Lepen, renforce l’impunité des forces de l’ordre et augmentera le nombre de personne tués par la police.
    Pour rappel, le nombre de mort a été multiplié par 5 depuis la dernière loi de 2017 sur le même sujet …

    📣 Des marches de protestations auront lieu le 20 septembre dans tout le pays, en Corrèze ce sera à Tulle à 10h au départ du marché couvert de la gare. (LIEN EVENEMENT)

    En plus de protester contre ce permis de tuer donné aux forces de l’ordre, mobilisons nous pour un changement radical de société ! L’élection présidentielle ne doit pas se faire que dans les urnes.

    La victoire ne peut pas exister sans la mobilisation dans la rue, c’est aujourd’hui qu’on doit commencer pour imposer un nouveau monde demain ! 🕊️✊

  • Habitat léger : Désobéissance Fertile obtient le droit de rester sur ses terres [vidéo]

    Habitat léger : Désobéissance Fertile obtient le droit de rester sur ses terres [vidéo]

    À Marval, en Haute-Vienne, Jonathan Attias, Caroline Perez et les habitants du Croissant Fertile expérimentent depuis plusieurs années des formes d’habitat léger, écologique et réversible. Poursuivis devant le tribunal correctionnel de Limoges, ils avaient décidé de faire de leur procès un combat public pour le droit d’habiter autrement. La décision obtenue ne crée pas la jurisprudence écologique qu’ils espéraient. Mais elle leur permet de rester sur leurs terres.

    Leur démarche est volontairement publique et Citoyliens les suit depuis leur arrivée en Corrèze en 2019, et leur prise de contact avec notre plateforme d’info associative ((voir tous les articles).

    Désobéissance Fertile ne cherche pas simplement à construire quelques habitats légers à l’abri des regards. Le mouvement porte une question politique et juridique : comment permettre à des personnes de vivre sur un territoire en réduisant fortement leur empreinte sur les sols, alors que le droit de l’urbanisme reste principalement construit autour de l’habitat conventionnel ?

    Au Croissant Fertile, à Marval, plusieurs formes d’habitats légers, démontables ou réversibles ont ainsi été expérimentées.

    En 2024, la mairie de Marval a dressé un procès-verbal concernant certains de ces habitats. Après des auditions en gendarmerie, l’affaire a conduit les habitants devant le tribunal correctionnel de Limoges le 1er juillet 2026.

    Une stratégie assumée : aller devant la justice

    Jonathan Attias et Caroline Perez n’ont jamais caché leur démarche.

    Ils souhaitent au contraire provoquer un débat public et faire évoluer progressivement le cadre juridique applicable à ces nouvelles façons d’habiter.

    L’un des arguments développés lors du procès consistait à demander la reconnaissance d’un état de nécessité écologique : face aux dérèglements climatiques, à l’artificialisation des sols, aux difficultés d’accès au logement et à l’effondrement de la biodiversité, certaines formes d’habitat plus sobres devraient selon eux pouvoir bénéficier d’une reconnaissance juridique nouvelle.

    Sur ce point, ils n’ont pas obtenu la décision historique qu’ils espéraient.

    Jonathan Attias le dit lui-même dans la première vidéo :

    il n’y a pas, à ce stade, de nouvelle jurisprudence reconnaissant un état de nécessité écologique permettant de s’affranchir des règles d’urbanisme.

    Une amende… mais pas de remise en état

    La décision prend cependant une tournure très différente de celle qu’ils redoutaient.

    Selon le récit qu’en fait Désobéissance Fertile, une amende de 600 € est prononcée, mais le tribunal n’ordonne pas la remise en état du terrain.

    Les habitants peuvent donc continuer à y vivre.

    Jonathan Attias explique que la décision s’appuie notamment sur la protection de la vie privée et familiale, principe protégé par la Convention européenne des droits de l’homme.

    Il résume ainsi leur lecture du jugement :

    « En fait, on a le droit de vivre sur nos terres. »

    La formule est volontairement forte. Elle exprime l’interprétation politique et juridique que Désobéissance Fertile fait de cette décision ; elle ne signifie évidemment pas que toute installation d’un habitat sur n’importe quel terrain devient automatiquement autorisée en France.

    Une victoire, mais pas encore la jurisprudence recherchée

    C’est précisément ce qui rend leur réaction intéressante.

    Désobéissance Fertile ne présente pas le jugement comme une victoire juridique totale.

    Le mouvement espérait obtenir une décision susceptible d’être utilisée beaucoup plus largement pour reconnaître la nécessité écologique de certaines formes d’habitat.

    Ce n’est pas encore le cas.

    Mais pour Jonathan Attias, le fait qu’une juridiction puisse sanctionner l’infraction tout en refusant de contraindre les habitants à partir constitue malgré tout un signal important.

    C’est aussi une invitation adressée aux personnes confrontées à des situations comparables : connaître leurs droits, constituer leurs dossiers et utiliser les voies juridiques plutôt que considérer d’avance leur situation comme perdue.

    Une question qui dépasse largement quelques yourtes

    L’intérêt de cette affaire dépasse le Croissant Fertile.

    La France cherche simultanément à :

    • réduire l’artificialisation des sols ;
    • diminuer les consommations énergétiques ;
    • répondre à une crise persistante du logement ;
    • développer des modes de construction plus sobres ;
    • préserver les terres agricoles et les écosystèmes.

    Dans le même temps, les personnes qui expérimentent des habitats très légers ou réversibles rencontrent encore régulièrement des cadres administratifs conçus pour d’autres formes de construction.

    C’est cette contradiction que Désobéissance Fertile a choisi de rendre visible.

    Et de porter jusque devant les tribunaux.

    Témoignages vidéos de sortie de tribunal

    Dans les deux vidéos ci-dessous, Jonathan Attias revient directement sur le jugement, sur ses limites et sur les raisons pour lesquelles Désobéissance Fertile souhaite poursuivre son combat juridique.

    La première est une réaction à chaud et politique.

    La seconde précise davantage leur lecture juridique de la décision et notamment la question du respect de la vie privée et familiale.

    Citoyliens relaie ces vidéos — il ne se les approprie pas

    Ces vidéos sont publiées sur Citoyliens avec l’accord de Désobéissance Fertile.

    Pour permettre leur intégration sur notre plateforme publique et leur consultation par des personnes ne disposant pas de compte sur les réseaux sociaux, une copie a été placée sur YouTube en mode non répertorié.

    Elle n’a donc pas vocation à concurrencer leurs publications originales ni à capter leur audience.

    Si leur démarche vous intéresse, le bon endroit pour les suivre, commenter leurs publications, partager leur travail ou les soutenir reste leurs propres espaces :

    Instagram — @desobeissancefertile
    Facebook — @desobeissancefertile
    YouTube — @desobeissancefertile
    Site — desobeissancefertile.com

    Désobéissance Fertile met également à disposition sur ses propres espaces des informations sur le Croissant Fertile, l’habitat réversible, ses expérimentations, ses actions juridiques et les moyens de soutenir le mouvement.

    Citoyliens joue ici son rôle de relais local : permettre à une information d’intérêt général de circuler largement, y compris hors des réseaux sociaux, tout en renvoyant l’audience vers celles et ceux qui produisent l’information et portent l’action.

    Communiqué de presse de Desobeissance Fertile

    COMMUNIQUÉ DE PRESSE : Le Croissant Fertile connaîtra son jugement mercredi 26 août

    Le délibéré du procès du Croissant Fertile sera rendu mercredi 26 août à 9 h au tribunal judiciaire de Limoges. Nous serons présents pour entendre la décision de justice.

    Aucune mobilisation particulière n’est organisée devant le tribunal ce jour-là. Mais, quelle que soit la décision rendue, une chose ne changera pas : nous resterons au Croissant Fertile et nous continuerons à vivre en habitat léger et réversible, à prendre soin de cette terre et à régénérer les sols et les écosystèmes qui nous entourent.

    Ce procès dépasse largement la question de quelques habitats installés sur un terrain en Haute-Vienne. Il pose une question devenue essentielle : face aux sécheresses, au manque d’eau, à l’effondrement de la biodiversité et à la destruction progressive de nos écosystèmes, comment voulons-nous habiter la Terre ?

    Nous avons fait le choix d’habitats sobres, sans artificialisation irréversible des sols, associés à des pratiques qui cherchent à restaurer l’eau, les sols et le vivant. Nous espérons que la justice et l’administration françaises sauront reconnaître que ces manières d’habiter ne constituent pas un problème à éliminer, mais font partie des réponses que notre époque exige.

    « Quelle que soit la décision rendue mercredi, nous resterons. Nous continuerons à habiter cette terre et à en prendre soin. Nous n’avons pas d’autre choix que de gagner, parce qu’au-delà de notre propre situation, ce que nous défendons est la possibilité pour des millions de personnes de vivre demain autrement, sans détruire les paysages et les écosystèmes de vie de leurs enfants et de leurs petits-enfants. »

    Notre combat ne consiste donc pas seulement à obtenir le droit de rester chez nous. Il consiste à faire évoluer le droit pour que l’habitat léger et réversible, lorsqu’il respecte et régénère les milieux où il s’installe, puisse devenir une possibilité réelle pour toutes celles et ceux qui souhaitent habiter autrement.

  • Consultation publique “Programme National de la Forêt et du Bois (2027-2036)”

    Consultation publique “Programme National de la Forêt et du Bois (2027-2036)”

    La Corrèze est majoritairement recouverte de forêts. Il est donc logique que nous relayions cet appel à la participation citoyenne, qui concerne directement notre cadre de vie. Cet appel est porté par des acteurs de l’écologie de Corrèze et des médias nationaux.

    Consultation publique sur le Programme National de la Forêt et du Bois (PNFB) : jusqu’au 7 août pour donner votre avis

    L’État a ouvert une consultation publique officielle concernant le décret du Programme National de la Forêt et du Bois (PNFB) pour la décennie 2027-2036. Cette consultation fait suite à l’annulation par le Conseil d’État du précédent plan « 1 milliard d’arbres », jugé insuffisant sur le plan environnemental.

    Un moment clé pour la politique forestière

    Cette consultation est une étape importante dans l’élaboration de la politique forestière française. Elle offre à chaque citoyen la possibilité de s’exprimer sur les grandes orientations des dix prochaines années.

    Participez à la consultation

    Pour faire entendre votre voix et contribuer à une gestion durable de nos forêts, vous pouvez vous rendre sur le site officiel.

    👉 Participez à la consultation publique (cliquez)

    Votre avis compte pour enrichir le débat et orienter les décisions vers une gestion respectueuse des écosystèmes.

    Quelques pistes pour structurer votre contribution

    Pour que votre avis soit pris en compte par l’administration, il est recommandé de rédiger un commentaire personnel, en évitant les copier-coller. Voici quatre axes de réflexion que vous pouvez développer.

    1. La place de la science et des citoyens dans les décisions

    La forêt est un bien commun. Il est essentiel que les décisions du PNFB soient éclairées par une diversité de points de vue :

    • Les experts indépendants (écologues, biologistes) et les associations de protection de la nature, comme Canopée.
    • Les citoyens et habitants, directement concernés par la gestion des territoires.
    • La filière bois industrielle, dont les intérêts économiques, bien que légitimes, ne doivent pas primer sur la préservation des écosystèmes.

    2. Dépasser le clivage entre protection et exploitation

    S’opposer aux pratiques les plus destructrices ne signifie pas vouloir « mettre la forêt sous cloche ».

    Il est possible de défendre une foresterie durable et raisonnée, qui allie prélèvement de bois et respect des écosystèmes. Cela passe par une gestion plus sélective, plutôt que par des coupes rases systématiques, qui ne doivent pas être confondues avec les coupes sanitaires nécessaires ou la gestion traditionnelle des taillis.

    3. Les limites d’une industrialisation intensive

    Certaines pratiques industrielles peuvent avoir des effets négatifs sur la santé des forêts à long terme :

    • Les coupes rases et le tassement des sols libèrent le carbone stocké, contribuant au changement climatique. Une forêt mature et en libre évolution est souvent plus efficace pour stocker le carbone.
    • Les monocultures (comme le Douglas) rendent les forêts plus vulnérables aux maladies, aux parasites (scolytes) et aux aléas climatiques.
    • Une surexploitation peut fragiliser les sols, les assécher et accroître les risques d’incendie.

    4. S’appuyer sur la décision récente du Conseil d’État

    Le Conseil d’État a récemment annulé le décret du plan « 1 milliard d’arbres », pointant du doigt ses lacunes en matière de transparence et d’efficacité écologique. Ce précédent juridique souligne l’importance d’une politique forestière solide, fondée sur des données scientifiques et une réelle concertation.

    Conseil pratique pour la participation

    Le site de la consultation peut rencontrer un afflux important de visiteurs. Si vous rencontrez des difficultés techniques, nous vous invitons à patienter et à réessayer ultérieurement.

    Vous pouvez également consulter les commentaires déjà publiés sur la plateforme pour vous inspirer et enrichir votre propre contribution.

    L’enjeu est de taille, et chaque avis compte pour construire ensemble une politique forestière plus équilibrée.

    Texte inspiré d’une publication de Corrèze à Nu, en partenariat avec Reporterre et Ecotalk Facebook, 17 Juillet 2026.

  • Campagne d’adhésion au Syndicat de la Montagne Limousine

    Campagne d’adhésion au Syndicat de la Montagne Limousine

    Le Syndicat de la Montagne Limousine, vous connaissez ? Voici leur texte de présentation :

    En 2019 nous disions : nous ne voulons plus être les éternels spectateurs et spectatrice d’un monde qui n’en finit pas de s’effondrer. La montagne limousine, où nous vivons, est l’échelle adéquate pour nous saisir d’un certain nombre de problèmes existentiels qui, sans cela, font naître en nous un grand sentiment d’impuissance.

    Ensemble nous avons donc créé un cadre qui nous permette d’agir localement : le syndicat de la Montagne limousine. S’y sont retrouvés celles et ceux qui s’organisent pour l’accueil des exilés, l’entrée d’administrative et juridique, le soutien psy, le lutte contre les coupes-rases et la défense d’une gestion durable des forêts, ou encore l’accès au logement. Notre boussole : 6 perspectives clairement établies lisibles sur notre site internet et dans chaque numéro du journal.

    Nous pouvons célébrer les actions entreprises par les groupes du syndicat et par bien des associations et collectifs, la montagne limousine est une région vivante et attractive, forte de ces liens profonds qui font sa solidarité, sa créativité et sa résistance. Mais face à la dégradation continue des conditions de vie sur Terre, à la montée du fascisme, à la radicalisation régionale de la situation, nous devons renforcer notre pouvoir d’agir. Il nous faut nous transformer, dépasser une forme floue, parfois insaisissable, pour constituer aujourd’hui une solide force populaire.

    C’est pourquoi nous lançons une campagne d’adhésion au syndicat de la Montagne limousine, pour permettre à chacun chacune, par un geste simple, de prendre part à cette force et pour nous donner à tous et toutes une vraie puissance collective.

    Les 6 perspectives du Syndicat de la Montagne Limousine

    ADHÉRER AU SYNDICAT !

    Nous lançons une vaste campagne d’adhésion pour faire du Syndicat le projet du plus grand nombre : particuliers, collectifs, associations, qui se reconnaissent dans sa volonté de défendre un territoire et une façon de l’habiter, d’avoir plus de maîtrise sur nos vies et le devenir de la Montagne limousine, de rendre concrète et réelle une vie respectueuse du vivant, non destructrice et non guerrière, qui prend soin du territoire et de ses habitant.es, sans s’isoler du reste du monde mais en construisant avec nos alter égos proches ou lointains, en France et dans le monde, quelque chose qui ressemble aux rêves que nous ne voulons pas nous contenter de faire autour d’un verre en fin de soirée… Banco !

    ADHÉSION EN LIGNE EN CLIQUANT ICI.

    J’adhère pour légitimer le Syndicat comme pouvoir populaire, appartenir à une force de résistance et d’alternatives, être capable de s’organiser face aux diverses menaces, avoir un espace ou s’impliquer et s’exprimer, soutenir le Syndicat même si on ne peut pas y participer, pour se donner un élan commun dont nous avons grand besoin dans cette époque chaotique !


    Soutenir le Syndicat par virement :

    IBAN : FR76 1090 7002 7206 1218 2478 725


    Consulter le site web du Syndicat de la Montagne Limousine

  • Journée festive / procès habitat léger / Désobéissance Fertile

    Journée festive / procès habitat léger / Désobéissance Fertile

    Vidéos de la journée de procès de Désobéissance Fertile

    Nous publions ici trois vidéos tournées lors de la journée de soutien au procès de Jonathan Attias et Caroline Pérez (Désobéissance fertile), et l’association d’habitant du “Croissant Fertile”, qui s’est tenue au tribunal judiciaire de Limoges ce matin-là.

    Vous entendrez d’abord François, qui vit en habitat léger depuis de nombreuses années et qui est lui-même en procès en Corrèze — un compagnon de route de Jonathan et de Caroline. Une vidéo de France 3, tournée à la sortie du procès, complète ces deux témoignages.

    Au-delà de l’audience, cette journée a donné lieu à un grand repas partagé, à un petit village associatif avec présentations de plusieurs structures, ainsi qu’à un bal trad, un concert et des moments festifs improvisés, dans le jardin public voisin du tribunal. Plus de deux cents personnes ont participé à ce moment, festif et réussi.

    Association HALEM – acteur pivot de la défense de l’habitat éphémère et mobile

    Paul, de l’association Halem (habitants de logements éphémères mobiles), était présent lors de la journée festive de soutien aux accusés de Désobéissance Fertile à Limoges ce 1er juillet 2026.

    Cette question dépasse largement le territoire Corrèze / Haute-Vienne : c’est celle du droit à vivre autrement, en habitat léger ou mobile, dans un pays où le foncier constructible se raréfie et se valorise.

    Halem est né en 2005 dans un camping où vivaient à l’année environ 200 personnes. Très vite, l’association a croisé la route des gens du voyage, confrontés aux mêmes obstacles administratifs, avant qu’un tour de France des collectifs d’habitats légers, en 2008, ne débouche sur une rencontre fondatrice à Saint-Jean-du-Gard. Halem s’est alors retrouvée à l’initiative d’un réseau national de l’habitat léger. Depuis, l’association fonctionne comme une boîte à outils : permanence juridique pour les situations les plus tendues, formations que Paul appelle « d’aïkido juridique », et appui à l’auto-organisation des collectifs locaux.

    Un droit du sol pensé comme exclusif

    Le cœur de l’argumentaire de Paul tient en une phrase : les droits fondamentaux — droit au logement, liberté d’aller et venir, liberté d’entreprendre — existent, mais l’administration a intérêt à ce qu’ils restent ignorés. En droit de l’urbanisme, tout repose sur le droit du sol, conçu selon lui de façon exclusive : c’est l’élu, et lui seul, qui décide de ce qui peut s’installer sur un terrain. L’habitat léger, qui ne « coupe » pas la terre de la même façon qu’une construction classique, ne trouve pas sa place dans cette grille de lecture.

    Cette question, insiste Paul, est aussi économique : il rappelle qu’environ 70 % des actifs bancaires mondiaux reposent sur le foncier et l’immobilier, ce qui explique en partie la résistance à toute forme d’habitat qui échapperait à la logique de valorisation des terrains constructibles — d’autant plus rares depuis l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN).

    Une comparaison européenne éclairante

    Paul raconte la visite d’un jeune chercheur allemand, venu étudier la culture de la mobilité résidentielle en Europe. Sa conclusion, amusée : la France dispose d’une véritable « culture du maquis », une tradition de débrouille et d’installation informelle qui n’a pas d’équivalent en Allemagne, où les Wagenburg (habitats mobiles collectifs) restent circonscrits aux villes — et de plus en plus menacés par la spéculation sur le foncier urbain.

    La loi ALUR et le flou du statut juridique

    C’est en 2014, avec la loi ALUR, que l’État a tranché une question restée en suspens : une yourte, ou plus largement un habitat léger, est-elle une tente ou une construction ? Le choix s’est porté sur la construction, obligeant les occupants à des déclarations administratives — sans que la question de l’ingénierie territoriale (comment les communes peuvent-elles réellement accueillir ces formes d’habitat ?) n’ait jamais été traitée sur le fond, selon Paul.

    Un engagement né de l’autodidaxie

    Juriste autodidacte, Paul a été formé un temps à la Cour européenne des droits de l’homme sur le droit des minorités roms, un cadre qui, dit-il, s’applique directement aux problématiques de l’habitat léger. Il constate que les avocats eux-mêmes sont souvent mal préparés à ces dossiers, qu’ils qualifient parfois de « politiques » — jusqu’à ce que la jurisprudence leur donne raison.

    Une diversité de publics mal reconnue

    Derrière l’étiquette « habitat léger », Halem défend des publics très différents : gens du voyage, néo-ruraux, mais aussi agriculteurs. Sur ce dernier point, Paul évoque un blocage persistant autour de l’« habitat léger paysan » : la crainte, au niveau des lobbies agricoles et du Sénat, qu’il ne serve de porte d’entrée à une activité type location saisonnière plutôt qu’à une installation agricole raisonnée.

    La Corrèze, terrain d’observation

    C’est peut-être en Corrèze que cette tension est la plus visible. Le département a adopté une charte de lutte contre la cabanisation après le passage remarqué de Jonathan et Caroline, deux figures de l’habitat léger dont le procès pourrait, selon Paul, faire jurisprudence. Une architecte du CAUE de Corrèze racontait à Paul qu’une consultation sur deux, une année donnée, portait sur l’habitat léger — soit des personnes cherchant à s’installer, soit des maires cherchant à savoir comment réagir. Un projet d’exposition sur le sujet n’a cependant jamais pu voir le jour, faute de moyens accordés par le département — signataire, pourtant, de la charte de lutte contre la cabanisation.

    Paul illustre son propos par un cas concret : celui d’un maire qui avait brandi devant un collectif une carte des risques d’éboulement pour justifier une interdiction d’installation, sans jamais la transmettre. Devant le tribunal, Halem a produit l’étude du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) prouvant que le document d’étude du terrain existait et n’indiquait pas de risque particulier — mais aussi et surtout que le maire n’avait jamais répondu à la demande officielle de classement du terrain en STECAL présentée par les occupants (secteur de taille et de capacité d’accueil limitées). Faute de réponse, le juge a écarté la démolition et s’est limité à une amende.

    Une manière, pour Paul, de rappeler que la jurisprudence avance souvent par petites victoires locales — et que la Corrèze, à ce titre, est devenue malgré elle un observatoire de ces tensions à l’échelle nationale.

  • 3 actus nationales importantes

    3 actus nationales importantes

    Citoyliens est la plateforme des porteurs d’initiatives de la Corrèze et du Lot. A intervalle régulier des actus non locales viennent s’afficher à la une. Cela arrive quand les sujets sont URGENTS ou IMPORTANTS. Nous vous en présentons deux.

    Voici quelques liens vers le site des pétitions de l’assemblée nationale en rapport avec l’environnement et le droits de l’homme.

    Nous vous proposons à découvrir ces pétitions et à ne pas hésiter à les faire connaître autour de vous pour faire démarrer la progression exponentielle, comme dans la légende de l’échiquier de Sissa ( https://couleur-science.eu/?d=7b48f9–le-grain-de-ble-et-lechiquier-ou-la-puissance-des-nombres ), vous verrez que ça peut augmenter très vite….

    Ces pétitions ne sont évidemment pas la colonne vertébrale du fonctionnement démocratique de cette 5ième république. Mais en tout cas, ces pétitions sont le point la partie émergée d’un iceberg d’informations essentielles pour notre santé et notre environnement.
    Elles permettent aussi de rendre visibles des informations que les médias ne propagent pas nécessairement. Ces pétitions arrivent à l’oreille des élus et sont censées être débattues.

    Retour de la Loi Duplomb

    Le Sénateur Laurent Duplomb propose (une nouvelle fois) la réintroduction de l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes. Sous couvert d’urgence agricole, cette proposition de loi est un retour en arrière dangereux qui ignore les alertes scientifiques et la volonté citoyenne.

    Monsieur le Sénateur, la démocratie repose sur le consentement. Nous ne consentons pas à ce que notre santé soit mise en balance avec des intérêts productivistes à court terme.

    Nous ne consentons pas à l’empoisonnement silencieux de nos sols et de notre eau.

    Réintroduire une substance bannie, c’est forcer les Français à accepter un risque environnemental qu’ils ont déjà explicitement rejeté.

    ( voir la suite du texte sur la page de la pétition )

    https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5103?locale=fr

    Pour apporter de la réflexion à ce sujet, voici un extrait de “Antidote au culte de la performance” d’Olivier Hamant, extrait qui s’intitule “Destruction des écosystèmes” :

    “Pour terminer, l’essentiel : nos gains de performance ont un coût caché. Et la dette accumulée, longtemps restée invisible, se manifeste désormais au grand jour dans les écosystèmes.Notre performance alimente une guerre contre la nature. Nous avons optimisé notre environnement pour le mettre au service de os demandes, et non de nos besoins.En retour, nous contracvtons une dette envers notre milieu.Aujourd’hui, les pénuries s’étendent des ressources no-renouvelables aux ressources renouvelables, le bois ou l’eau par exemple.

    Plus nous fragilisons les écosystèmes, et plus nous découvrons les services essentiels qu’ils nous fournissent : alimentation, biomatériaux, médicaments, capacité à filtrer l’eau et l’air, régénération des sols, décomposition des déchets, protection contre les crues, stockage de l’eau, etc. Tous ces services nécessitent un haut niveau de biodiversité. Alors que nous vivons les prémisses de la sixième extinction de masse, avec déjà 30 à 40 % des espèces menacées de disparition, certains de ces services ont disparu. Par exemple, les sols de l’agriculture intensive sont bien souvent mal-en-point. Ils ne régénèrent plus leur fertilité, ils ne préservent plus leur hygrométrie, ils ne captent plus le CO2 sous forme de matière organique. Irrigation et engrais deviennent alors indispensables pour compenser la perte de ces services, aggravant encore l’agonie des sols. En seulement deux cents ans, y surtout depuis 1950, notre performance a créé des conditions telles que la fin de la viabilité de l’humanité sur de grandes régions de la Terre est maintenant au menu des discussions scientifiques. C’est l’objet des frontières planétaires, qui une fois dépassées, ne garantissent plus la capacité des humains à survivre. La question socio-écologique est devenue essentielle.

    Cette dynamique est tout à fait extraordinaire : jamais dans l’histoire de notre planète, un basculement ne s’était produit à une telle vitesse. En 30 ans, 80 % des insectes auraient disparus en Europe. Même la disparition des dinosaures il y a 65 millions d’années ne s’est pas réalisée à un rythme aussi effréné.

    Légitime défense systématique pour les coups de feu des policiers ?

    Ici c’est le député Eric Pauget (LR) qui voudrait qu’on accepte que les forces de l’ordre ait la possibilité de tirer sur les gens en étant considérés de base en état de légitime défense.

    L’adoption de ce projet constituerait une atteinte grave à l’État de droit, à nos engagements européens et au principe constitutionnel d’égalité devant la loi.
    Cette demande repose sur quatre motifs graves et documentés.

    Premier motif : un bilan humain qui rend ce texte inadmissible.

    La loi de 2017 ayant élargi les conditions d’usage des armes à feu par les forces de l’ordre a produit des effets documentés et alarmants. Selon le recensement indépendant du média Basta!, confirmé par les données de l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN), 66 personnes ont été tuées lors d’interventions policières en 2024, dont 27 par arme à feu, record absolu depuis 1967.

    La France a été interpellée à trois reprises par les organes de l’ONU comme le pays de l’Union Européenne comptant le plus grand nombre de personnes tuées ou blessées par des agents de la force publique. Adopter une nouvelle loi présumant la légalité des tirs policiers aggraverait mécaniquement cette tendance.

    Deuxième motif : une violation caractérisée de la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme et de l’obligation de l’État de protéger le droit à la vie.
    La jurisprudence constante de la CEDH impose à l’État une présomption de responsabilité lorsqu’une personne décède aux mains de ses agents. Il appartient à l’État de démontrer que le recours à la force létale était absolument nécessaire et proportionné et non aux victimes ou à leurs proches de prouver son illégalité. La Cour a affirmé que cette obligation est un élément intégral du devoir de l’État de protéger la vie, rendre justice aux victimes d’un usage illégal de la force et prévenir la répétition de tels actes.

    ( voir la suite du texte sur la page de la pétition )

    https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-6334

    Bilan 2026 de la défenseur des Droits

    l’heure de quitter ses fonctions, la Défenseure des droits Claire Hédon dresse un bilan particulièrement inquiétant de ses six années de mandat.

    Explosion des difficultés d’accès aux droits, contrôles au faciès, violences policières insuffisamment sanctionnées, services publics de plus en plus dématérialisés, multiplication des interdictions de manifester : elle alerte sur une dégradation générale de l’État de droit et sur l’affaiblissement de la confiance entre la population et les institutions.

    « Je suis effrayée de ce que j’observe », dit-elle notamment à propos des contrôles d’identité répétés visant certains jeunes.

    👉 Lire l’article complet de La Nouvelle République / AFP

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  • 1ère Marche des Fiertés à Tulle : historique, rayonnant et engagé [vidéos]

    1ère Marche des Fiertés à Tulle : historique, rayonnant et engagé [vidéos]

    Sous un soleil radieux, Tulle a vibré au rythme de sa toute première Marche des Fiertés. Cet événement historique pour la préfecture de la Corrèze, particulièrement bien orchestré, a réuni une foule nombreuse, bigarrée et chaleureuse.

    Un parcours symbolique et des témoignages poignants

    La journée s’est articulée autour de deux temps forts :

    • Un village associatif dynamique, regroupant une douzaine de stands et d’organisations locales dans une ambiance très conviviale.
    • Une déambulation festive d’une heure à travers la boucle historique de Tulle, marquant des arrêts hautement symboliques devant le Palais de Justice, le commissariat et la préfecture.

    Ces stations ont été le théâtre de prises de parole marquantes, parfois bouleversantes. Les participants ont notamment pu entendre le témoignage d’une veuve dont l’épouse, enseignante homosexuelle, s’est donné la mort à la suite d’un harcèlement destructeur dans son milieu professionnel.

    Également présente, Olga Boudin, maire de Lacelle en Corrèze et seule maire transgenre de France en exercice, est venue porter un message fort de visibilité et de fierté. Au-delà des questions de genre et d’orientation sexuelle, la marche a aussi ouvert sa tribune à des solidarités internationales, notamment en dénonçant le génocide en cours à Gaza (association AFPS19).

    Une ambiance inclusive
    et un message social fort

    Ce qui restera de cette journée, c’est avant tout une atmosphère d’une rare intensité émotionnelle. Le cortège, à la fois coloré, fier, un peu provocateur et profondément bienveillant, a rassemblé toutes les générations, tous les styles et tous les milieux sociaux. Un magnifique message de vivre-ensemble et de tolérance s’est ainsi propagé dans les rues de Tulle.

    Fidèle à sa vocation de plateforme collaborative au service des initiatives locales (et non de média d’actualité traditionnel), l’équipe de Citoyliens se réjouit d’avoir pu participer et partager ce moment fort.

    Zoom : Le combat d’Hermann, exilé camerounais accueilli à Tulle

    En marge de cette déambulation, nous vous proposons de découvrir le témoignage vidéo d’Hermann.

    Hermann a dû fuir le Cameroun, un pays où l’homosexualité est criminalisée et socialement condamnée, rendant toute vie affective ou transition impossible au sein de la société traditionnelle. Victime de violences physiques et psychologiques d’une extrême intensité, il a pris la route de l’exil pour sauver sa vie.

    Aujourd’hui installé à Tulle dans un logement provisoire, Hermann est dans l’attente de l’obtention de son statut de réfugié politique. Loin de rester inactif, il s’investit pleinement dans la vie locale en tant que bénévole au sein de deux associations tullistes afin de se reconstruire et de s’intégrer durablement.

    Découvrez son témoignage face caméra

  • Quelques nouvelles du numérique [Corrèze / France]

    Quelques nouvelles du numérique [Corrèze / France]

    La mine.

    À Échassières, dans l’Allier, à deux cents kilomètres de la Corrèze, Imerys poursuit le projet EMILI : la plus grande mine de lithium d’Europe, inaugurée par le président de la République le 22 avril 2026 (source). Cent quatre-vingt-quinze hectares, une concession de cinquante ans, 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an pour alimenter 700 000 batteries de véhicules électriques. Coût réévalué : 1,8 milliard d’euros. Le cours du lithium est en dessous de 10 euros le kilo, mais l’État a investi 50 millions via la Banque des Territoires (source). Les associations environnementales locales contestent l’impact sur les nappes phréatiques.

    Le data center.

    À Châteauroux, dans l’Indre, Google, via sa filiale Tricolore Computing, a réservé 195 hectares de terrains — presque la superficie de Monaco — pour y implanter son premier data center en propre sur le sol français. Puissance prévue : plus de 500 mégawatts (source). Le groupe Écologie et Solidarité du conseil régional Centre-Val de Loire a qualifié le projet d’« irresponsable ». La France Insoumise locale a lancé une pétition (source). Gil Avérous, maire de Châteauroux, a parlé de « bonne nouvelle ».

    La facturation.

    Au 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises assujetties à la TVA — plus de dix millions d’acteurs économiques — devront être en mesure de recevoir leurs factures au format électronique structuré. L’État avait promis un portail public gratuit (PPF). Il y a renoncé en octobre 2024. Le marché a été transféré à des plateformes agréées privées, adossées au réseau européen Open Peppol, association internationale à but non lucratif basée à Bruxelles. La DGFiP est devenue Autorité Peppol France en juillet 2025. L’ensemble constitue la plus vaste opération de remontée systématique de données économiques jamais imposée aux entreprises françaises : non plus un contrôle fiscal ponctuel, mais une transmission permanente du détail de chaque transaction. Une pétition (n°5174) déposée à l’Assemblée nationale en février 2026 a recueilli plusieurs milliers de signatures (source). .

    Les cartes grises.

    En mars 2026, la Cour des comptes a publié un rapport qualifiant d’« accident industriel » la privatisation des démarches d’immatriculation. Depuis 2017 et le plan « Préfecture nouvelle génération », les guichets ont fermé et 30 000 opérateurs privés enregistrent les demandes. Résultat : 550 millions d’euros de fraudes sur la seule période 2022-2024, un million de véhicules fantômes en circulation, et — selon les mots de la Cour — « tout le spectre de la criminalité, de la petite délinquance au crime organisé », infiltré dans le système d’information de l’État (source). La Cour appelle à une « reprise en main urgente ».

    Les caméras.

    En Corrèze même, le Conseil départemental a ouvert à Naves un centre de supervision où convergent, sur huit écrans scrutés en continu par trois opérateurs, les images captées par les caméras de vidéoprotection de soixante-dix communes (source). Plus de trois cents caméras supplémentaires ont été déployées en 2025, devant chaque collège et sur les points jugés sensibles (source). Le président du Département, Pascal Coste, assure que « les communes sont demandeuses ».